Who is Innocent ?

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Who is Innocent ?

Sommaire

Préambule. 7

Introduction. 25

Une Vocation Prédestinée. 56

Une Alimentation Nocive. 79

L’Inactivité me Gagne. 87

La Rage du Tigre. 91

Une Maladie Inattendue. 95

Ablation du Plaisir 98

Des Examens sans Issue. 101

Questions sans Réponses 103

Traumatismes Insidieux. 108

L’Image d’une Exclusion Sociale. 113

Etude des Symptômes 119

Se Former pour Mourir 124

La Vie d’un Autre. 131

Une Étrange Rencontre. 135

Des Découvertes Captivantes 144

Des Effets Délétères 150

Le Gluten de Blé. 154

L’Infernal 160

Les Réactions Inflammatoires 164

Notre Médicament, Notre Alimentation. 171

Le Rhume Éternel 179

Une Image à Toutes Épreuves 183

Le Handicap Social 184

Une Douleur Incessante. 189

Dans les Yeux du Myopathe. 193

Le Handicap est un Leurre. 195

Conclusion Précaire. 200

Cloisons Mortelles 206

Un Combat Essentiel 207

Les Souffrances s’Accumulent 214

La Souffrance Cellulaire ou le Tombeau Invisible  220

La Culture de l’Inconnu, Mieux Plaire pour Mieux Vous Servir 227

Vaccins et Conflits d’Intérêts 231

Un Animal Face à l’Homme. 233

Chacun son Repas 237

Fatalité d’un Environnement Sensible. 241

Violences et Troubles du Comportement 248

Théorisation Laborieuse. 263

Défaillances Psychiques 270

Paralysie Mentale. 275

Une Epaule pour se Relever 277

Une Fin d’année Tortueuse. 280

Renaissance. 283

Merci de noter que le présent récit est tiré d’une expérience personnelle et ne peut être reproduit par quiconque. Cet ouvrage et son contenu ont été rédigés à partir de pensées, de réflexions et d’éléments concrets vécus et dérivés de la vie de l’auteur, et n’a d’autre ambition que de révéler ce qu’est devenu le quotidien inhabituel d’un jeune sportif progressivement amputé de sa propre vie par une maladie invalidante dans un contexte donné. Une nouvelle victime d’une maladie dégénérative d’origine inconnue avec un espoir de diagnostic improbable dans un système consumériste inhumain.

Cette histoire va probablement développer l’esprit de curiosité qui sommeille en chacun de vous. Votre volonté de savoir et de comprendre ce qui semble se dissimuler derrière ce qui vous entoure, derrière ce que vous avez appris et, que vous n’avez pas encore osé découvrir, probablement par peur de devoir comprendre un réel existant effrayant.

Les révélations émanant de ce récit sont basées uniquement sur les convictions profondes de l’auteur, son intuition, sa perception, son raisonnement, ses calculs, ses projections. Les espérances de garantie de résultats escomptés à la suite de cette lecture sont variables et fonction de chaque individu.

Préambule

 

Parfois, les images nous fixent et nous ressentons le profond besoin de les fixer à notre tour dans le regard des autres. Parfois, les images nous figent d’une façon telle que nous nous en accommodons sans comprendre la genèse de nos futiles reflets.

Les images que nous percevons, identifions et interprétons avec tant de ferveur, ont réellement besoin d’avoir un sens, une signification ?

Y-a-t’il réellement une légitimité à ce que nous nous attachions à ces reflets et à ce que nous les prenions tant en considération ?

Sommes-nous obligés de nous y référer pour poursuivre notre existence parmi les nôtres dans cette civilisation moderne ?

De toute évidence, tel que nous nous entêtons à l’apprendre à nos enfants, il semblerait bien que oui.

Pouvons-nous faire évoluer l’image du monde que nous percevons depuis l’endroit où nous nous trouvons ?

Pourquoi le ferions-nous ?

Pour qui en définitive ?

Ce que nous percevons et, ce à quoi nous nous attachons tant n’est, en fin de compte, pas plus attrayant qu’un pâle reflet dans les sombres miroirs que nous sommes les uns pour les autres et, dont nous nous contentons pour légitimer nos actes.

Nous vivons dorénavant une période du paraître, du synthétique, de l’éphémère, de l’obsolescence programmée, du pratique, du confortable, du rapide où l’image reste définitivement reine. Sa projection ne doit pas être altérée. Rien ne peut être changé. La caricature reste interdite par certaines de nos croyances.

Nous avons accordé une importance incroyable à ce que nous avons appris, à ce que nos yeux doivent percevoir et ce que nos oreilles entendent mais nous ne savons plus rien ressentir d’utile pour vivre notre existence en qualité d’être vivant.

Nous vivons désormais une époque où tout nous semble avoir un sens dès lors qu’un évènement nous est démontré, parce que nous l’avons appris comme cela. Nous vivons une époque où les femmes ont dû, pour un grand nombre d’entre-elles et ce, dans de nombreux pays, modifier l’image qui leur était attribuée pour exister librement parmi les hommes. C’est ainsi qu’elles se sont vues dotées à nouveau d’un droit qu’elles possédaient pourtant déjà toutes auparavant, le droit de vivre et d’exister.

Malheureusement, après tant de mérites et d’émancipation, elles ont su inverser leur propre concept d’évolution en se réappropriant une image de vulgaires femmes objets pour les diverses industries de notre siècle. Elles ont évolué sur un plan culturel pour enfin se voir régresser et, c’est principalement ce que l’Homme fait sans cesse depuis des siècles dans tous les domaines sur lesquels il s’entête à raisonner.

Cette triste constatation modifie sensiblement ce que l’on avait principalement retenu des précédentes idées, souvent figées, auxquelles nous nous étions justement attachés en lisant nos livres d’histoire. Mais surtout, cela ne change en rien les nombreuses erreurs que nous continuons de légiférer sous prétexte d’évolution ou de progrès.

Un jour nous élaborons de quoi nous préserver, pour enfin découvrir que nous n’avons fait, qu’un peu plus, nous détruire.

Qu’avons-nous retenu dans notre si précieuse base de connaissances ?

Quel type d’information avons-nous réellement compris ?

Nous avons en effet la capacité de retenir une quantité de données extraordinaire, de croyances et d’idées transmises de génération en génération. Nous nous sommes revendiqués nous-mêmes comme étant la création la plus intelligente que peut compter cette planète que nous avons nommée Terre et, de toutes les formes de vie qui y ont pris naissance un jour.

Nous avons, avec habileté, créé cette information de toutes pièces pour satisfaire le plus grand nombre d’entre-nous. Ces créations probablement élaborées sur des doutes, des incompréhensions, des suspicions, des idées que nous avons rendues scientifiques et, que nous pensons fermement être les seuls à pouvoir penser et concevoir.

A force de tenter de nous faire croire que nous étions la seule espèce disposant de l’intelligence la plus efficace, nous avons omis de considérer que notre vie pouvait être pourvue d’un sens dès lors que nous nous permettons de simplement vivre en qualité d’être vivant et d’agir en tant que tel.

Mais, que faisons-nous à l’heure actuelle ?

Vivons-nous réellement ?

Nous demeurons en qualité de machine à conquérir le monde, à la recherche perpétuelle d’évolution, de pouvoir et de domination.

Que sommes-nous nous en réalité, à l’échelle de cet univers que nous avons peine à considérer ?

L’Homme a créé la société et le concept sociétal, une ultime façon d’entretenir la perversité humaine. Il s’amuse à créé des règles que lui seul pourra maitriser et, devant lesquelles il saura aussi faillir. Il s’amuse à mettre au point des antidotes pour palier les effets des nombreux poisons qu’il aime concevoir lui-même. Il a su ainsi créer la guerre entre les siens et les conflits liés aux inégalités que l’être humain n’est nul censé connaître et, ne devrait subir sous aucun prétexte si nous nous référons à certains des codes établis. Il ne cesse d’en inventer chaque jour pour entretenir ses propres dérives, ses propres aberrations. Des règles sont crées pour rendre civilisée une civilisation afin de pouvoir en régir les comportements, les réglementer, nous différencier des animaux  et  éviter les conflits d’ego.

L’Homme a créé un système financier au détriment d’une pauvreté en marge qui évolue de manière exponentielle.

L’Homme a su concevoir un système religieux pour donner une légitimité à différencier les croyances des peuples. Afin que chaque civilisation puisse trouver sa foi dans les artifices qui l’entourent, selon le lieu où il se trouve et, dans les croyances qui le précèdent.

L’Homme a donné du crédit à la science pour que celle-ci puisse lui servir à toutes les raisons qui pourront satisfaire son propre ego ; la meilleure façon de s’empoisonner lui-même en somme.

Mais, d’où proviennent ces sciences que nous nous efforçons d’entretenir, de compenser et de renforcer ?

L’Homme est-il réellement capable de s’inventer une logique qui le mènera de façon insidieuse à sa propre perte ?

Si oui, pourquoi le fait-il ainsi ?

Lui manque-t-il les capacités intellectuelles pour utiliser des théories expérimentales qui lui semblent bien trop élaborées ?

Qui est le maître décideur de l’issue de ses expériences ?

Qui est le penseur qui souhaite voir ainsi la civilisation terrestre disparaitre sous ses propres flammes ?

Pourquoi l’Homme met-il tout en œuvre, et à ce point, pour suivre des règles qui ne sont pas les siennes ?

Ces théories viennent-elles d’ailleurs ?

L’Homme a revendiqué la pensée intelligente, en imaginant probablement que cela le sauvera de ses troubles en devenir tout en se démarquant des espèces vivantes à l’état sauvage,  dont il affirme encore qu’elles sont inférieures à sa propre espèce.

L’Homme a multiplié ses réflexions mais a considérablement altéré son efficience intellectuelle à force d’oublier de vivre.

En donnant légitimité à la société moderne telle qu’il l’a conçue, il transmet une pensée unique qui s’établit d’années en années dans la conscience des nouveaux venus, qui viennent à leur tour créer de nouveaux concepts de vie en société, pour la faire évoluer, lui donner vie, lui donner un sens. Cette interminable quête d’évolution finira par tuer, de manière insidieuse encore une fois, son propre concepteur.

Nous avons créé des normes, des restrictions dans lesquelles nous nous complaisons et, des inepties qui nous empêchent de vivre libres. Nos normes d’hygiène sont devenues légitimes parce qu’elles favorisent le confort et la santé mais nous nous appuyons sur ces faits pour favoriser un monde aseptisé.

La science nous permet l’amélioration du quotidien mais provoque la destruction progressive de notre nature.

Nous avons su créer de puissants insecticides pour notre plus grand bien-être, afin d’éviter de nous laisser envahir par des êtres vivants de taille inférieure. Mais nous provoquons par la même occasion l’extinction progressive de nos écosystèmes.

Nous avons créé et multiplié les traitements visant à éradiquer ce que nous appelons les mauvaises herbes pour favoriser le confort visuel et la beauté de nos parcs plutôt que de préserver les plantes médicinales qui poussent encore naturellement dans certains de nos jardins.

Nous sommes devenus esclaves de nos propres parasites, ceux mêmes que nous avons stratégiquement mis en place pour réguler, légiférer et améliorer les conséquences de la plupart de nos actes.

Les normes sur notre alimentation en restent un parfait exemple. Nous avons nous-mêmes réduit la probabilité de manger sain en augmentant le nombre de normes sur le sujet. Il en va de même pour les médicaments dont nous avons limité le champ d’action afin d’augmenter le nombre de références.

Le nombre de protocoles de soin qui sont eux aussi devenus esclaves de nos critères sociétaux médicalisés en évolution, pour ainsi satisfaire ces normes qui se retrouvent à considérablement décliner au vu du faible respect que nous éprouvons pour nous-mêmes en qualité d’être humain. Il suffit d’observer nos semblables pour nous rendre compte de cette triste supercherie. Nous nous sommes arrêtés sur l’idée que de nombreux critères doivent demeurer semblables.

Regardez votre voisin s’acheter une nouvelle voiture et, vous en serez probablement envieux. Vous voudriez posséder un véhicule similaire mais, vous ne le pourrez pas pour la simple et légitime raison que le mode de vie de votre voisin est sensiblement différent du vôtre. Par conséquent, vous essaierez malgré vous de tout mettre en place pour y parvenir, malgré votre état de conscience. Vous enrichirez ce phénomène de société en le nourrissant par votre travail personnel pour tenter d’accéder au bonheur que connait, encore une fois en apparence, votre si précieux miroir sociétal, votre voisin.

Vous vous acharnerez à travailler plus, tout en servant de modèle à votre famille, vos proches, vos amis, vos collègues. Par la suite, vous réaliserez qu’il vous faut vous écarter de cette existence qui n’est probablement plus la vôtre en vous séparant de votre femme ou de votre mari le cas échéant pour modifier votre vie et lui donner une nouvelle direction.

Parce que vous vous êtes, peut-être, vous aussi mariés sur une image que l’on vous a décrite, depuis des générations et, à laquelle vous avez eu la faiblesse de croire de peur de ne plus avoir droit d’avoir votre propre reflet dans les yeux de vos proches. Cette image du bonheur que nous avons fixée et entretenue afin qu’elle nous serve à l’identifier comme celle que nous désirons.

Peu importe ce que vous ferez, vous le ferez en vous référant à un contexte existant dans cette société telle que nous l’avons conçue et faite évoluer.

Une société que l’Homme a créée de toutes pièces en jubilant sur les cases dans lesquelles nous enfermons chacun d’entre nous, à chaque seconde que nous observons s’écouler.

Ne devrions-nous pas simplement être libres d’être qui nous sommes ?

Le mariage, les disparités, les principes de politesses environnementales, les lois humaines et physiologiques, les règles conjugales, le sentiment d’appartenance sont devenues essentiels dans la conception de nos consciences et le tissage de nos liens.

Tout ceci n’est qu’un leurre, dont nous n’avons pas réelle utilité, qui vise à nous occuper l’esprit avec un système matriciel dans lequel nous nous perdons avec toutes ces émotions fictives que nous déclenchons nous-mêmes à force de suggestions, d’interprétations et de mimétismes.

Observez votre femme sourire lorsqu’elle regarde un enfant. Regardez votre jolie partenaire abasourdie et émerveillée lorsqu’elle observe ses collègues tomber enceintes les unes après les autres. Vous observerez à quel point elle éprouve soudainement le besoin d’effectuer le même travail, d’entrer dans le même processus sans une once de réflexion. Elle n’attendra pas une semaine pour vous suggérer de vous mettre à l’œuvre et lui faire un enfant comme une simple pulsion.

Il ne s’agit pas forcément d’horloge biologique tel que nous l’avons appris et conscientisé. Il ne s’agit plus du cycle naturel de la vie. Nous fonctionnons par mimétisme sans même nous en apercevoir et c’est bien ceci qui donne du crédit à des rythmes biologiques préconçus que nous légitimons sans cesse. Ainsi nos actes, nos choix, nos décisions et nos désirs sont grandement influencés par une pensée commune. Cette pensée qui nous a été enseignée et transmise depuis notre plus jeune âge par notre éducation et, que nous développons individuellement ensuite malgré nous, grâce aux émotions que nous créons par configuration environnementale induite et obligatoire.

Les femmes l’illustrent bien lorsqu’elles se baladent entre elles, avec leur communauté de « poussettes à bébés », les unes à côté des autres, comparant leurs exploits de mère sur la complexité évidente du choix de leurs artifices de composition maternelle. Il leur faut échanger sur la sélection des couches-culottes, des lingettes, des biberons, des gardes, des maladies, des traitements, des vaccins, des matières premières utilisées, de leur toxicité et des futurs repas d’école dont elles devront se préoccuper. Elles se comparent, s’organisent et se critiquent parfois, notamment lorsque certaines d’entre-elles sont absentes de leurs congrégations.

C’est une nouvelle matrice dans laquelle elles restent piégées intellectuellement selon le pervers apprentissage qu’elles entretiennent avec leurs propres propos, leurs propres approbations limitées à leurs connaissances restrictives sur les sujets qu’elles peuvent explorer, à leur sens, librement.

Elles semblent fonctionner ainsi en communautés dans des rituels sociétaux quotidiens. Elles ressentent le besoin de se sentir exister dans des microcosmes de proximité prédéfinis, entourées de limites environnementales qui restreignent l’accès à d’autres mondes bien réels ; comme nous le faisons tous en réalité.

L’Homme a créé des systèmes de confort pour créer son propre climat de confiance.  Avec l’évolution technologique de ce dernier siècle, il s’est permis de modifier les droits de la longévité, de l’apparence, de l’alimentation, du mieux être.

Les soins médicaux se sont vus faciliter afin que nous prêtions toute notre attention aux normes établies dans notre système de santé actuel et ce, en toute confiance, avec toute notre crédulité.

L’Homme a su faire en sorte que nous nous concentrions sur l’innovation technologique afin de légitimer un nombre considérable d’atrocités. L’élevage intensif d’animaux sauvages, dédiés à finir en morceaux dans nos assiettes pour nos prétendus besoins élémentaires, en est un très malheureux exemple et une parfaite hérésie.

L’Homme a créé une industrie agroalimentaire pour rassurer le consommateur sur la nature des produits qu’il ingère, en toute confiance, tout en pensant à faire des économies de masse en augmentant le rendement de distribution.

L’Homme a créé une industrie pharmaceutique pour rassurer le consommateur sur son état de santé en lui proposant de quoi se soigner à moindre frais si nécessaire avec toutes les informations dont il aura besoin sur le contenu des différentes pilules avalées.

L’Homme se piège ainsi lui-même dans une farandole de besoins qui ne sont pas les siens mais, dont il a su se convaincre de la nécessité absolue.

L’Homme s’est amputé lui-même de sa propre capacité de raisonnement en inhibant celle-ci par les nombreuses drogues contenues dans son alimentation, les médicaments et ses profondes croyances.

L’Homme a tenté de domestiquer l’animal pour ainsi préserver sa supériorité sur la plupart des autres espèces vivantes et, il a su se convaincre qu’il était légitime de continuer de poursuivre cette hérésie.

L’Homme se place en maître décideur de la vie et de la construction de tout être vivant, même de ses propres congénères. Il aurait pu se contenter de simplement vivre parmi les autres mais, il n’a pu s’empêcher de limiter la vie des siens en imposant des règles de conditionnement mental et physiologiques.

Au départ, nous avions une affinité toute particulière avec le règne animal. Nous étions alliés, nous étions complices jusqu’à progressivement rendre les autres espèces esclaves de nos expériences. Nous les avons dominés pour nous accommoder de leur présence tout en violant leurs territoires. Peut-être que nous avons participé à la survie de certains d’entre eux en les protégeant mais, probablement que nous avons également participé aux déclins de nombreuses espèces en procédant ainsi.

L’un des exemples les plus évidents, parmi bien d’autres, reste celui de notre précieux animal de compagnie : le chien. Ce canidé apparemment descendu du loup après des milliers de générations s’est vu devenir « le meilleur ami de l’Homme » comme s’il ne pouvait en être autrement. L’Homme lui impose ses règles alimentaires. Il s’impose en maître décideur de la manière avec laquelle les différentes espèces vivantes doivent se nourrir, interagir et fonctionner.

Il impose ses règles comportementales et en élabore des schémas évidents auxquels nous devons nous référer pour comprendre une logique qui semblera viable dans notre société.

L’avenir de l’Homme semble déjà compromis et tend demeurer un piège sans fin dans lequel nos prochains devront composer avec les conséquences de nos lacunes.

Notre conscience devra intégrer ces bribes d’informations comme étant essentielles et, nous nous laisserons peu à peu bernés par ces raisonnements devenus illogiques que nous percevrons comme étant parfaits.

Notre instruction sera financée par ceux qui veulent nous apprendre à acheter ce dont nous n’avons pas besoin. Et nous avons ainsi un système consumériste parfait, sans la moindre anicroche, en dépit de notre lucidité…

L’industrie des sentiments voit ainsi le jour et nous devenons des produits de consommation courante les uns pour les autres, lorsque nous créons des liens selon les codes établis.

La science est arrivée comme par magie, selon la réelle volonté de l’Homme de la rendre utile pour ses bonnes et ses mauvaises intentions. La médecine fut inventée sur des lois physiologiques humaines et scientifiques mais son enseignement reste librement erroné.  Des entreprises ont vu le jour pour faire vivre des économies organisées de manière élaborée et hiérarchisée. L’argent nous sert jusqu’ici de monnaie d’échange jusqu’à notre propre endettement, qui lui aussi profite d’un calcul scientifiquement élaboré.

Tout objet ou matière première pouvait auparavant se troquer, s’échanger sans unité de mesure spécifique pour en établir sa valeur mais aujourd’hui, tout bien matériel ou non est évalué en vue d’être acheté ou vendu pour qu’un profit sur l’échange puisse être effectif.

L’Homme a progressivement conçu une société consumériste et a ainsi donné une importance toute particulière à la monnaie créée. L’argent est devenu l’élément le plus précieux de notre Monde et, bien plus important encore que notre propre santé. Nous trouvons tout ceci normal et donc légitime, parce que nous l’avons appris comme cela au fil de notre évolution, au fil de nos générations passées.

Nous sommes devenus les maîtres concepteurs d’une sacrée machine et d’un énorme cercle vicieux qui étouffe et détruit l’essence même de la vie. Un phénomène qui tend à aspirer progressivement l’Homme et tout ce qu’il pense représenter vers le fond d’un précipice autour duquel il s’entête à courir alors qu’il l’a lui-même engendré. Un puits sans fond avec un courant aspirant, une sorte de vortex qui fera échouer la vie de l’Homme sur cette petite étoile qu’est notre planète s’il ne prend pas immédiatement conscience qu’il doit mettre fin au complexe processus d’autodestruction qu’il a engendré et qu’il entretient. La gigantesque matrice dont nous sommes à l’origine est enclin à s’effondrer alors que nous ne sommes finalement pas grand chose à l’échelle de l’univers.

Nous sommes en l’occurrence tous liés les uns aux autres comme ces planètes sont liées dans le même univers pour former leurs propres mondes. Ces éléments s’entretiennent les uns grâces aux autres, dans des gigantesques microcosmes distincts et uniques qui pourraient s’apparenter à nos propres cellules. Notre enveloppe corporelle n’est pas tant éloignée d’une galaxie composée de milliards de planètes sur lesquelles de nombreuses bactéries pourraient travailler et se relayer pour entretenir ces systèmes. Nous sommes composés de milliards de petites choses différentes et si nous en changeons une, nous modifions le reste de la structure. Toutes nos cellules vivent en nous comme toutes les planètes cohabitent dans notre galaxie. Nous sommes accompagnés par nos bactéries, nos parasites qui vivent en cohabitation dans nos systèmes nerveux, organiques, dans notre cosmos intérieur. Ils les entretiennent ou les détruisent pour leur donner une nouvelle vie et rendre pérenne la leur.

Les lois de notre planète sont gouvernées par les parasites que nous sommes devenus pour elle. Alors que c’est bien elle qui, jusqu’ici, nous abrite, nous maintient en vie et, nous permet de nous multiplier à notre guise avec les règles que nous avons préféré définir afin d’optimiser notre survie. Il est fort probable que nous soyons à notre tour gouvernés par les parasites que nous abritons et nourrissons avec tant de générosité et, qui pourraient posséder eux-mêmes leurs propres règles à notre détriment.

Peu importe ce que nous appelons nos bonnes ou mauvaises bactéries, la vie est issue d’un équilibre dans leur affrontements ou leurs collaborations… Tout comme les hommes de notre monde, ceux qui se font la guerre, ceux qui prônent une idée plutôt qu’une autre, ceux qui détruisent et ceux qui construisent, ceux qui partagent des affinités ou ceux qui les créent, tous ces mouvements permettent la vie sur notre Terre…

Et si une seule espèce devait survivre, peut-être bien que l’équilibre serait rompu et que la planète Terre s’éteindrait.

Pourquoi n’en serait-il pas de même en chacun de nous, dans chacun de nos organes, dans chacune de nos cellules ?

Nous sommes pour notre planète ce que les bactéries sont sur la surface de notre épiderme, les parasites dans nos organes, les toxiques dans nos matières. L’équilibre extérieur est très certainement semblable à notre équilibre intérieur, comme pour les végétaux, les animaux, ou toute autre espèce vivante qui nous entoure…

Nous sommes malheureusement devenus des machines à intellectualiser à notre propre détriment, en donnant légitimité à un système en déclin. En sommes, nous sommes entrain de  nous désintellectualiser face à l’essentiel pour apprendre l’absurde et en oublier la genèse nos vies.

L’Homme se torture encore à prouver qu’il est en mesure de maîtriser la santé avec le principe vaccinal pour prévenir la maladie, préserver la Nature avec les épandages aériens, prolonger la durée de vie avec les modifications génomiques. Il a toutefois omis d’accepter qu’il s’est lui-même trompé avec ses propres discours, ses propres applications, ses propres interprétations et surtout, ses propres erreurs. Il s’est intimement convaincu par la mise au point d’une véritable supercherie.

Une expérience de longue haleine qui sera, sans conteste, tôt ou tard, clôturée par un échec pour celui qui aura inspiré son désir d’évolution sous cette forme qu’il affectionnait tant. Un éternel recommencement d’erreurs et d’incompréhensions  s’achèvera dans ce que nous nommons déjà depuis bien trop longtemps « souffrances ». Malheureusement, il sera bien trop tard lorsque nous nous apercevrons de ce que nous n’avons pas su comprendre.

De ces aberrations naissent chaque jour des perversités qui nourrissent un système défaillant et, qui finit par s’élaborer de lui-même. Nous sommes tous responsables des dérives engendrées car chacun d’entre-nous y apporte les innombrables grains de sables nécessaires à sa perfide constitution…

…Moi le premier en venant au monde, j’ai malgré moi participé à cette mascarade que nous appelons « la vie ».

Je me suis plié à ses règles parce que, comme vous, j’ai été instruit depuis ma naissance comme l’ont été nos parents, nos prédécesseurs et, comme le seront nos futurs enfants…

 

Introduction

 

Je ne vais pas commencer par une introduction vous contant dans quelle mesure j’ai été un enfant malheureux ou à quel point je me suis senti en détresse pendant mes premières années. Ce ne serait certainement pas juste au regard de ceux qui ont réellement vécu le sens du mot « malheur ».

Mais quel sens peut-on aisément lui donner ?

Un enfant malheureux ?

Que cela signifie-t-il ?

Quelles sont les réels critères d’une enfance malheureuse ?

La pauvreté ?

La maltraitance ?

L’indifférence sociale ?

Le déchirement parental ?

Le déficit affectif ?

Le handicap ?

La maladie ?…

Les critères du malheur ont été définis par l’Homme pour qu’il puisse le mesurer, l’enseigner et l’instaurer. Pour que chaque individu puisse entrer dans un système universel visant à comparer celui qui doit se sentir « malheureux » à côté de celui qui ne connait pas encore le sens de ce mot, celui qui n’a pas encore matière à considérer ou interpréter son mal.

Mes modestes parents sont venus depuis l’Ile Maurice, située à plus de neuf mille kilomètres de leur point de chute, pour s’installer ici en France afin d’y trouver un emploi, un salaire, et construire une vie. Probablement pour fuir un soudain inconfort que l’on leur a imposé dans leur pays d’origine.

C’est donc ici que j’ai vu le jour, sur ces belles terres, dans ce beau pays. J’ai eu la chance de naître et de grandir au cœur la ville de Versailles dans les Yvelines. Une ville fleurie où il fait bon vivre, où les habitants sont encore courtois, amicaux, et où la solidarité reste une valeur morale inculquée aux jeunes enfants. J’ai eu le bonheur de vivre aux contacts de ma famille, de mes grands parents, de mes oncles et de mes tantes, tous venus de l’Ile Maurice pour trouver leur place ici.

Dès ma naissance, je suis devenu la première fierté de mes parents et celle de mes grands parents car je suis de toute évidence le premier de leurs petits enfants à venir au monde sur le territoire français. Je suis encadré, chouchouté et même sacrément gâté par ces derniers. Je suis le premier enfant d’une longue série de cousins, de cousines et j’ai déjà de quoi séduire.

Toutefois, ce bonheur naissant ne semble déjà point suffisant. Je commence doucement à percevoir pour enfin ressentir la souffrance de mes parents. La vie qu’ils mènent semble peu à peu inconfortable. Ils sont hébergés, doivent cohabiter avec mes grands-parents et composer avec ces états de fait. Le tout avec les travers de ce long chemin qu’ils ont parcouru pour trouver leur voie ici. Malgré les difficultés, malgré les impasses et les murs auxquels ils ont été confrontés. Malgré un système difficile à appréhender, auquel il faut s’adapter pour se sentir exister et vivre parmi les autres. Les batailles administratives que tout français doit connaître sont une épreuve éreintante face à laquelle ils ne sont certainement pas prêts. Sans parler des paperasseries qu’ils doivent assumer pour me faire intégrer l’école que j’intègre par ailleurs à merveille dès ma première année de classe maternelle.

Tout petit déjà, je fais preuve d’une discrétion hors paire en demeurant un enfant réservé à l’école, discipliné, sans histoire, avec une famille attachée à certains principes éducatifs, notamment ma tante Mireille.

Mireille est la grande sœur de ma grand-mère et c’est une femme qui sait faire preuve d’une autorité incontestable. Je n’ai pas d’autre choix que de suivre ses directives, de me laisser porter par son autorité naturelle. Elle veut et exige d’avoir un petit neveu bien éduqué. Sa décision est sans appel et elle obtiendra rapidement le résultat escompté.

Je reçois ainsi une éducation stricte et francisée avec un vocabulaire institutionnel très étoffé. Ma mère multiplie les dictées afin que je ne fasse jamais la moindre erreur d’orthographe. Je me démarque ainsi rapidement de mes petits camarades par une maîtrise parfaite de la langue française. Je dispose d’une excellente capacité d’analyse et je suis déjà très curieux d’apprendre.

J’observais mon père tous les jours lorsqu’il brisait, démontait, réparait, fabriquait, ponçait et, exécutait tout un tas d’autres choses que j’avais encore beaucoup de mal à comprendre.

Je n’étais d’ailleurs pas en mesure de décrire le contenu de son activité lorsque, pour la première fois, mon institutrice me demanda quel type de métier exerçaient mes parents.

J’ai su répondre « femme de ménage » en ce qui concernait l’activité de ma mère mais, je me suis permis de répondre « homme à tout faire » pour illustrer le métier que faisait mon père, ne sachant pas vraiment quoi dire de plus pour l’illustrer. Je savais juste qu’il se démenait chaque jour pour gagner de l’argent, pour nourrir notre famille et c’était déjà bien assez.

Dans la cour de l’école, j’étais très réservé. Je m’amusais avec mes petites voitures en métal que je faisais rouler sur les rampes d’escalier ou bien les petites descentes lorsqu’il n’y avait personne pour me regarder. Parfois même, je m’allongeais sur le sol rugueux pour user un peu ces petites roues de plastique en imitant, avec ma bouche, le bruit d’un gros moteur rugissant. Je ne discutais pas avec mes petits camarades ou alors très peu. J’avais beau essayer, je n’y arrivais pas.

J’avais le sentiment d’être comme un animal parmi les hommes. Une sorte d’être humain incompatible avec ce genre d’individu auquel je ressemblais pourtant. Je franchissais doucement les étapes de ma petite enfance en me contentant de mes devoirs pour seule distraction. Je n’avais pas vraiment d’autres loisirs pour occuper le reste de mon temps.

Mes camarades jouaient au Football, au Handball, au Basket Ball ou alors au Tennis. Des activités qui nécessitaient d’être à plusieurs et d’avoir une balle ou un ballon. Autant dire que je ne pouvais pas l’envisager de par mon extrême pudeur à devoir jouer en public. De mon côté, je découvris les jeux vidéo sur console de salon avec mon jeune cousin Rayan. C’était bien plus confortable et, c’était bien entendu idéal pour entretenir mon côté réservé. Une histoire irréelle, une aventure à vivre à chaque début de partie, une aventure virtuelle qui me détachait de ma vie d’enfant le temps de quelques heures. Je profitais de la possibilité de m’isoler dans un monde où je demeurais le maître du jeu. Je m’entêtais à vivre ces merveilleuses aventures écrites par ces talentueux et imaginatifs créateurs de jeux vidéo sur ces petites consoles de ma jeune génération.

Mon père, grand et talentueux bricoleur, passait énormément de temps à multiplier les activités afin de nous faire vivre au mieux ma mère et moi. Il était habile de ses mains, autodidacte et, visiblement son talent se faisait connaître bien au-delà de notre cocon familial. Il trouva du travail au sein de nobles familles et une place d’homme à tout faire chez un descendant de famille princière. C’était une place précieuse qui lui convenait parfaitement et qu’il lui fallait entretenir pour la conserver.

Ma mère était femme de ménage et gouvernante occasionnelle dans ces mêmes familles mais, elle ne savait pas non plus se contenter d’un seul poste. Elle me demandait régulièrement de l’accompagner chez ses autres clients quand elle en avait la possibilité pour tenter d’arrondir ses fins de mois. Alors je m’asseyais dans un coin dans chaque maison que je visitais et, je l’observais nettoyer, ranger les bibelots, passer l’aspirateur, prendre soin de beaux objets.

Je prenais ainsi le temps d’observer, d’apprendre et de comprendre certains fondamentaux environnementaux modernes. L’intérêt de conserver un environnement propre et sain pour se sentir serein. L’intérêt de ne pas laisser s’accumuler les aspérités pour ne pas avoir à lutter pour s’en débarrasser. Je comprenais l’importance de maintenir la lunette des toilettes propre pour que les femmes puissent l’utiliser sans se souiller le haut des cuisses ou le bas des fesses. J’appliquais consciencieusement moi-même peu à peu et par la suite, probablement par mimétisme, toutes ces petites astuces qui me paraissaient désormais essentielles au quotidien.

Les jours de marché, lorsque ses heures de ménage chez ses clients du matin étaient terminées, nous allions acheter de quoi préparer le repas du soir. Et, quand elle avait un peu plus de temps, elle me faisait profiter des fréquents passages à la PMI « Protection Maternelle et Infantile » pour m’y faire subir les contrôles de santé habituels.

Ma mère devenait progressivement accroc à ces rendez-vous car ils étaient gratuits. Il devenait indispensable d’y suivre les recommandations vaccinales, de me peser, de me faire tousser, fermer l’œil droit tout en ouvrant l’œil gauche et inversement. Elle se devait de m’emmener comme toute bonne mère, afin de s’assurer que tout était en règle et qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter pour son petit garçon, conformément aux règlementations en vigueur.

Ma mère apprenait à juste titre qu’il existait de nombreuses maladies qu’il était nécessaire de prévenir en France par un procédé qu’elle ne connaissait encore que trop peu : La Vaccination.

En effet à l’Ile Maurice, il n’existait pas d’obligation vaccinale stricte ni de recommandations précises à l’époque où ils étaient eux-mêmes enfants. Et, jusqu’ici, ils n’en avaient pas eu besoin pour parfaire leur croissance.

Par inquiétude, et pour respecter les protocoles français, elle s’est pliée à toutes les recommandations médicales instaurées dans ces lieux par le pédiatre. Une habitude à laquelle je me suis faite malgré l’appréhension permanente d’être en contact avec ces toutes petites aiguilles, le contact du stéthoscope gelé et les sparadraps qui arrachaient mes duvets. Ce n’était une partie de plaisir mais, j’imaginais bien que d’autres enfants se retrouvaient également ici pour subir tous ces petits châtiments infantiles. Il le fallait bien pour notre fragile santé de bambin.

Je grandissais vite, très vite et, les aiguilles devenaient le cadet de mes soucis. Je paraissais en excellente forme, d’une parfaite constitution.  Je dépassais déjà d’une tête la plupart des camarades de mon âge. Mes bras s’allongeaient, mes jambes aussi. Mon corps de jeune enfant devenait rapidement celui d’un adolescent précoce. Toutefois, socialement, je n’étais pas encore prêt à l’évolution. J’avais du mal à m’insérer, à me faire des copains, j’avais du mal rire et à sourire. Je n’avais pas vraiment le droit de rire à la maison, sans que mon père me gronde violemment parce qu’il pensait que je me moquais de lui. Probablement qu’il me faisait subir malgré-lui un de ses propres traumatismes.

A huit ans, je me convertis un petit homme solitaire et, je rentre déjà seul chaque soir de l’école car je refuse que ma mère vienne me chercher. Je dispose de peu de camarades en raison d’une timidité exacerbée et, ma situation sociale peu attrayante ne semble pas faire l’unanimité.

Des parents aux revenus modestes, une origine insulaire, un teint plutôt hâlé, je surprends par mon apparence bronzée au cœur d’un milieu social constitué d’enfants au teint pâle.

Habillé et coiffé différemment, je donne le sentiment d’être à une place qui est loin de me correspondre. Je porte des vêtements peu couteux, des baskets sales, une trousse et un cartable de récupération. Je me rends compte à travers le regard des autres que la cruauté infantile est rude à ces âges. La comparaison volontaire des fournitures scolaires amène souvent à l’incompréhension de cette différence puis, vient la moquerie.

Bien que mes parents insistent fortement pour que je m’alimente chaque jour comme ils le décident, mon alimentation quotidienne impose également une différence. A l’âge de neuf ans, j’éprouve subitement un véritable dégoût pour les viandes et, je décide de devenir végétarien dans la totale incompréhension de ma famille, pourtant bien habituée, depuis leur arrivée en France, à se nourrir comme les industriels le recommandent dans les pays modernes. La cantine scolaire déjà peu adaptée devient pour moi un rendez-vous quotidien à très vite exclure.

Car les aléas de l’incompréhension viennent envahir les bouches à l’heure du déjeuner, lorsque nous commentons le contenu de nos assiettes.

« Pourquoi tu ne manges pas ça ?

Ce n’est pas bon ?

Tu ne connais pas le plaisir de manger du pain avec du fromage ?

Tu plaisantes ?

Tu ne manges pas de veau ni de langue de bœuf ? »

J’impose par la suite un caprice à ma mère, celui de me faire rentrer tous les midis pour manger à la maison. Une raison de plus de m’écarter d’un éventuel noyau affectif sécurisant.

Après quelques agressions extrascolaires, de temps à autres, par des camarades de classes supérieures, je me referme doucement sur moi-même et n’ose en parler à mes parents de peur d’être giflé ou encore violemment grondé…

Toutefois, je suis bien décidé à chercher une issue pour, à mon tour, faire preuve d’autorité sur ceux qui jusqu’ici prennent plaisir à me martyriser. Il faut dire qu’ils passent le plus clair de leur temps à m’insulter à la sortie de l’école ne me jugeant « pas assez blanc » pour demeurer parmi les blancs, sans légitimité aucune.

Mon seul défouloir du moment est de courir, courir le plus vite possible à travers les forêts le weekend ou à travers les élèves dans la cour de l’école. Une occasion pour que l’on m’accorde un peu d’attention sans que je me fasse insulter ni cogner dessus. J’ai déjà suffisamment connu les robustes mains de mon père lorsque j’étais petit.

Mon père est un individu qui peut sembler impitoyable mais c’est un homme bon et loyal. Toutefois, il a tant de mal à se contrôler que ses atouts paraissent cachés, dissimulés derrière ses tares. Il doit certainement avoir ses propres raisons de réagir ainsi face à cet environnement. Cet univers qu’il ne peut maîtriser et, avec lequel il semble avoir tant de mal à composer.

Il est un brin autoritaire, exagérément colérique et excessivement impulsif mais il sait rester calme, à priori, en apparence. Il est grandement doué pour se faire apprécier par ses actes de bienveillance. Il sait apprivoiser l’inconnu et faire valoir ses compétences d’autodidacte mais, il est craint physiquement par la plupart de notre famille et, par toute personne ayant eu l’occasion de croiser un jour son sombre regard lorsque la colère l’envahit.

Doté d’une réelle difficulté à accepter la critique ou même une simple remarque, ses réactions sont souvent disproportionnées et déraisonnables. Il possède une force démesurée et les membres de notre famille l’ont déjà bien compris. Il peut arracher la porte du salon d’un seul geste et détruire l’ensemble du mobilier d’un appartement en quelques minutes seulement, uniquement à la force de ses poings. Il est, de ce fait, profondément respecté, car ici la peur engendre le respect. Il est préférable de l’apprécier que de devoir le craindre. Et, il en joue très certainement sans même le savoir. Malgré ses nombreuses facettes obscures, sa puissance et son charisme fascinent.

Comment fait-il pour exécuter de tels gestes sans jamais se blesser ?

Comment fait-il pour être si terriblement craint mais, considérablement respecté ?

Il dispose un nombre de compétences certaines. Il est habile de ses mains et doué de logique. Ce qu’il détruit, il est capable de le réparer, de le reconstruire ou l’arranger. Lorsqu’il perfore un mur ou une cloison, il s’exécute pour effacer les traces de son passage, afin de ne subir aucune critique, aucun jugement. De même lorsqu’il détruit la table de la cuisine, il va chercher ses outils pour réajuster l’irréparable. Mais parfois, cela finit par l’achat d’un nouveau mobilier.

Je m’efforce quant à moi de ne pas tenter de suivre les exemples de violence injustifiable dont il est maître et, tente de me concentrer sur mes propres aptitudes en devenir. Celles qui feront de moi un homme bon et combatif. Néanmoins, le phénomène d’observation altère mon équilibre personnel et me conduit à reproduire par mimétisme certains des défauts que j’ai moi-même dû subir. J’ai déjà bien conscience qu’il est nécessaire que je fasse preuve d’autodiscipline et, que je dois emprunter un autre rail que mon père pour enfin évoluer en qualité d’homme.

Toutefois, une inconsciente quête de supériorité physique m’inspire. Je ne suis pas aussi puissant que lui pour le moment mais, je fais preuve d’une rapidité efficace. Et, je compte bien prendre le temps d’augmenter mes capacités motrices bien que je ne sache pas réellement pourquoi je m’entête à suivre ce fil.

Je m’amuse, certains soirs, à donner des coups de poings à vitesse élevée face à un miroir afin d’observer les muscles qui se contractent et se relâchent les uns après les autres sous tous les angles. Je m’en amuse comme un enfant de quatre ans pourrait s’amuser à faire rouler des voitures en plastiques à toute vitesse depuis le carrelage de la cuisine jusqu’à la moquette du salon.

Je frappe parfois si vite que je me donne le sentiment de désolidariser mes coudes et mes épaules. Je fais pareil pour les doigts puis, pour les jambes. Pour parfaire la structure musculaire de ces dernières, je cours dans la pénombre à l’abri des regards lorsque tout le monde dort déjà profondément. Heureusement, je dispose d’une porte de sortie depuis ma chambre à coucher. Ce qui facilite mes virées solitaires sans nuire au sommeil de mes parents.

A cette époque, je regardais beaucoup la télévision et, les films du célèbre acteur « Bruce Lee » et son fameux « Jeet Kune Do » qui envahissaient nos écrans et inspiraient tous les hommes déséquilibrés en quête d’épanouissement sportif. Je fais déjà partie de cette tranche là.

A cet instant, mon activité préférée est de courir et d’utiliser la puissance de mes jambes. Heureux de pouvoir me dépenser sans être jugé, attrapé ou tabassé, j’en crée, en silence, un jeu dans l’enceinte de mon établissement scolaire. Un concept basique qui consiste à courir le plus vite possible pour traverser la cour de l’école sans me faire intercepter par les autres élèves qui se prêtent eux aussi au jeu. Une activité simple que je remporte aisément à chaque défi lancé. Je cours si vite que mes jambes ne semblent plus m’appartenir à ce régime de rotation, avec des pieds qui effleurent à peine le sol. Je ne cours pas, je me propulse. Je ne glisse pas, je vole.

Je dispose déjà de longues guibolles et de très puissants mollets qui me permettent ainsi de faire d’immenses enjambées. Je bondis plus fort et plus vite qu’un lièvre à chaque foulée. Je fais deux pas pendant que mes autres camarades n’en font qu’un seul. Un plaisir insoupçonné démarre peu à peu… Et cette fois-ci, c’est bien le mien.

Je commence à trouver ma place, un équilibre, une raison d’être. Je suis impatient de grandir et de devenir quelqu’un qu’on pourra respecter ou apprécier pour des capacités qui seront les miennes. Malheureusement, mon père instaure régulièrement le mauvais exemple lorsqu’il se montre des plus colériques. Il ne sait pas vraiment s’y prendre pour montrer qu’il porte de l’attention à son fils et, une décision vient soudainement modifier la structure familiale.

Mes parents ne semblent déjà pas savoir comment gérer le temps nécessaire à l’éducation d’un seul fils et, prennent la décision de perturber l’ambiance à la maison avec un nouvel événement. Sans que je puisse le réaliser, je découvre la venue d’un petit bébé, d’un petit frère. Je n’ai même pas réalisé que ma mère portait un enfant en elle jusqu’ici. Au début, c’est bien de la joie que je suis en mesure de montrer car c’est comme cela que je me dois de l’accueillir, tel que je l’ai appris jusqu’ici. Mais très vite, je réalise une chose qui m’angoisse et me terrifie. Une véritable frustration vient m’envahir. L’attitude de mes parents à l’égard de mon petit frère semble bien différente de celle qu’ils ont eue avec moi depuis le début de mes plus vieux souvenirs. Ils sont plus tendres, plus délicats, plus attentifs comme s’ils cherchaient à corriger certaines de leurs erreurs passées. Ce qui découle en fin de compte d’une évidente logique d’apprentissage. Mais, peut-être suis-je encore trop jeune pour me doter d’une perception idéale en adéquation avec ce contexte. Je me sens à présent encore un peu plus délaissé et désorienté mais, je ne compte pas pour autant me laisser affecter. De toutes les façons, je n’ai aucune raison de comparer.

Il est temps que je poursuive ma quête d’accomplissement personnel. Je veux évoluer, grandir, devenir un homme et partir d’ici, partir de cet enfer qui devenu est le mien et je travaille déjà dur pour y arriver.

Je m’amuse vite à prendre le rôle du grand frère, qui domine, qui protège, qui rassure. Peu à peu, je détiens la capacité de me distinguer en surpassant mes camarades physiquement. Dès qu’il est question de jouer, je ne pense qu’à faire usage de ma rapidité pour me démarquer, pour intéresser, pour captiver. J’arrive ainsi tout doucement à faire l’impasse sur ma timidité légendaire le temps de quelques secondes. J’en suis pleinement satisfait. Je passe pour ainsi dire, déjà beaucoup moins de temps devant ma console de jeux qui, jusque là, reste mon seul loisirs de confort, de divertissement et de plaisir.

A chaque effort je me sens plus fort, à chaque effort je me sens exister. A chaque effort je me sens désiré et récompensé. Je trouve ainsi une voie qui semble m’animer, me correspondre, me motiver : Le sport, l’exercice physique intense.

Rapidement, je semble déjà maîtriser toutes les activités sportives qui sont enseignées à mon entrée au collège hormis le Football qui ne semble point m’intéresser ni me correspondre. Je n’en comprends tout simplement pas le principe de fonctionnement. L’idée de courir derrière un ballon me dépasse véritablement. C’est la triste vision que j’en perçois qui, pour le moment, est à l’origine de mon incompréhension.

Le système éducatif, de manière générale, ne semble pas s’inscrire dans ma logique d’apprentissage. Y aller me prend du temps et m’empêche de pratiquer les activités physiques de mon choix à l’extérieur de ces établissements. J’aime courir et faire du V.T.T et, ici ce n’est pas envisageable pour mon épanouissement.

Je ne me rends pas bien compte, de toute façon, de ce que j’apprends dans les classes que je fréquente. Je n’adhère à rien ici. Ni le contenu des cours prodigués, ni la découverte d’un environnement social composé de ces jeunes de mon âge ne semble m’intéresser. En revanche, je prends conscience de la détresse de ces quelques adolescents en déficit affectif, qui idéalisent leur passage ici en faisant tout leur possible pour prendre une place de bon élève afin de satisfaire leurs parents. Il est difficile pour moi d’en comprendre les tenants et les aboutissants. Je ne ressens pas avoir ma place dans cet environnement. J’y découvre toutefois l’art de séduire les filles, malheureusement sans succès. Je ne suis visiblement pas encore en phase de devenir séduisant. Mon corps et mon attitude dérangent. J’ai l’air déjà trop vieux pour mon âge et je suis véritablement un jeune homme trop réservé.

Le temps s’accélère à présent et je dois faire face aux nouvelles évolutions que doivent subir les adolescents. A douze ans, je suis contraint de me raser la moustache puis, la barbe en raison d’une pilosité exacerbée. J’ai déjà plutôt l’air d’un surveillant que d’un élève venu pour étudier. J’entends d’ailleurs parfois des camarades marmonner :

« Mais, que fais ce surveillant dans cette classe assis à côté des autres élèves ? »

A mes treize ans, je subis, comme bon nombre d’élèves, le devoir de valider l’attestation de sécurité routière dans la cour du collège. Une opportunité pour commencer à prendre goût aux véhicules motorisés à deux roues.

Dans la foulée, une obligation de profiter à nouveau de quelques aiguilles avec les trois injections du « vaccin anti-hépatite B » suite à la forte recommandation des autorités sanitaires françaises. Une aubaine pour ma mère qui laisse le service médical du collège prendre en charge l’administration de ce précieux vaccin pour parfaire ma santé de jeune adolescent en pleine croissance.

Une nouvelle occasion pour que, de mon côté, j’oublie vite l’idée de m’approcher des adolescentes de mon âge, étant donné que les campagnes publicitaires nous font entendre avec virulence, qu’il est très facile d’attraper l’hépatite B par simple contact salivaire.

Tout le monde a soudainement peur de s’échanger un simple verre d’eau à la cantine ou une bise dans les couloirs. Tout le monde se fait vacciner, enfin presque. Certains parents interrompent le protocole pour leurs enfants sans explication aucune, mise à part quelques discours faisant état d’effets secondaires graves dans l’actualité. Très vite, les médias taisent cette information et chacun poursuit la vie qu’il mène comme si cette alerte sanitaire n’avait jamais existée.

A  quatorze ans, mon incapacité à me mélanger aux autres élèves se développe. Les tensions permanentes parentales ne me sont pas d’un réel gage d’équilibre émotionnel. Mon père est de plus en plus colérique. Je n’ai pas le droit de tousser mais, malheureusement, avec tous les paquets de cigarettes qu’il fume chaque jour sous mon nez, il m’est véritablement difficile de me retenir. Je suis obligé d’arrêter de respirer en sa présence. Son visage se crispe, il fronce les sourcils et frappe sur n’importe quel objet au moindre bruit de bouche que je puisse effectuer, même malgré moi. Il considère que tousser est une insulte et me le fait payer à chaque fois, par ses insultes et ses colères. Il me demande de dégager d’ici, parce que je tousse maintenant depuis des années. Mais, cela semble bien être à cause de lui, à cause de la fumée toxique qui émane de ses cigarettes.

Ma mère ne peut rien dire et semble complètement soumise, abîmée, un brin irritable en raison de son cadre de vie altéré par l’autorité viscéral d’un mari qui se laisse clairement dominer par ses pulsions.

Comment faire autrement ?

Je me demande chaque jour si j’ai une place au milieu de la détresse de mes parents. Je me sens impuissant et délaissé. Je cherche en vain du réconfort là où je pense en trouver et deviens maître, après avoir allégrement stimulé mon imaginaire sur les consoles de jeux vidéo, dans la pratique solitaire du vélo tout terrain.

Je me réserve un cadre idyllique pour sculpter mes jambes le weekend : le vaste Parc du Château de Versailles et les sympathiques forêts avoisinantes de notre belle ville. Je pars très souvent seul pour me mettre à l’épreuve. J’éprouve du plaisir à pédaler à toute allure en ayant tous ces obstacles à franchir, quelque soit le revêtement. J’ai besoin d’avancer, de me dépasser et j’adore ça.

La dépense physique reste jusqu’ici mon plus grand plaisir et, mon seul exutoire. Mais, j’ai une obsession en tête. Quelque chose qui me ronge depuis quelques années maintenant. Je ne sais pas encore comment procéder mais, j’aimerais réussir à mettre un terme aux violences mentales de mon père. J’aimerais qu’il arrête d’empoisonner la vie de ceux qui vivent à ses côtés et sous son toit.

Dois-je l’affronter ?

Mais, comment ?

Physiquement, je ne suis pas encore à la hauteur. Je ne sais pas vraiment pourquoi cela m’obsède. Peut-être parce que je n’ai plus envie d’entendre ma mère hurler de peur ou pleurer d’angoisse en le voyant se précipiter sur elle lorsqu’il semble enragé comme un animal féroce. Peut-être que moi aussi, je ne veux plus avoir à m’uriner dessus lorsqu’il s’en prend à moi pour de futiles raisons.

Je travaille continuellement à acquérir cette force pour le surpasser. Sa puissance déroute ceux qui le craignent mais, il doit être possible d’acquérir encore plus de force qu’il ne possède déjà à l’heure actuelle.

J’y travaille intensément chaque jour avec mon propre matériel, mon vélo et sa caisse à outils. Régulièrement, je l’accompagne pour l’aider et l’assister dans son activité d’homme à tout faire pendant mes vacances scolaires ou lors de mes temps libres. Je n’ai pas vraiment le choix puisqu’il exige que je le suive, par conséquent, je le fais. Je porte son matériel, lui tends les outils, soulève des échelles, déplace des meubles, lui amène les briques et parpaings dont il a besoin. Je fais tout ce qu’il me demande de faire à sa place : creuser, casser, soulever… Mes bras commencent peu à peu à ressembler aux siens et, surtout j’apprends de lui.

Rapidement, je m’amuse à frapper sur tout ce qui me semble sans vie. Lorsqu’il y a une cloison à abattre, je me hâte et m’exécute dans un pur moment de plaisir. Mes poings deviennent de plus en plus solides mais, peu à peu dangereux puisque, c’est à présent sur des briques et des planches de bois que je frappe pour passer le temps, peu importe les coulées de sang. Curieusement, mon mental se modifie peu à peu. Ce travail personnel me procure de nombreux avantages que je n’imagine pas encore. Mon physique me permet peu à peu d’exécuter un grand nombre d’actions presque déconcertantes. Je me découvre capable de soulever et transporter à moi seul un bureau, une table, un réfrigérateur, bientôt une machine à laver. Peu importe le peu de prises dont je dispose pour placer mes mains, je réussis à déplacer seul ce qui nécessite d’être à deux ou parfois plus. Je prends goût à prendre le relais car mon père souffre à présent de deux hernies discales.  Je vois et j’imagine déjà ma carrière se dessiner dans mon esprit. Je suis apprécié, respecté et, bientôt craint par mes plus proches, tout comme mon père a su l’être lorsqu’il était plus jeune. Je ne le sais pas encore véritablement mais, malgré moi, ce critère me plait déjà.

Mon corps se met à changer proportionnellement à ma soif de réussite. Mes muscles se dessinent, ma force augmente. J’observe avec plaisir ce que le corps humain est capable d’engendrer. J’étudie avec attention l’évolution de mes capacités et en admire le potentiel. Même si mes motivations ne semblent pas saines, le résultat est désormais plus qu’appréciable. Bien qu’une fatigue parallèle m’accompagne peu à peu. Mon professeur de sport au collège met cela sur le compte d’une croissance trop rapide et, je l’accepte pensant que cela s’atténuera une fois ma croissance terminée.

Je prends goût à ces étonnantes capacités et je prends plaisir à les entretenir pour mieux m’en servir au quotidien. J’en profite pour m’ouvrir à des éventuelles perspectives professionnelles. J’ai grand besoin d’argent pour quitter ces lieux. Je veux réussir mais, c’est aussi pour mes parents que cela m’obsède. Je n’aime pas les voir souffrir du manque de moyens malgré leur acharnement. Je n’aime pas voir mon père rugir d’insatisfaction pour des raisons de manque d’argent, même s’ils ne peuvent l’admettre, même si j’ai parfois envie de lui briser les dents.

Les difficultés financières sont souvent source de nombreuses tensions en raison des frustrations que celles-ci engendrent au quotidien. Mes parents illustrent bien cette réalité de laquelle j’éprouve le profond besoin de devoir me détacher.

De nombreux métiers m’attirent mais je ne sais pas encore comment m’orienter. A l’école, on me propose différentes directions afin d’obtenir différents diplômes en suivant un périple éducatif auquel je ne semble pas sensible. Ma famille me contraint de me faire à cette idée. Et puis, je dois montrer l’exemple à mon petit frère, mes cousins, mes cousines. Pour réussir ma vie, je me retrouve donc presque dans l’obligation de poursuivre ma scolarité dans cet habituel cycle d’apprentissage pour simplement satisfaire mes proches, pour simplement satisfaire ma famille.

Je ne sais pas où donner de la tête. Je ne fais déjà plus mes devoirs. Je n’en comprends plus l’intérêt. Je suis fatigué de l’école et de mes camarades dont j’ai du mal à apprécier la compagnie. Je n’apprécie pas grand-chose en réalité. Ma fatigue me perturbe et me rend nerveux. Je m’endors régulièrement malgré moi sur mon bureau d’élève, comme un nouveau syndrome narcoleptique que j’ai vraiment du mal à maîtriser. Je passe progressivement pour un élève insolent et peu investi aux yeux de quelques professeurs. C’est curieux, cette croissance physique et intellectuelle semble se retourner contre moi. J’ai le sentiment de toujours donner de moi-même pour satisfaire jusqu’à l’épuisement. Mais, pour satisfaire qui ?

Progressivement, je n’arrive plus à me sortir du lit mais, je mets régulièrement cela sur un sérieux manque de motivation matinal. Personne ne semble pouvoir me le reprocher sans me mettre dans un état de rage injustifié et injustifiable. Mon comportement semble inapproprié aux yeux de certains malgré ma capacité à faire preuve d’autodiscipline. Mais parfois, je glisse et mes poings partent dans tous les sens, sur n’importe quelle matière environnante sans que je ne puisse me maîtriser.

Certaines choses commencent à me dépasser. Je deviens peu à peu colérique et sérieusement antipathique. Avec le soutien de mes grands-parents, mes parents demandent à une assistante sociale de venir constater mes « déviances » à la maison. Moi-même, je commence à avoir du mal à comprendre mes motivations. Je suis à la merci d’une mauvaise gestion de mes pulsions. Peut-être bien comme mon père a pu l’être auparavant…

Je me réfugie toujours un peu plus dans le sport pour ne pas avoir à me battre avec moi-même. Jusqu’à une expérience quelque peu déroutante. Lors du cross du collège organisé en fin de classe de troisième, je fais parti des favoris aux yeux de certaines amies à cause de mon physique avantageux. Le principe est simple : il faut exécuter quelques tours autour de l’ensemble des bâtiments du « Collège et Lycée Hoche de Versailles » et rester en tête jusqu’au dernier tour.

Mon physique est clairement en avance, je dispose déjà du corps d’un homme de vingt-cinq ans bien entrainé. De la pilosité à la structure musculaire, en passant par la voix grave et basse qui fait déjà trembler.

Je commence tout juste à réaliser que les regards des jeunes filles des classes supérieures m’observent avec une préférence pour mes pectoraux saillants sous mon maillot de corps moulant. Ce jour là, toutes les classes de troisième sont sur le départ et, je me suis mis dans le peloton de tête en vue d’y rester.

Le top départ retentit et je m’élance dans le peloton de tête, avec déjà quelques voix féminines qui m’acclament. Elles citent mon prénom avec tellement d’excitation que cela semble me donner des ailes. Je les décime tous avec une facilité déconcertante dès les premières foulées. Je suis excité et véritablement persuadé que je terminerai cette course en tête.

Toutefois, très rapidement mes jambes ralentissent, la cadence s’alourdit, le bas de mon dos se fige, mon bassin manque de flexibilité, l’ensemble de mes muscles brûlent, surchauffent et, je ralentis toujours un peu plus, je suis bourré de remontées acides. Les cinq classes de troisième finissent par me dépasser au bout d’une centaine de mètres et je n’ose même pas regarder derrière moi pour savoir combien il en reste.

A la surprise générale, je finis cette course juste avant le dernier élève. Celui-ci a une raison valable d’arriver dernier, il est asthmatique.

Que s’est-il passé ?

Que m’est-il arrivé ?

Mon professeur d’EPS lui-même n’en revient pas. Ces mêmes filles qui regardaient attentivement ma musculature avant mon départ sont soudainement gênées d’avoir crié mon nom à chaque tour  et, moi-même à présent, j’en suis terriblement gêné.

Impossible de comprendre ce qui m’arrive. Je quitte l’établissement la boule au ventre et, je mets cela sur le compte d’un mauvais entrainement cardiovasculaire pour me rassurer. Evidemment, j’entends parler de mes médiocres exploits, encore et encore les jours qui suivent et c’est terriblement douloureux mais, je m’arrange sans cesse pour contourner le sujet dès que j’en ai la possibilité.

A quinze ans il faut déjà penser à me diriger, selon la conseillère principale d’éducation, soit vers une filière professionnelle à la fin de la classe de troisième soit vers un redoublement. Ma famille ne comprend pas comment il peut être question que je redouble alors que, jusqu’ici, je suis plutôt bon élève malgré mon évident manque d’implication dans ma scolarité. J’accepte une autre solution, celle de passer en seconde professionnelle au lycée Jacques Prévert histoire d’éviter de froisser ceux qui ne comprennent pas mes changements de choix. Toutefois, cela fait déjà presque deux années que je souffre d’incohérence mentale.

Alors, où vais-je ?

Quelle direction dois-je prendre ?

Le passage en seconde professionnelle est vite devenu chaotique. Je suis irritable et définitivement en inadéquation totale avec le système éducatif qui me tire vers le bas plutôt que de me permettre d’évoluer. Après de violentes interventions et de nombreux affrontements verbaux avec des camarades dérangés, je me sens dépassé. Une altercation éclate suite à des insultes de « jeunes élèves» et, mon mental m’accompagne doucement au point de non retour. Je suis prêt, à la limite de m’en prendre à un élève qui me pousse dans mes retranchements par ses rires, ses sourires, les moqueries de bas étage d’un gamin de quinze ans. Heureusement, je me rends réellement compte de mon incompatibilité avec les jeunes de mon âge et tente de prendre un peu de recul. Mais, la tension est trop forte, je lui envoie mon sac à dos à la figure, me jette sur lui, le fais décoller du sol et le plaque au mur. Je me retiens fermement de lui pulvériser le visage à coups de poings devant les autres élèves qui retiennent leur respiration ou s’excitent. Mes muscles sont congestionnés, ma voix se déforme, je suis prêt à frapper mais, ma conscience me rattrape et, je lui hurle dessus en lui demandant de sortir de mon champs de vision afin qu’aucune de mes mains n’effleure son visage. Réalisant ce qui vient de se passer, je décide de quitter les bancs de l’école au profit d’un premier petit boulot, d’un début de carrière immédiat.  Je dépose ma démission du système scolaire.

Ma vie d’enfant, ma vie d’adolescent, je dois maintenant m’en éloigner. J’en ressens viscéralement le besoin. Il est nécessaire pour moi de devenir un homme à présent. J’y travaille ardemment chaque jour.

Mes décisions ne limitent pas pour autant la présence des conflits familiaux. Mon père lève pour la dernière fois la main en direction de ma mère. Par inadvertance, il semble l’avoir blessée au front, probablement en frappant dans quelque chose qui a éclaté à proximité de son visage. Je n’ai pas pu voir cette scène de mes propres yeux, seuls les sons émis à travers les murs m’ont averti et ont dessiné les images dans mon esprit. Elle hurle une dernière fois et s’écroule en sanglot. Je suis dans ma chambre, dans la pièce d’à côté, à me laisser dévorer par les cris, les bruits incommodants, les vibrations, et maintenant les pleurs. J’entends mon père lui présenter ses plus profondes excuses en lui répétant qu’il n’a pas fait exprès mais ce n’est guère suffisant à cet instant. Mes mains tremblent, ma gorge vibre, mes yeux sont humides. Quelque chose de terrifiant se passe maintenant en moi.

Sans que je ne puisse me maîtriser, j’hurle à mon tour et tente de réduire en pièces tout ce qui me passe sous la main : Ma chaîne stéréo, mon étagère, la télévision. Je prends plaisir à me laisser dominer par cet état de rage dans lequel je me retrouve et finis par m’y complaire.

Mon père ouvre la porte violemment et s’arrête un instant de bouger. Il me regarde et se retient de m’attraper ou de me bousculer. Il s’imagine probablement juste pouvoir m’envoyer quelque chose à la figure tout en me hurlant dessus à son tour. Finalement, il se retire et s’éloigne. Il vient peut-être de prendre conscience de ce qu’il est en train d’engendrer.

Mon mental ressemble peu à peu au sien. Ma force se rapproche de la sienne et, je fais déjà sa taille. Je dispose déjà d’épaules et de bras imposants. Il vient de prendre conscience qu’il n’est plus le seul à maîtriser cette capacité illimitée de briser les éléments dans notre maison. Après ce moment de confusion, je me retire et monte sur mon vélo pour m’aérer l’esprit et dégourdir mes muscles tétanisés. Epuisé, il me reste à penser à ce que je suis en train de devenir à présent. Je me demande comment j’ai pu prendre autant de plaisir à pulvériser tout ce que mes mains pouvaient toucher pendant ces quelques secondes d’égarement. Je prends soudainement conscience que toutes ces années d’entrainement ne m’ont servi qu’à tenter de détrôner mon propre père.

Ce but est-il légitime ?

Je dois dorénavant faire avec ces tristes éléments dont je dispose pour avancer. Peu importe qui je suis devenu, ou ce dont je suis capable. Ma vie doit commencer à être ce que je décide d’en faire dès aujourd’hui et non pas celle que je projette de vivre demain.

Mes objectifs sont simples : mettre mes aptitudes physiques à profit et, me prouver à moi-même comme à tous mes proches qu’il est possible de réussir sans se soumettre aux exigences d’un système qui ne semble de toute façon pas me correspondre. Mon père le prouve depuis son arrivée en France, depuis ma venue au monde et je suis capable faire de même à présent. Je n’ai pas besoin de retourner à l’école pour apprendre à être qui je suis ou à devenir un petit être formaté. Mon père me sert de modèle mais, ne doit évidemment pas rester un exemple à suivre.

Mon travail porte peu à peu ses fruits. Des dizaines de portes s’ouvrent chaque jour. Je me présente désormais sur tous les fronts, dans toutes les maisons à proposer de l’aide à celui ou celle qui en a besoin et j’adore ça. J’ai de plus en plus d’argent en poche grâce à mes multiples services rendus. Nul besoin de faire un curriculum vitae, je suis aisément et rapidement demandé partout où l’on m’a déjà aperçu.

D’ailleurs, pourquoi faire un curriculum vitae ?

Mon prénom est souvent prononcé accompagné d’éloges, même par des inconnus, bien plus que par ma propre famille et, j’y prends un certain goût. Je dispose du luxe de pouvoir refuser des opportunités par manque de temps. J’enchaîne les petits boulots pour me faire connaître ici et là. Je suis enfin très apprécié et recommandé pour être un sérieux jeune homme, poli, fiable, qui aime rendre service. C’est exactement ce que je veux. Je veux m’émanciper et quitter ce cocon familial inconfortable. Je peux dorénavant m’acheter moi-même mes vêtements, une nouvelle console de jeux-vidéo, un nouveau V.T.T.

Je grandis, j’apprends, je deviens rapidement un homme averti et je découvre l’utilité parfois malsaine de l’argent. Ma famille me laisse enfin libre de poursuivre mes propres expériences sans chercher à discuter. J’ai la santé, j’en suis fier. Je semble ainsi fait pour réussir dans les tous les domaines que j’ose toucher, et qui m’inspirent sans aucune barrière apparente… Mes limites sont clairement définies par les choix que je m’impose. J’en suis maître et convaincu.

 

Une Vocation Prédestinée

 

Mes ambitions étaient grandes. Ma motivation était démesurée. Je disposais peu à peu des capacités physiques à la hauteur des nombreuses envies que j’avais besoin d’assouvir :

Protection Rapprochée

Cascades pour le Cinéma

Gendarmerie

Cyclisme Tout Terrain

Sports de Combats…

Je passais tout mon temps libre à m’entraîner, à m’entretenir sur mon V.T.T lorsque je quittais le travail. Je n’avais donc pas assez de vingt-quatre heures dans une journée pour me poser les bonnes questions concernant mes choix et, décider laquelle de ces activités me conviendrait le mieux.

Il aurait fallu que je les découvre toutes, les unes après les autres mais, par un évident manque de temps et, j’ai doucement laissé faire les choses.

Pendant que le temps filait, je découvrais les joies que mon univers social pouvait m’apporter. Je ne m’accordais pas une seule minute pour souffler. J’étais invité à droite, à gauche, pour satisfaire les uns, les autres. Les gens prenaient plaisir à me recevoir et j’appréciais profondément cette idée.

De nouveaux projets personnels se sont dessinés à force de conversations et, j’ai dû vite envisager de devenir professeur de sport. Il y avait un diplôme d’état à passer mais il fallait que j’attende ma majorité pour en avoir le droit.

Mon entourage considérait que j’avais le physique idéal et un sens inné de l’enseignement. Je savais faire preuve de pédagogie et je prenais très naturellement la place de l’instructeur chaque fois que je donnais conseil.

J’avais soif de connaissance, j’avais envie de reconnaissance, ma forme était mon atout principal. Même si depuis quelques années maintenant, je luttais vraisemblablement contre une réelle fatigue que j’imaginais comme étant une conséquence légitime de cette suractivité euphorique et, jusqu’ici sans limite.

J’ai pris la décision de m’orienter vers tout ce qui me procurait la moindre dose de plaisir physique. Non, pas le sexe. Pas encore… Je me suis amusé à étudier le corps humain et son fonctionnement sur des schémas dans des livres spécifiques et, en observant mes propres mouvements.

De quoi sommes-nous composés ?

Comment sommes-nous constitués ?

J’avais besoin d’en apprendre plus pour comprendre comment m’améliorer.

Je n’ai pas pu tout rechercher car lire n’était pas un loisir très plaisant mais, je me fiais à ce que je ressentais. J’étudiais avec intérêt l’approche anatomique de la musculation sur quelques illustrations afin de pouvoir l’enseigner une fois le diplôme d’état obtenu.

Ne disposant pas encore de matériel de sport, je me suis inventé un environnement de travail avec pour complices : la caisse à outils de mon père, mon VTT  et la Nature…

A seize ans, je deviens officiellement agent d’accueil polyvalent dans un « Centre de Jeux Virtuels ». Je venais déjà y travailler un peu plus tôt lorsque j’ai arrêté d’aller à l’école mais, j’étais encore trop jeune pour être déclaré officiellement comme salarié.

Mes seize ans révolus, c’est maintenant possible. Je pénètre enfin le monde du travail dans le domaine des jeux vidéo. Je me trouve une place plus que commode pour un apprentissage de la vie active. Je peux désormais toucher un salaire. Cette activité était une occasion de mettre à profit ma longue et riche expérience des jeux vidéo dans un environnement chaleureux et convivial.

Il s’agissait de locaux dans lesquels des simulateurs de courses automobiles, des simulateurs de tirs et de nombreux jeux d’arcade permettaient de réunir les familles autour d’un divertissement virtuel pour tous.

C’était un réel bonheur de travailler à cet endroit. J’avais connu ces lieux au départ en qualité de simple client. Mais, après avoir détenu de nombreux records sur les différentes machines, le responsable de la salle m’a très vite proposé de donner conseil aux jeunes clients venant essayer les simulateurs de jeux sur lesquelles j’excellais et, c’est ainsi que je me suis fait une place en Or ici, sans aucun curriculum vitae.

Chaque matin, j’avais ma dose d’activité physique, quelques exercices de pompes avant de prendre ma bicyclette et me rendre au travail. Mais, il me manquait encore de quoi transpirer, de quoi véritablement éliminer. Alors, je reprenais le vélo chaque soir et pédalais comme un fou à la tombée de la nuit lorsque les rues se vidaient et étaient dénuées du moindre  mouvement.

Malgré la fatigue, malgré les douleurs, je cherchais toujours à exceller dans les activités sportives que je pratiquais pour en apprendre un peu plus sur moi-même, sur mes performances, sur mes capacités. Par chance, je découvre que l’un de mes nouveaux collègues de travail pratique le sport qui a bercé toute mon enfance devant ma télévision. Cette discipline qui a animé mon envie de devenir un homme fort, rapide et performant  face à l’autorité de mon propre père : Le Jeet Kune DO.

Une philosophie du combat qui a vu le jour grâce au discernement et à la persévérance de ce célèbre acteur, artiste et précurseur de talent : « Bruce Lee ».

Je savais déjà utiliser mes poings avec précision, mes pieds avec justesse. Toutefois, je ne connaissais pas encore toutes les théories de cette fabuleuse méthode de combat qui m’avait tant inspiré dans ces films que j’avais eu l’occasion de découvrir en VHS dans la vidéothèque de mon père.

Cela venait à point pour parfaire mes connaissances sur le sujet. J’avais juste à côté de moi un accès vers un possible et réel apprentissage des méthodes précises, basées sur les véritables techniques d’entrainements de Bruce Lee.

Bien motivé, je me suis lancé. J’ai demandé à mon collègue s’il avait envie de pratiquer ce sport avec moi et partager son expérience, s’il souhaitait qu’on s’entraîne ensemble, s’il accepterait de me transmettre un peu de ce qu’il savait, de ce qu’il avait lui-même pris le temps d’apprendre et de mettre en pratique.

Il prit le temps d’observer furtivement mon gabarit puis se mit à rire sournoisement sans même me connaître, pensant sans doute que je ne tiendrais pas une journée  d’entrainement face à lui. C’était sa façon de faire. Christiano aimait déstabiliser ses camarades. Il adorait ça. Il faisait preuve d’une arrogance sans limite. Il aimait jouer avec les mots, avec les phrases, avec ses pieds en frappant là où il fallait pour pervertir le mental des autres, pour que ceux-ci se sentent inférieurs, amoindris, diminués.

Il avait réussi à me rendre particulièrement nerveux, à m’en faire perdre fréquemment mon sang froid. Il attendait patiemment que je lui manque de respect, pour me remettre en place à sa façon, avec ses poings et ses coups de pieds.

Je prenais sur moi, comme à mon habitude, en attendant naïvement qu’il me donne une réponse plus convenable qu’une moquerie de bas étage pour me mettre à chaque fois en rogne. Il a finalement accepté ma demande d’entrainement régulier et, m’a donc proposé une première séance d’une sévérité à laquelle je ne pouvais m’attendre. Après deux bonnes heures de folie, je suis rentré chez moi avec la lèvre boursoufflée, des hématomes sur la cage thoracique et sur les avant-bras.

Impossible de faire machine arrière, il était trop tard, je m’étais engagé. Christiano avait besoin d’un souffre-douleur mais surtout d’un cobaye pour parfaire ce qu’il apprenait avec son précieux maître, son Sifu. Quant à moi, j’avais ce besoin de me dépenser, de m’exprimer physiquement, de mettre en pratique ce qui me motivait dans les sports de combat, desquels je me suis inspiré depuis mon jeune âge à travers les différentes adaptations cinématographiques. J’étais désireux d’en apprendre toujours plus sur mes capacités physiques et ma motivation semblait sans limite.

Les cours particuliers qu’il prodiguait m’allaient si bien que nous ne comptions pas nos heures de pratique. Chaque soir, lorsque nous finissions notre service ensemble, à la fermeture de la salle, nous nous entrainions derrière les portes closes de notre salle de jeux virtuels :

« La Tête Dans Les Nuages ».

En plein centre ville de Versailles, nous faisions vibrer les murs à coups de poings, au rythme soutenu de neuf heures intensives par semaine. Les techniques de défense et de combat étaient particulièrement enivrantes. J’adorais le contact et le bruit des impacts. J’apprenais vite, très vite, à la grande surprise de Christiano. Il faut dire que j’avais déjà bien pris le temps d’observer le grand maître Bruce Lee lorsque je visionnais les cassettes de mon père. J’étais déjà doté d’une grande souplesse et d’une explosivité musculaire sidérante que j’avais développé depuis ma jeune enfance.

Nous avons rapidement passé les premières étapes d’entrainement les unes après les autres, dès que la maîtrise de chacune d’entre elles devenait évidente. Nos physiques s’opposaient avec logique et harmonie. Nous étions des brutes, avec parcimonie et discipline.

Lors de chaque entrainement, nous étions ravis de faire face à de nouvelles difficultés, d’un côté comme de l’autre. Peu importe le sang qui coulait, peu importe la douleur, peu importe les hématomes, je revenais encore et encore me faire maltraiter par mon très arrogant collègue de travail.

J’avais beaucoup de respect pour lui pendant les entrainements car il faisait preuve d’une grande générosité dans le partage de cet art. Toutefois, lorsque ceux-ci étaient terminés, il me poussait beaucoup trop souvent dans mes retranchements. Le lendemain au travail par exemple, sous le poids de courbatures douloureuses, j’avais droit à une bonne dose d’humiliation devant mes clients.

Il vantait ses mérites à toutes les sauces pour que je me sente diminué, d’une façon assez subtile en fait. Il osait me parler d’humilité alors qu’il n’en était lui-même pas digne à mes yeux. Même si je le faisais de principe, il était difficile pour moi de respecter un homme représentant toutes ces aspérités qui m’insupportaient à la longue. Il réussissait à me mettre en rogne au point que je m’imaginais parfois lui faire manger ses dents au même titre que j’ai redouté le faire à mon propre père il y a encore quelques années.

Mon état de conscience me neutralisait à chaque montée d’adrénaline pour ne pas avoir à rompre notre si bonne entente. En effet, malgré mon manque certain de technique face à lui, je disposais d’un jeu de jambes qui pouvait parfois le surprendre et, la douleur était le cadet de mes soucis. Je n’avais peur de rien, encore moins de me briser un membre et, je connaissais déjà bien ma résistance aux impacts les plus violents.

Je luttais très souvent contre cette tentation de lui administrer un mauvais coup, un coup qui lui laisserait les larmes aux yeux. En élève respectueux, sans doute, je m’abstenais alors que Christiano, quant à lui, n’avait aucune retenue. Lorsqu’il décidait de placer un mauvais coup neutralisant, il le faisait sans ménagement pour son propre plaisir. Cela ne faisait qu’alimenter ma colère et mes pulsions de violences mais, je poursuivais les entrainements le plus sereinement possible en tentant de respecter coûte que coûte mon Sifu.

Toutefois, malgré mes nombreux efforts d’autodiscipline pour me maintenir en forme, cette folie d’apprentissage martial s’est vue considérablement réduite après avoir croisé une magnifique perturbation du nom de Mylène. A dix-sept ans, cette créature de charme m’a rapidement conduit à accorder beaucoup moins de temps à mes activités sportives ainsi qu’à toutes mes futiles occupations.

Malheureusement et, précisément pendant la nuit où nous avions décidé d’officialiser le début de notre relation, le père de ma nouvelle amie décéda d’un malaise cardiaque. Mylène était anéantie et, je ne pouvais la laisser dans cet état de souffrance atroce sans me montrer présent à ses côtés. Notre union tout juste entamée, je me suis dévoué à elle en lui accordant tout le temps dont je disposais en dehors de mes heures de travail. Dès que j’en avais la possibilité, je me précipitais chez elle pour tenter de la réconforter et tenter d’avancer à travers les méandres de ses souvenirs. Je me découvrais ainsi peu à peu une certaine habileté à prononcer les mots qu’il était bon d’entendre, bien qu’aucun mot ne puisse soigner de mal.

Notre relation a démarré sur ces fondements très particuliers. Je me sentais le devoir d’égayer sa vie. Je prenais, malgré moi, la place d’un homme qui lui manquait. Je me suis intégré dans sa vie, comme si cela ne pouvait se faire autrement. Je faisais dorénavant partie de son quotidien, aux côtés de sa mère et de son petit frère Alexis.

Très vite, j’ai dû modifier certaines de mes habitudes alimentaires pour partager leurs repas. Je me suis donc progressivement remis à manger de la viande, en raison du handicap social que le végétarisme provoquait jusque là. Notamment, parce que la famille de ma nouvelle petite amie m’invitait fréquemment aux repas du dimanche pendant lesquels mon alimentation soulevait toujours quelques interrogations. Et puis, il fallait bien nourrir mes gros muscles comme on me le disait si bien. On me proposait des repas toujours plus riches en viandes, toujours plus riches en protéines animales.

La réadaptation semblait bien se dérouler. Je commençais alors à me demander ce qui avait bien pu me pousser à devenir végétarien durant toutes ces années durant mon adolescence.

Pourquoi avais-je éprouvé un tel dégoût pour la viande ? Je n’en savais rien.

C était une question à laquelle je n’ai jamais éprouvé le besoin de répondre jusqu’ici. Il est évident que mes parents n’ont pas eu d’autre choix que d’accepter mes caprices et de s’adapter à mes exigences.

J’ai découvert la joie de diner au restaurant avec ma nouvelle partenaire, ses amis, sa famille. Ce nouveau loisir alimentaire était une véritable institution sociétale. Il était aussi coutume de rejoindre les collègues pour manger à l’extérieur de nos tristes habitats mais, pas seulement… Il m’arrivait très souvent de me rendre dans mes restaurants préférés en solitaire. J’appréciais être assis seul devant ma table, sans personne avec qui converser ; juste ma bouteille de vin, mon entrée, mon plat, mon dessert. Je multipliais les rencontres éphémères après mon travail sans raison évidente. Mais, ma vie de jeune homme sportif et dynamique était jusqu’ici mise entre parenthèse.

J’ai pris un peu de poids et me suis étoffé, mes épaules se sont élargies pendant que mes fessiers remplissaient mes pantalons. Je rencontrais du monde régulièrement par le biais de mon activité professionnelle et, je sortais régulièrement pour me divertir chez les uns, chez les autres. J’étais sans conteste un jeune homme très apprécié même si, quelques fois, j’étais simplement redouté. Mais au final, cela rendait ma présence toujours un peu plus rassurante.

Mes bras aux muscles saillants, ma voix grave et ma tête de boxeur tenaient à distance les personnalités les plus drôles mais, mon tempérament mystérieux attirait les plus curieux. Je jouissais d’un entourage permanent et j’avais déjà du mal à me retrouver seul sans mouvement.

Progressivement, des migraines se sont installées et d’autres troubles sont apparus sans que je n’aie pu y prêter une quelconque attention sérieuse. Sur le plan socioprofessionnel, je m’en sortais pourtant bien jusque là, c’était même une véritable explosion. Je profitais et m’accommodais de toutes sortes de situations. J’avais pris goût à l’idée me sentir utile pour tout individu croisant ma route.

J’aimais particulièrement rendre service et j’avais du mal à m’arrêter. C’était une sorte de moteur pour moi, peut-être même une drogue. J’avais volontairement opté pour un environnement sain jusqu’ici afin de conserver mes aptitudes physiques et intellectuelles et cela semblait me réussir. Quelque soit le type de service que j’étais amené à rendre, je me devais d’être opérationnel immédiatement. J’avais pleine conscience que c’était primordial pour mon avenir professionnel d’entretenir mes capacités. Mais, l’alcool prenait naturellement une place très sécurisante et me permettait de transgresser certains de mes principes.

Les petits boulots s’accumulaient et des opportunités très plaisantes étaient sur le point de se concrétiser. Je disposais déjà d’une possibilité d’être recommandé dans les années à venir pour devenir un agent de protection rapprochée, sans avoir à entrer dans la Police Nationale ou la Gendarmerie. Ma précocité, ma détermination et mon travail avaient porté leurs fruits.

Je me suis fait licencier de mon activité principale pour des raisons économiques. Il me restait à provoquer de nouvelles portes de sortie et attendre encore quelques mois. J’avais matière à provoquer les opportunités. J’ai commencé par prendre du temps pour ma jolie compagne en lui proposant un voyage à l’île Maurice, histoire de nous faire prendre un peu l’air dans l’Océan Indien et l’écarter pendant un temps de tout ce qui lui semblait sombre.

Nous avons pris l’avion ensemble vers une destination qui lui était inconnue et j’ai pu redécouvrir l’île de mes ancêtres avec, à présent, un œil adulte. C’était une très belle expérience, nous y avons passé un très agréable séjour. Nous étions entourés d’une grande partie de ma famille qui prit évidemment plaisir à nous balader Mylène et moi sur l’île de mes origines. Nous avons mangé, bu et vécu des moments inoubliables…

Après ces trois semaines de soleil, de gaieté, de joie, de longs et savoureux dîners exotiques, j’étais ressourcé. Une fois revenu en France, j’étais encore sans emploi mais, prêt à travailler n’importe où, avec n’importe qui, dans n’importe quel domaine, à partir du moment où je pouvais faire parler mon physique. Je poursuivais mes recherches et me renseignais pour obtenir des informations précises sur le diplôme d’état d’enseignant sportif et sur les réelles qualifications requises pour devenir un bon agent de protection rapprochée afin de m’y préparer. Toutefois, mes motivations se sont vues très vite parasitées. Je ne comprenais pas bien par quoi mais, c’était omniprésent et de plus en plus gênant. Mon mental semblait déséquilibré. Par moment, je devenais violent sans raison apparente puis, cela se dissipait au bout de quelques heures. Un très grand nombre d’images très négatives, voire meurtrières circulaient dans ma tête. L’excitation de pouvoir faire de ces photos mentales une réalité, commençait à m’effrayer, bien que paradoxalement,  j’éprouvais du plaisir à les envisager. Et curieusement, je finissais par souffrir physiquement de  cette nervosité excessive. Mes muscles me brûlaient après chaque assaut de violence ou de colère. Comme si un produit extrêmement acide coulait à l’intérieur de mes veines.

Mylène n’avait pas besoin de supporter tout cela quelques jours avant la date d’anniversaire du décès de son père. Elle était fragilisée et, je ne pouvais la soutenir. Je devenais peu à peu réellement antipathique et je ne savais comment me canaliser.

Elle ne supportait probablement plus mes variations d’humeur et s’écartait de moi. D’autres éléments devaient certainement entrer en ligne de compte mais, je ne me suis rendu compte de rien. Je voyais flou, je voyais noir. Mon esprit était trop perturbé pour que je puisse m’apercevoir de ce que je lui infligeais, même malgré moi.

Que pouvait-elle ressentir ? De quoi avait-elle besoin ? Etais-je encore à son goût ? Lui avais-je manqué de respect par inadvertance ?

A cette époque, je marchais énormément pour la rejoindre le soir chez sa mère et, je m’étais un peu affiné des jambes. L’expression « taillé en V » m’allait à ravir et était d’ailleurs souvent utilisée pour me décrire. Peut-être que certains changements esthétiques altéraient mon charme. Elle me disait souvent qu’elle aimait mes  jambes anorexiques. Cette expression ne me plaisait pas mais, j’appréciais le sens positif qu’elle donnait à cette phrase. J’avais profondément besoin d’être aimé, apprécié, désiré et elle me comblait… Mais, il valait mieux qu’elle s’intéresse à un homme moins impulsif que moi. Nous nous sommes donc séparés peu de temps après avoir savouré ce fabuleux voyage ensemble. La rupture fut éprouvante pour moi et pour mon esprit déjà quelque peu instable.

J’ai rapidement su passer à autre chose après ces tristes émotions. Je m’en suis allé séduire de nouvelles femmes pour ma satisfaction personnelle et, me suis empressé de trouver un nouvel emploi. Je n’ai pas eu besoin de chercher très loin. J’ai été recruté immédiatement en qualité de contrôleur dans les cinémas du Centre Commercial Parly 2 au Chesnay, à côté de Versailles. J’avais malencontreusement brisé mon dernier vélo à coups de poings. Il me fallait donc une heure et demie de marche pour me rendre au travail depuis Viroflay et, approximativement le même temps pour effectuer le retour.

L’âge de la majorité enfin passé, il ne me manquait plus que mon permis de conduire pour jouir d’un peu plus de liberté et d’autonomie. J’avais jusqu’ici dépensé toutes mes économies après ma rupture avec Mylène pour m’aérer l’esprit, me distraire et m’alcooliser. Il m’était donc devenu difficile de m’offrir des cours d’auto-école de ma propre poche dans l’immédiat. Heureusement, j’ai eu la chance de pouvoir saisir l’opportunité d’une participation financière de la part de ma marraine qui a évidemment accepté que je m’inscrive dans une auto-école à Versailles. J’avais évidemment précipité les choses pour augmenter mon champ de liberté, le plus rapidement possible.

Je découvrais peu à peu une nouvelle face sombre de ma personnalité. Je manquais cruellement de patience, cela devenait évident. J’exigeais tout et tout de suite. Je devenais menaçant sans même m’en apercevoir. Tout me tombait dans les mains, parce que je réussissais à me rendre terrifiant. Tout ce que j’osais demander, je l’obtenais parce que je commençais à faire peur à ceux qui m’entouraient.

Deux mois après l’inscription au cours de conduite, j’étais déjà titulaire du petit papier rose. J’avais réussi à faire précipiter les choses jusqu’à avoir une date d’examen de conduite alors que je n’avais pas terminé mon quota d’heures effectuées. L’inspecteur m’a attribué mon permis alors que je n’étais même pas en mesure de conduire. Suite à une violente  et profonde blessure que je me suis faite à la main droite après ma séparation avec Mylène, quelques points de suture empêchaient les mouvements physiologiques de mon poignet. L’inspecteur a malgré tout dû céder à ma demande et me valida mon permis au bout de cinq minutes de conduite seulement.

Avec ce petit certificat rose, je pouvais désormais maintenant rouler libre et sans limite. C’est ce que je me suis mis à faire immédiatement avec la voiture que j’ai rachetée à mon père. Je sortais le plus souvent seul et, je roulais la nuit, toujours à la conquête de nouvelles rencontres, de nouvelles expériences éphémères.

La voiture que je possédais ne correspondait rapidement plus au standing que je m’étais imposé dans mon contexte de vie. Je me suis empressé de faire l’acquisition d’une grande berline noire, que j’ai achetée neuve chez mon concessionnaire de voitures japonaises, afin de me faire un cadeau pour mes dix-neuf ans.

Ma vie a littéralement changé pendant les semaines qui ont suivies. Tout s’est accéléré.  Les rencontres étaient directes, rapides et faciles. Ceux qui ne me connaissaient pas encore m’attribuaient l’image sociale d’un jeune chef d’entreprise, ou d’un jeune père de famille dynamique. Ma voiture lissait mon image et mâchait le travail. Je semblais aisé mais il n’en était rien. Toutefois, cette image que l’on m’avait accolée stimulait mes rencontres socioprofessionnelles, amicales puis, affectives. Je ne tardais pas à me faire entourer, de plus en plus, que je le veuille ou non.

Un jeune homme de mon âge dans cette discrète mais grande berline noire, attisait la curiosité des hommes mais surtout des femmes qui me croisaient le temps d’une soirée. Cela faisait maintenant une année que je m’étais séparé de Mylène. Il était alors temps, d’après mes proches, que je m’ouvre aux autres femmes.

Je me suis prêté au jeu de la séduction sans réellement comprendre ce que je faisais mais, j’en ressentais le besoin. J’avais ce désir de me satisfaire en procurant de l’affection éphémère à autrui alors, j’ai fait tout ce qui me semblait possible pour y arriver. Mais c’est un jeu dans lequel je me suis littéralement perdu ; c’était devenu viscéral. J’avais à présent besoin d’être aimé, probablement parce que mon environnement familial proche ne m’apportait pas cette satisfaction.

J’en oubliais presque totalement le sport pour passer à un autre type d’activité. Dès que je sortais du travail, j’invitais qui voulait bien m’accompagner à prendre un verre en ma compagnie, histoire de simplement converser avec quelqu’un. Je rencontrais chaque semaine des jeunes femmes qui acceptaient de partager mes fins de soirées. Très souvent, des femmes perdues, perturbées, qui se retrouvaient seules à essuyer quelques hasardeux problèmes du quotidien. Je les écoutais parler, me raconter leurs déboires. Je les laissais exprimer leur tristesse et je les réconfortais. D’abord par les mots ensuite par les mains. Mes bras rassurants leur faisaient du bien et leur apportaient un sentiment sécurisant. Et, ça me plaisait bien. Parfois, ce sentiment de sécurité provoquait chez elles des envies que je ne partageais pas. Malgré le fait que les femmes me qualifiaient comme étant l’ami doté des bras les plus réconfortants qu’elles n’aient jamais connus, je n’étais pas un homme qu’on pouvait approcher ni toucher facilement. J’étais loin d’être tactile bien au contraire, j’étais un véritable répulsif volontaire. Je neutralisais systématiquement le peu d’éloges qu’une femme pouvait me faire. Je me satisfaisais jusque là uniquement du plaisir d’avoir réussi à panser les maux d’un autre que moi. Je ne m’intéressais réellement pas aux contacts charnels car je n’y voyais aucune utilité, aucun plaisir. Pour moi, le sexe ne servait qu’à procréer ou se faire souiller. Je n’avais vraisemblablement pas encore tout compris.

Jusqu’au jour où je me suis vu glisser du côté que je ne connaissais pas. L’alcool me permettait d’être un peu plus ouvert à ce que je ne voulais pas accepter ni comprendre. Et, certaines femmes que j’avais rencontrées l’avaient bien compris. J’ai découvert comment je pouvais faire du bien à travers les mots, le contact physique puis, le sexe. Je découvre avec stupéfaction certaines de mes capacités musculaires. Les quelques séances d’ébats sexuels sont devenus, malgré moi, mes quelques rares moments sportifs.

Entre la séduction, le plaisir que j’accorde aux femmes, mon travail officiel et mes activités officieuses, il est difficile de trouver du temps pour profiter d’autres loisirs.

Avec tout cela, je passais mes nuits dehors à la recherche de nouvelles rencontres, pour me faire de nouveaux amis éphémères, de nouvelles expériences. Je me nourrissais tant que je le pouvais de l’affection des femmes et de la satisfaction de les avoir aidées, soulagées lorsqu’elles en avaient le besoin.

Pendant que je donnais du plaisir aux partenaires qui ont pu partager quelques-unes de mes soirées ou de mes nuits, j’en profitais pour pratiquer les exercices qui, autant qu’à elles, m’apportaient satisfaction. J’étais obsédé par l’utilisation des mes capacités physiques et par l’entretien de celles-ci.

Je leur faisais l’amour debout, en suspension, avec une main pour ne faire travailler qu’une seule épaule puis, j’alternais afin d’équilibrer le travail de mes deltoïdes. Puis, en suspension sur les deux avant-bras pour optimiser toujours un peu plus un travail isométrique des triceps, des muscles cubitaux, des muscles abdominaux, des fessiers, du grand dentelé et du grand dorsal. Quelques fois, je me mettais sur une seule jambe tout en les maintenant en équilibre sur le rebord d’une cheminée ou d’un meuble pour un travail de proprioception. Ou bien debout au milieu d’une chambre où je prenais le temps de les pénétrer lentement pendant qu’elles s’accrochaient timidement mais fermement à mon cou sans pouvoir envisager autre chose que de se laisser guider par mes bras. Ma force musculaire me semblait démesurée et je ne pouvais me retenir d’en profiter. Faire l’amour avec ces femmes me sculptait et, me sculpter m’aidait à leur faire l’amour et les combler de plaisir.

Tout était prétexte à ce que je me dépense physiquement et que mon corps continue de s’entretenir à travers mes efforts musculaires. Les défauts d’équilibre engendrés par certaines positions étaient idéaux pour faire travailler les muscles stabilisateurs. Pour corser le tout, je m’amusais, très souvent, à leur masser le cou, les épaules, le dos, les muscles fessiers et les jambes pendant que je les pénétrais langoureusement. Je faisais tout mon possible pour qu’elles puissent en garder le plus agréable des souvenirs. Je synchronisais les mouvements de mon bassin avec ceux de mes mains, puis je désynchronisais pour les désorienter. Je m’apercevais, au fur et à mesure, des prouesses insoupçonnées que mon corps semblait pouvoir effectuer avec une si grande précision.

J’ai véritablement pris goût à cette nouvelle manière de faire de l’exercice tout en donnant du plaisir aux femmes que je prenais le temps d’affectionner… Toutefois, un élément commença peu à peu à rendre les choses plus compliquées, j’étais  de plus en plus parasité. Il me fallait boire plusieurs verres d’alcool pour me sentir désireux et provoquer l’envie et, c’était loin d’être une drogue anodine. Le sexe ne m’attirait que trop peu en fin de compte et boire de l’alcool était le seul moyen que j’avais trouvé pour stimuler l’excitation et l’érection. Seuls les quelques exercices musculaires et, la satisfaction que ces femmes en tiraient, avaient de l’intérêt à mes yeux. Mais, cet intérêt n’était qu’un pansement éphémère pour elle comme pour moi.

Manipulées dans toutes les positions qu’il m’était possible d’effectuer, elles ne pouvaient s’imaginer une seule seconde que je faisais mes pompes, mes tractions, des élévations frontales, du squat et des flexions des avant-bras en toute discrétion sans éprouver le moindre plaisir sexuel. Pendant cette séance d’entrainement, je m’occupais avant tout de leur plaisir jusqu’à l’obtention de leur jouissance, pour ma plus grande satisfaction  personnelle…

Quoiqu’il en soit, je respectais beaucoup les femmes et leurs qualités humaines. Elles le savaient bien mais, par moment, mon état déclinait et je nous faisais du tort dans les moments de partage.

Etait-ce les hautes doses d’alcool ingérées qui provoquaient mes pertes de stabilité ?

J’ai limité naturellement les rapports charnels jusqu’à progressivement les exclure. Les douleurs et les migraines qui me suivaient depuis des années, malgré ma capacité à en faire abstraction, gagnaient du terrain et s’exacerbaient après chaque excitation. Mon équilibre mental et physique en était altéré.

Mais, comment savoir d’où cela provenait ? Etait-ce dû à une nervosité dissimulée pendant l’acte ou à autre chose ? Les hormones sexuelles étaient-elles responsables de mes défaillances ? Si oui, pour quelles raisons me nuisaient-elles ainsi ?

Cela faisait un moment que je m’alimentais comme le commun des mortels en intégrant les différentes viandes, les différents plats préparés, les sandwichs et rapidement, j’ai pu constater un déclin évident.

Pouvait-il y avoir un lien entre ma nourriture et mes symptômes sexuels ?

Les habitudes alimentaires instaurées par les campagnes publicitaires des industriels ne me ménageaient visiblement pas mais, je n’en avais absolument aucune compréhension et, aucune conscience en fin de compte. J’étais obsédé par l’idée de concrétiser mes projets à long terme, ma réussite professionnelle, cette victoire aux yeux de mes proches mais, avant tout, cette victoire pour moi-même.

Mon mental continuait à changer. Je devenais antipathique, lunatique, impulsif, agressif, paranoïaque, désordonné et très souvent désorienté. Des idées curieuses et, difficilement supportables, me traversaient la tête toutes les minutes. Des violences considérables venaient me parasiter l’esprit. Je sombrais doucement dans une sorte d’alcoolisme chronique pour me donner le sentiment de me canaliser, de débrancher les câbles d’alimentation qui me mettaient en surchauffe. Mon verre d’alcool du soir était devenu mon accessoire de sympathie, surtout lorsque j’étais invité à dîner et, même si je n’avais pas de rapport intime avec celles que j’épaulais sans cesse. Cet accessoire liquide permettait d’inscrire un doux sourire sur mon effrayant visage lorsque c’était nécessaire. Une potion magique dont j’ai pu noter les propriétés désinhibitrices au cours des mes quelques sorties pour me fondre dans la masse sociale, aux côtés des femmes bien-évidemment. Celles-ci se dévergondaient d’une manière presqu’inacceptable en ma compagnie après deux, trois ou quatre verres de leur liqueur préférée. Cela me conduisait dans un état de rage excessive…

 

Une Alimentation Nocive

 

Il m’était devenu horrible de pouvoir observer à quel point une femme est capable de se montrer crédule aux égards d’un homme dès lors qu’elle s’imbibe d’un verre de vin, de rhum, de gin, ou de vodka.

Dès lors que les inhibiteurs interviennent, elle devient docile et ouverte à de nombreuses suggestions affectives. Ce qui amène à penser qu’il est facile en tant qu’homme de saisir les irrégularités comportementales comme des indices d’ouverture affective qui dériveront, à coup sûr, vers les dérives sexuelles qui seront permises sur le compte d’une incompréhension du contexte, d’un côté comme de l’autre, avec une hypocrisie absolue.

Un homme en dérive n’a que trop peu d’amour propre. Bien souvent, il a pour compréhension d’une éventuelle forme de respect, uniquement des repères liés à des clichés établis tel qu’il les a appris, tel qu’il les a déjà expérimentés en société.

Nous avons pu avoir dans notre apprentissage les informations que nous avons captées dans les images que nous voyons au cinéma, de ces nombreuses habitudes formatées relayées à l’écran et, qui malheureusement nous formatent à notre tour. Le cinéma a bien été inspiré de nombreuses réalités mais, il faut dorénavant noter que nos réalités sont désormais inspirées des dérives cinématographiques intelligentes.

Une femme acceptant de passer un moment avec un homme en dérive, sera elle-même sujette à accepter de sombrer dans cette dérive par mimétisme. Souvent par l’acceptation d’un argumentaire étoffé mais, détourné. Favorisé par un laps de temps propice à créer une entente, un émoi, de la complicité, pendant ce temps dont l’un et l’autre auront besoin pour satisfaire leur égo, le temps de quelques secondes, quelques minutes ou bien, toute une nuit.

Je me suis retrouvé piégé à maintes reprises dans des contextes similaires où ma conscience me poussait à m’éloigner d’elles malgré ces fortes pulsions qui s’emparaient de mes fonctions. Cela me rendait complètement fou d’imaginer ces femmes devenir mères un jour, après avoir été souillées par tous ces hommes avec pour simple conscience, une courte perte de mémoire due à une hasardeuse soirée alcoolisée.

Comment imaginer qu’une jeune femme à l’apparence innocente puisse sombrer si rapidement sous l’effet d’une drogue, d’un contexte, de belles paroles, vers cette image de déchet mobile et vivant, que de nombreux hommes pourront exagérément souiller ?

Je compris que notre société avait conçu pour nous, des besoins sociétaux mais, surtout des frustrations. Et, c’est justement ce qui pousse bon nombre d’entre nous vers la dérive. Ce sont nos frustrations qui nous habitent et nous dirigent mentalement vers l’absurde, sous prétexte de traumas, de manque, ou  d’un vulgaire caprice à assouvir, le tout habilement suggéré par nos écrans, nos sociétés et nos conversations. Mais, ce sentiment existe simplement parce que nous avons matière à le créer et à l’entretenir.

Les femmes ont besoin d’être identifiées telles que nous les avons référencées dans ce système d’identification sociétal qu’est le nôtre. Il faut qu’elles puissent se trouver belles et désirées, ce qui participe activement à leurs frustrations en qualité d’individus. Ce sont ces mêmes frustrations qui les conduisent vers des comportements absurdes lorsqu’elles se désinhibent et qui les mettent en scène avec le résultat pervers de leurs traumas. Elles apprécieront enfin entendre dire qu’elles sont jolies et attirantes avec la complicité d’un ou plusieurs hommes qui sauront s’accommoder de leurs compagnies et bien plus encore.

Il était évident que je réfléchissais jusqu’à saturation et en marge de la plupart de mes semblables. J’avais l’impression d’être atteint d’une maladie mentale et j’ai bien cru que j’allais moi aussi profiter du sens que portait le mot « dérive ».

J’étais à mon tour devenu prêt à reproduire certaines des violences maladroites que j’avais vécues mais, probablement de façon encore plus brutale. Je suis devenu rapidement de moins en moins abordable. Je serrais les dents à chaque agression verbale tout en me contenant pour ne pas déraper. Tous les muscles de mon visage se déformaient à la moindre sollicitation même involontaire. Mon entourage proche me qualifiait doucement d’un jeune homme antipathique. Il est vrai, je l’étais. Les migraines prenaient le dessus et parasitaient mes humeurs.

Je suis devenu lunatique en l’espace de quelques mois. Peut-être que je ne dormais pas assez. Peut-être que quatre heures par nuit n’étaient pas suffisants pour un jeune homme de dix-neuf ans. Peut-être que j’avais des raisons profondes de devenir impitoyable dues à mes traumas passés. Je ne supportais plus la présence des femmes lorsqu’elles tenaient, dans leur main, un verre d’alcool. Je ne supportais plus grand-chose en réalité.

Je m’étais jusqu’ici confectionné plusieurs environnements sociétaux distincts et, non miscibles entre eux. Je devais donc faire preuve d’un éclectisme évident qui me dépassait parfois. Je me suis rendu compte, avec tous ces petits troubles qui s’accumulaient en moi et cette fatigue permanente, qu’il était devenu très pénible d’entretenir ces différents cercles de vie avec sérénité. Je ne supportais plus rien maintenant. Peut-être qu’une de mes limites était atteinte.

Mais, laquelle ?

Peut-être que je devais me résigner et m’isoler. Peut-être qu’aucune de ces vies ne pouvait me convenir. J’ai donc décidé de m’écarter progressivement de tous mes contacts, de mon réseau socioprofessionnel pour tenter de m’identifier dans un nouveau contexte sociétal.

J’ai changé d’activité pour me laisser un peu plus de temps libre et j’ai fait la connaissance d’une nouvelle jeune femme pleine de vie. Je l’ai vite considérée comme une erreur de calcul et, je n’ai eu que peu de temps pour me rendre compte de mes propres bêtises. J’avais besoin de donner de l’affection encore une fois et, elle était là, sur mon chemin.

Clarisse était une jeune femme au grand cœur. Dès le début de notre relation, elle s’est montrée particulièrement attentive, souriante et câline. Elle était généreuse, tant sur l’aspect matériel que sur l’aspect humain. Elle n’hésitait pas à prêter, donner, partager tout ce qu’elle possédait. Je l’avais rencontrée par l’intermédiaire de son grand frère avec qui je partageais une grande affinité depuis le collège. Francky et moi étions sportifs et nous pratiquions encore ensemble lors de nos temps libres. Les trois premiers mois avec Clarisse furent un pur bonheur, une très agréable découverte, une sorte de dépaysement.

Mais rapidement, une grosse fatigue s’est installée avec de lourds ennuis digestifs. Je n’étais pas à l’aise avec l’idée d’aller voir un médecin même si cela devenait réellement difficile à gérer. Cette jeune femme m’a proposé de rencontrer son médecin de famille dès lors que je serais d’accord pour y aller. Je n’étais vraiment pas décidé. J’ai attendu que ça passe, comme d’habitude et, j’ai attendu encore.

La période des quatre premières semaines me paraissait durer des années, car je n’osais révéler à Francky que j’entretenais une relation affective en secret avec sa petite sœur. Je pensais naïvement que cela altèrerait notre relation amicale. Surtout que, dans le sport comme dans le quotidien, nous étions particulièrement proches. Francky était un homme au grand cœur, tout comme sa sœur et surtout un homme profondément compréhensif. Après un mois, je lui ai fait part de cette révélation et je me suis vite accommodé de son entourage, de ses amis, de sa famille. Je découvris soudainement un nouvel aspect de ma vie avec les bons mais, surtout les mauvais côtés d’une relation affective sensée durer.

J’allais de surprise en surprise et très rapidement, je me suis senti piégé. J’aimais profiter de ma liberté d’être, de penser et de vivre ce que je voulais quand je le décidais. Mais, les choses changent très vite lorsque nous incorporons la notion du « nous » dans nos actes et discours. Il était plus qu’évident que je n’étais pas prêt pour partager une vie à deux. Et, j’ai commencé à réfléchir à un stratagème pour annoncer mon désengagement avec la sœur de mon ami Francky. Lui qui m’avait si sincèrement dit un jour : « Celui qui brisera le cœur de ma petite sœur, je lui briserai les dents et la mâchoire pour les lui faire bouffer ». Les mois passaient, je me sentais toujours lié, piégé, enfermé dans une relation que je ne souhaitais pas voir se poursuivre. Le cinquième mois fut arrivé et j’essayais tant bien que mal de me faire une raison. C’était triste mais je me suis dit que, peut-être, je devrais essayer de m’en satisfaire pour le moment.

Tout en m’adaptant à mon nouveau contexte de vie, j’ai modifié encore un peu mes habitudes alimentaires pour m’adapter au quotidien et à l’environnement de Clarisse. Malheureusement, je m’alimentais de plus en plus mal. Des énormes saladiers de pâtes à la crème fraîche étaient préparés presque tous les soirs en guise de repas, pour me tenir au corps pendant mes longues vacations de nuit. A cette époque, je travaillais en qualité d’agent de prévention et de sécurité pour le siège social du laboratoire pharmaceutique GlaxoSmithKline. Je me suis vu décliner progressivement sans explication notable.

Je ne supportais plus la moindre agression, le moindre regard et le moindre rire pouvait me rendre complètement fou. Clarisse me devenait insupportable mais, elle n’y pouvait rien. Elle aimait rire, s’amuser et, appréciait grandement ma présence à ses côtés. De mon côté, il fallait que j’envisage sérieusement de la quitter pour enfin me retrouver seul. J’étais de toute façon convaincu qu’elle souffrirait tôt ou tard de mon inépuisable capacité à vivre comme un vieux loup solitaire.

Je travaillais douze heures par nuit et je m’étais fait à cette idée. Mais, six mois après cette rencontre, je me suis retrouvé bloqué pendant l’une de mes vacations. En effectuant une ronde à l’intérieur des couloirs des bâtiments, mon corps s’est arrêté de fonctionner. Je n’arrivais plus à pousser sur mes jambes pour avancer. Je crois même que je me suis endormi en marchant le long d’un mur.

Mais, comment était-ce possible ?

Il y avait un évident problème que je n’avais pas vu venir et que je ne pouvais comprendre. La médecine du travail s’est rapidement chargée de me déclarer  inapte au travail de nuit  quelques mois plus tard. Malheureusement pour moi, je voulais travailler, faire des heures supplémentaires et être payé en conséquence. Mais, suite à cette décision, mon entreprise me proposa de prendre un poste sur un autre site avec des horaires en journée mais, beaucoup moins cher payé. Revenir sur une activité diurne était encore moins envisageable pour moi si je devais prendre en compte les heures de circulation auxquelles je serais confronté et cette fatigue que j’accumulais. Je commençais à avoir mal, au-delà de l’épuisement, j’avais véritablement très mal à chaque parcelles de mon enveloppe corporelle. Impossible de me lever pour aller travailler la journée dans ces conditions. Très vite, il m’était devenu quasiment impossible de me lever tout simplement.

 

L’Inactivité me Gagne

 

Je me suis fait rapidement licencier pour  faute grave bien qu’aucune faute n’ait été commise de mon côté. C’était un comble, on me qualifia de fainéant et d’incompétent alors que tout ce que je demandais était d’être en activité pour simplement gagner ma vie, poursuivre mes projets, aider et satisfaire les autres.

Mais, que s’était-il passé ? Pourquoi ma vie professionnelle s’est soudainement arrêtée alors que je pensais justement décoller ?

J’ai essayé d’en savoir un peu plus sur mon état en allant finalement consulter le fameux médecin de famille de Clarisse. Il fallait que je me remonte en selle, que je me remette à travailler. Cela devenait plus qu’une véritable obsession. Mes symptômes devenaient de plus en plus gênants dans un contexte social de plus en plus demandeur.

Malheureusement, je passais le plus clair de mon temps à multiplier les examens sans succès. Une inflammation du tube digestif était toutefois mise en cause, avec une obstruction de celui-ci. Mais, aucun traitement efficace ne permettait un moindre soulagement. La dépression semblait être le mal le plus évident à m’attribuer, par le corps médical. De nombreux médecins ont émis la même hypothèse. J’ai dû m’en contenter avec amertume, le temps de trouver un diagnostic plus satisfaisant et moins réducteur.

Malgré toutes les douleurs, j’avais tenté de me remettre au sport mais, j’étais véritablement en manque d’énergie. Je me suis senti désemparé, désespéré, anéanti par les argumentaires médicaux.

La dépression arrive bien souvent dans nos têtes comme une phase logique de la vie lorsque nous sommes amenés à souffrir d’un manque, d’une frustration, d’une peur ou d’un échec récurrent. Cet état de souffrance intellectuelle et émotionnelle dans lequel se mette un bon nombre d’individus en ayant pour justification un traumatisme revendiqué légitime.

Mais, comment pouvons-nous savoir si nous sommes déprimés ? Et surtout, pourquoi le sommes-nous ? Pourquoi en sommes-nous convaincus ? Pourquoi les thérapies psychologiques font-elles fureur à l’heure actuelle ?

Nous souffrons bien souvent d’une chose que nous n’avons pas, que nous avons perdue ou que nous n’avons plus, alors que notre voisin la possède, qu’elle soit matérielle ou non. Nous en souffrons parce qu’en observant notre voisin et le bonheur qu’il semble revendiquer à posséder ce joyau, nous rentrons dans un phénomène de comparaison qui nous amène à nous sentir lésé ou diminué. Cette différence qui pourrait sembler logique nous affecte car le modèle de société dans lequel nous vivons nous inculque qu’il semble évident de devoir ressembler à son prochain. Elle nous a convaincus de cultiver une pensée unique en matière de bonheur, une pensée dont nous avons aujourd’hui énormément de mal à nous détacher. Celui qui ne possède rien, c’est celui qui n’a rien de suffisant comparé à celui qui possède tout.

J’essayais tant bien que mal de poursuivre ma route et cette quête de réussite qui m’animait tant mais, j’avais du mal à simplement aller au bout de mes désirs. De temps à autres, je me transformais en déménageur intermittent pour ceux qui en avaient besoin, histoire d’obtenir un petit billet par-ci, par-là. Même si mon corps me faisait souffrir.

Je suis devenu professeur de sport occasionnel à titre gratuit en attendant de me décider à me remettre en état pour passer ce fameux brevet d’aptitude officiel d’Etat.

Mais, je me rendais bien compte que rien ne se déroulait comme je l’entendais. Mon corps m’avait montré de nombreux signes que je n’avais pas pris en compte depuis de nombreuses années et, je commençais seulement à m’inquiéter de ces multiples avertissements. Parfois, je ne marchais plus. Parfois, je ne parlais plus. Parfois, je ne voyais plus.

Les migraines intempestives, les spasmes musculaires après rapports sexuels, les bouffées de chaleur à répétitions, les brûlures musculaires à l’effort, les vertiges, les troubles de la vue, les douleurs diffuses et, bien d’autres que j’avais gardés pour moi pensant que ce n’était que passager, me transformaient en limace électrique. Le problème était bien réel et, les choses ont duré, les anomalies se sont même amplifiées…

Comme beaucoup de jeunes hommes de ma génération, je me considérais invulnérable mais, quelque chose d’inhabituel s’est empressé de me rattraper.

 

 

La Rage du Tigre

 

Ma colère est devenue rigide et impitoyable. Je détruisais doucement tout ce que j’avais construit : mes cercles de connaissances, mes proches, mes amis.

Je me suis rapidement senti incompris. J’ai fini par m’identifier au gros félin enragé qui marquait ma peau depuis mes seize ans. J’avais besoin de me rassurer, de me sentir puissant, libre et vivant.

Le paradoxe était omniprésent. Je disposais d’un physique impressionnant mais d’aucune force pour le faire fonctionner. Mes muscles me faisaient sérieusement souffrir. Mes migraines m’invalidaient, ma nervosité me desservait, mon humeur me déstabilisait. Mes troubles digestifs me contrariaient. Mon instabilité émotionnelle m’inquiétait. J’avais peur de devenir dangereux. Je devenais mentalement incontrôlable.

Enragé de ne pouvoir poursuivre mes objectifs et simplement profiter des aptitudes de mes jeunes années que j’avais façonnées avec tant de volonté et de perfectionnisme, je me suis laissé pénétrer par une terrible fatigue qu’il m’a fallu apprivoiser.

Je commençais toutefois à me poser des questions sur ma capacité à me contrôler en présence des gens que j’appréciais. Peut-être que je pouvais déraper, à la moindre suggestion. Heureusement, comme à mon habitude, je faisais toujours bonne figure. C’était presque devenu un métier pour moi de faire semblant que tout allait si bien pour moi. De ce côté-là, j’étais plutôt bon comédien mais, je touchais le point de non-retour du bout du doigt.

Je sortais de moins en moins de mon domicile et, progressivement il m’était devenu réellement impossible de retravailler. Ma famille commençait déjà à faire parler la poudre en évoquant mon trop précoce arrêt de scolarité et le manque d’avenir auquel je serai confronté sans diplôme. Et oui, j’avais tout misé sur mon physique. Un physique qui était en train de me lâcher malgré tout le soin que je pensais y apporter.

Toutefois, je disposais encore d’une force considérable, j’arrivais à me lever, j’essayais de résister aux migraines, à la fatigue, aux troubles digestifs très incommodants mais rien n’y changeait. Je fonctionnais mal, de plus en plus mal… Des troubles métaboliques faisaient leur apparition.

Je me levais chaque matin avec des tremblements, des sueurs, des douleurs d’une violence rare dans la tête, derrière les yeux, dans les muscles. Des nausées abondantes avec parfois quelques gouttes de bile venaient envahir mon œsophage puis, ma bouche.

Mon foie semblait être mis en cause. Alors, me voilà parti pour de nouveaux rendez-vous d’analyse, de nouveaux examens.

En effet, après examen de celui-ci, il semblait être souffrant. On me parlait d’hépatite. Les transaminases étaient considérablement élevées. Mon foie était d’une taille légèrement supérieure à la normale et travaillait trop, beaucoup trop. Il s’épuisait jusqu’à sa propre altération cellulaire comme s’il était infecté.

Chaque effort physique effectué, quel qu’il soit, était rattrapé par des bouffées de chaleur très invalidantes. Des remontées acides permanentes provoquaient chez moi des toux de grand fumeur. Des troubles du comportement s’installaient peu à peu. Je devais m’abstenir de tousser chez moi afin d’éviter toute colère chez mon père. Je devais gérer cet état avec les détracteurs environnementaux qui m’entouraient. Ce n’était pas simple de vivre avec mes parents.

Aucune solution médicamenteuse ne m’était proposée pour l’altération de mon foie. Je n’y comprenais plus rien. Les médecins confirmèrent la thèse de la dépression. Mais, autre chose d’inhabituel faisait son apparition. Mon autonomie diminuait. Ma force musculaire diminuait. Je marchais bien moins longtemps qu’auparavant. Des troubles de la vue très incommodants apparaissaient. Mon organisme s’éteignait peu à peu.

J’ai considérablement vu baissé mes compétences physiques au point d’avoir la sensation de dépenser beaucoup plus d’énergie pour un geste anodin qu’un enfant pouvait exécuter sans effort. Pourtant, personne ne semblait vouloir m’écouter. Le système médical commençait déjà à me tourner le dos. A force d’intimidation et d’acharnement, j’ai obtenu un rendez-vous chez un neurologue compétent à Versailles.

 

Une Maladie Inattendue

 

Celui-ci effectua un électromyogramme dont le résultat fut brutal. Le résultat de l’examen présentait des signes « myogènes ». Il m’orienta immédiatement vers l’Institut de Myologie de l’hôpital Pitié Salpêtrière à Paris,  afin d’obtenir l’avis d’un des meilleurs professeurs du service de neurologie. Le nom de cet homme m’était vendu comme étant le plus compétent sur les maladies musculaires ; une référence dans le domaine et une rencontre inhumaine. Je me suis retrouvé dans un hôpital immense, une véritable machine à maladies en tous genres. J’y ai pris le rôle de patient jusqu’à ce que mon verdict tombe brusquement : « Anomalie musculaire ».

Je ne comprenais pas bien ce terme et ne voyais pas en quoi cela pouvait bien me concerner. J’étais persuadé d’être temporairement empoisonné, certes depuis quelques années mais, par quelque chose de piégé en moi. C’est ce que je ressentais au plus profond de mes fibres. Et, mon physique était déjà très inhabituel dans ce type de service. Ce qui m’a valu un temps d’attente considérable pour être écouté avec sérieux. Les médecins s’interrogeaient entre eux puis m’interrogeaient.

Désormais, commença le plus lourd interrogatoire que j’ai pu connaître. Je devais raconter mon histoire, ce que je ressentais et, les raisons pour lesquelles j’étais venu ici.

Du coup, je pensais à une erreur. De même que les médecins ne semblaient pas en totale adéquation avec leurs propres propos. Ils ne semblaient même pas convaincus eux-mêmes de ce qu’ils cherchaient à comprendre, ni du diagnostic qu’ils cherchaient à établir. En tous les cas, ils n’affichaient aucune certitude dans leur raisonnement. Cela m’a conforté dans l’idée que ça allait passer, que j’irai mieux. Je me sentais juste terriblement fatigué et affaibli.

Pendant tout le temps de ces explorations médicales, je disposais d’un physique hors normes pour un malade de la pathologie qu’on me soupçonnait. Difficile de me faire entendre ou comprendre jusqu’ici. Cependant, il fallait que je trouve une explication à ma soudaine inactivité alors, j’ai poursuivi dans leur sens afin de m’accommoder d’une certaine crédibilité auprès des organismes de recherche d’emploi qui me sollicitaient malgré mon évidente incapacité à reprendre le travail. Quoi qu’il en soit, je restais résolument convaincu qu’ils faisaient fausse route et, j’étais bien décidé à leur en apporter la preuve. Comment ? Je n’en savais rien mais, je ne pouvais pas être atteint d’une myopathie.

Je me suis convaincu que j’allais m’en remettre. J’ai continué à donner des cours de sport pour m’occuper l’esprit tout en recherchant une solution pour me sentir mieux. J’ai réfléchi à la possibilité de me mettre enfin à mon compte pour gagner ma vie en faisant abstraction de mon épuisement. Il fallait absolument que je passe le BEES et que je me distingue à nouveau par le sport…

Mais, que s’est-il passé ? Que m’arrivait-il ? Quel poison était en train de me tuer ?

 

Ablation du Plaisir

Un problème majeur persistait. Je ne pouvais véritablement plus rien faire d’utile pendant plusieurs jours après un rapport sexuel avec ma partenaire. Je lui dissimulais systématiquement cet état de fait pensant nous préserver. Je me suis laissé aller à devoir subir les effets secondaires de cet acte pourtant banal à chaque tentative de plaisir en sa compagnie.

Mon corps ne fonctionnait quasiment plus dans les minutes qui suivaient l’éjaculation. Des nausées intervenaient, mes muscles et tendons brûlaient comme sous la flamme d’un chalumeau placé sous l’épiderme. Mon système digestif me faisait souffrir, ma vue se troublait de plus en plus, mes os résonnaient au moindre impact, ma transpiration devenait excessive, mes émotions étaient erronées, inadéquates et inadaptées. Ma capacité à raisonner diminuait considérablement après avoir partagé un simple moment de plaisir avec ma partenaire.

Que faire ? Que dire ? Quoi inventer ? Comment l’éviter ?

J’ai décidé de consulter un professionnel des maladies génitales. Celui-ci me fit comprendre que ma fatigue y était, à son sens, véritablement pour quelque chose et qu’il y avait probablement un lien avec ma maladie musculaire et, peut-être même la présence de ma compagne.

« Avez-vous envisagé que cela pourrait venir de votre partenaire ? » Me demanda-t-il.

Ce n’était pas le premier médecin à évoquer cet aspect mais, je ne pensais pas cela possible. Toutefois, j’ai tenté d’aller dans son sens pour tenter de comprendre, pour intellectualiser.

Ce serait donc une réaction psychologique ?  Pourtant, nous n’avions aucun problème particulier. C’était juste la petite sœur d’un ami. Alors, comment l’expliquer ? Comment l’intellectualiser ? Comment savoir d’où venaient tous ces troubles?

Ce médecin m’a mis le doute et je me suis mis à réfléchir en boucle à toutes les conséquences des actes que je commettais. Il fallait que je trouve une issue, un indice, une solution. Il fallait donc que je trompe ma partenaire avec une autre femme. Mais, c’était tout bêtement impossible pour moi, d’aller voir ailleurs pour vérifier.

Fallait-il que je devienne infidèle pour mesurer certaines conséquences de mon état de santé ?

J’ai tout de même tenté de séduire de nombreuses femmes afin d’y trouver satisfaction mais, de principe, je n’ai pas pu aller jusqu’au bout de mes actes parce que le respect de l’autre était un principe que je pensais fondamentale.

J’avais beau séduire, rencontrer, détourner, manipuler, j’étais incapable d’aller jusqu’à m’apporter une quelconque satisfaction en enlevant la petite culotte d’une autre femme. Mon état me parasitait et mon comportement était erroné. Je souffrais déjà beaucoup, depuis trop longtemps et les médecins n’arrangeaient rien avec leurs discours aléatoires et incohérents.

D’après ce que je comprenais et, si cela venait vraiment d’elle, il fallait impérativement que je change de partenaire pour améliorer mon état. Une nouvelle pensée perverse à canaliser. Devais-je faire connaissance avec un autre entre-jambes pour tenter d’y jouir sans souffrir ? Cette obsession a duré plusieurs semaines jusqu’à ce que je me rende compte à quel point la médecine était elle-même perverse et m’induisait en erreur.

 

 

Des Examens sans Issue

 

Ne sachant plus réellement où j’allais, j’ai fini par accepter de me prêter au jeu des biopsies musculaires, IRM, scanners, grip tests, prises de sang multiples, électromyogrammes, etc.

L’hôpital de la Pitié Salpêtrière à Paris a su me confirmer que, d’un point de vue physiologique, mes muscles étaient en grande souffrance avec une inflammation évidente. Mais, dès lors que je leur demandais comment cela pouvait être possible, je n’obtenais aucune réponse de la part des médecins. Pour quelles raisons ? De quelle maladie s’agissait-il ? Comment est-ce arrivé ? Ai-je été empoisonné ? Par qui ? Par quoi ? Pourquoi ?

J’avais beau interroger mes médecins, ils restaient muets. Les résultats des analyses sanguines révélaient toutefois quelques points intéressants.

Le taux de  CPK (Créatine Phosphokinase) montait allègrement aux alentour de 4000 UI/l. Une donnée bien plus élevée que la normale et, bien plus élevée que chez n’importe quel grand sportif qui aurait mis à rude épreuve ses aptitudes physiques par un entrainement intensif.

J’avais arrêté le sport et toute activité physique depuis quelques temps, il n’était alors pas logique que je dépasse même de peu les normes établies. J’étais déjà presque incapable de marcher une centaine de mètres et ce, depuis des mois. Comment aurais-je pu prendre le risque de mettre moi-même mes fibres dans une telle souffrance ? Les résultats étaient bien réels mais, la compréhension était absurde.

L’hypothèse d’une inflammation de la gaine de certains muscles a été soulevée suite aux résultats d’IRM car, elle pourrait être à l’origine de leur souffrance ainsi que de la destruction du muscle à l’effort. Une explication simple, logique mais, douteuse. Comment cette inflammation est-elle générée ? Dans quel but ? Pour quelle raison ? Quel est son mécanisme ?

Chaque effort effectué engendrait une destruction massive et douloureuse de mes fibres musculaires. Je le ressentais et cette description semblait appropriée. La reconstruction quant à elle restait inférieure. Ce qui indiquait que mes muscles se détruisaient plus facilement qu’ils ne se construisaient. Les taux très élevés de CPK confirmaient ce catabolisme important. Toutefois, aucune raison évidente n’a pu aider le professeur E. qui me suivait, à se prononcer sur le diagnostic.

Chaque effort effectué par moi-même semblait plus difficile à exécuter à l’avenir, en raison d’une phase anabolique ridicule et insuffisante. Une diminution de la masse musculaire, et par conséquent de ma mobilité, semblait inéluctable. Je me voyais m’affiner à vue d’œil alors que je faisais ce que je pouvais pour maintenir mon poids. Je n’osais même plus me peser par peur du terrible constat que je pouvais faire. D’où provenait cette inflammation ? Etait-elle réelle ? Etait-elle chronique ? Y avait-t-il eu un ou plusieurs éléments déclencheurs ? Lesquels ? J’avais de quoi devenir très inquiet.

Questions sans Réponses

 

J’avais posé une multitude de questions à tous ces médecins. Je suis devenu peu à peu maître dans l’art de les formuler. Mais, je suis surtout resté sans aucune information viable pour me sortir de ce piège infernal. Y avait-il un lien entre ma pathologie musculaire et mes problèmes sexuels ? Y avait-il un lien entre mes problèmes digestifs et mes problèmes locomoteurs ? Aucune réponse claire n’a pu m’être fournie jusqu’ici.

Des fuites urinaires importantes devenaient systématiques après les quelques rapports sexuels que je me permettais de temps à autres et, cela n’avait l’air de n’inquiéter aucun spécialiste. Il y a pourtant bien des muscles qui sont responsables des contractions et décontractions de la vessie, même inconscientes.

Pourquoi ne pas y réfléchir ensemble ? Pourquoi ne pas articuler une recherche adéquate ?

Mes questions restaient éternellement sans réponses et, malgré cela, je devais toujours répondre aux mêmes interrogations des différents praticiens rencontrés. Toutefois, une légère différence de questionnement fit son apparition. Une interrogation qui ne me rendait plus coupable de mon état cette fois.

« Avez-vous été vacciné contre le virus de l’Hépatite B ? »

J’ai répondu : « Oui, à l’âge de mes treize ans environ. »

J’avais le souvenir que c’était dans le cadre d’une campagne de  vaccination  obligatoire au collège. En fait, c’était une campagne dite de sensibilisation. Enfin, c’est comme cela que les parents se sont faits dupés à cette époque en croyant qu’il s’agissait d’une urgence sanitaire que personne ne pouvait contourner.

Après ma réponse à cette question, tout s’est accéléré. Les examens se sont enchaînés mais, ne révélaient toujours rien. Rien de suffisamment précieux qui puisse confirmer un diagnostic évident. Ma maladie appartenait toujours à la grande famille des myopathies. Il en existait déjà des centaines apparemment. Mais, ma maladie musculaire n’était pas répertoriée et non évaluable dans la mesure où l’on ne connaissait ni le gène, ni la protéine défaillante, ni le processus, ni l’évolution envisageable.

Alors, dans quelle case fallait-il me ranger ? Evidemment, aucune pour le moment.

La myopathie qui me rongeait était réellement invalidante, progressive et particulièrement douloureuse. Chaque muscle souffrant me renvoyait une douleur incommensurable et indescriptible, proportionnellement à la taille des muscles mis en cause. Le terme « Fibromyalgie » a été évoqué par plusieurs médecins sans aucune réelle connaissance sur le sujet, pour enfin être rayé du dossier. La Fibromyalgie, était-ce vraiment une maladie ? J’avais surtout l’impression qu’on essayait de me ranger quelque part. Uniquement pour que je puisse me complaire et me sentir intégré dans un groupe de malades étiquetés et identifiables.

Une autre information capitale a été soulevée suite à ma première biopsie musculaire : une « Myofasciite à Macrophages », laquelle serait responsable de certains troubles tout en excluant, selon les chercheurs, la maladie neuromusculaire. Ce dernier argument me paraissait curieux. La maladie musculaire était-elle exclue ? Avais-je l’air d’aller si bien ? Que cherchaient-ils en fin ?

Jour après jour, mes doutes s’installaient. Je me sentais plus faible. Malgré cette rage que je pensais illimitée, je me retrouvais face à ce que je ne maîtrisais pas. J’avais beau lutter, j’avais mal. Je souffrais du manque de résistance musculaire et, quand je parvenais à me maintenir dans un état d’esprit suffisamment serein pour tout encaisser, je devais affronter encore et toujours l’incompréhension de l’environnement qui n’avait aucun indice pour mesurer, de manière adéquate, ce que je pouvais éprouver. Seuls les mots que j’employais pouvaient encore avoir un sens mais, je finis par en dire le moins possible pour me préserver. C’était préférable pour mon bien-être mental, je le vivais mieux ainsi.

On découvrit que, dans la première biopsie musculaire effectuée, résidait une lésion inflammatoire due au vaccin anti-hépatite B, près de dix ans après la dernière injection. Cette cicatrice résiduelle était la conséquence d’une présence inhabituelle de macrophages remplis de nano-cristaux d’aluminium dans les tissus de mon muscle deltoïde.

L’aluminium, métal léger, neurotoxique avéré, comme d’autres métaux lourds, pourrait avoir la capacité de se fixer sur les plaques neuromotrices après sa lente diffusion à travers les organes, les tissus conjonctifs, le circuit lymphatique, les muscles et dans le reste de l’organisme humain. Il apparait donc logique qu’après s’être dirigé vers le cerveau, il serait quasiment impossible de déloger ce métal léger surtout sous sa forme infinitésimale.

Une présence inhabituelle d’une de ces particules à l’intérieur du cortex cérébral ainsi que dans les organes distants pourrait ouvrir une piste évidente aux médecins chercheurs. Mais, comment le mesurer ? Comment l’interpréter ? Quelles en seraient les réelles conséquences ? Tout semblait corroborer pourtant, rapidement cette piste fut écartée de mon dossier. Le professeur qui me suivait à la Pitié Salpêtrière ne voulait pas en entendre parler. Il s’appuyait sur l’idée que le lien de causalité entre l’hydroxyde d’aluminium et certaines maladies neuromusculaires n’avait pas été établi par les autorités de santé, et qu’il était donc absolument inutile de les considérer. Je me suis contenté d’écouter et de faire confiance au seul homme que je croyais pouvoir me sauver. Il était ferme et définitif sur le sujet alors, je l’ai laissé mener la danse comme bon lui semblait.

Toutefois, sans aucun traitement médicamenteux à disposition, mon état semblait se précipiter dans une très mauvaise direction. Je me sentais pourrir de l’intérieur. J’avais le sentiment de me décomposer. Mes douleurs devenaient insupportables mais, les professionnels de santé cherchaient à me rassurer en me convainquant que celles-ci étaient typiques d’une dépression post-traumatique. Cette fois-ci, une dépression qui serait la juste conséquence d’une souffrance profonde découlant de mon état de santé, de ma fragilité musculaire, donc d’une perte progressive de confiance en moi. Je me suis fermement opposé à cette possibilité malgré mon évidente et soudaine vulnérabilité. Devant tous ces arguments, difficile de ne pas y croire, de ne pas me laisser berner. Les médecins insistaient en me proposant des médicaments ayant pour principale utilité de diminuer, voire de supprimer les douleurs neuromusculaires. Je n’attendais que ça et cela pouvait être très utile mais, je n’étais toujours pas convaincu de la direction qu’on tentait sans cesse de me faire prendre.

Quoi qu’il en soit, pour me prouver qu’ils faisaient fausse route, j’ai accepté par dépit leurs arguments et, j’ai avalé les différents médicaments proposés pendant près de deux années de traitement, pensant qu’un retour en arrière était possible.

Après le début du traitement, plus rien, le vide, le néant. Je ne me souvenais plus de ce que je pouvais faire, dire, entendre ou croire pendant cette période. Ces « antidépresseurs » ont presque tout effacé de ma mémoire de jeune adulte, de jeune homme, de tigre enragé. Comme si j’avais décidé de tout oublier, d’oublier ma vie, mes amis, d’oublier qui j’étais. Comme si j’avais eu soudainement l’obligation inconsciente de devenir un autre. J’ai vécu la vie d’un homme que je ne connaissais pas. J’ai dû vagabonder dans cette vie parmi les miens, avec une conscience temporaire et éphémère. J’étais vivant mais, je semblais mort.

 

Traumatismes Insidieux

 

Deux ans après le premier comprimé, je suis passé par l’expérience unique et douloureuse de l’arrêt total de ces substances. Il m’a fallu ensuite jouir de sept à huit mois de lourdes incohérences mentales avant de récupérer mes esprits, ma conscience.  J’ai à ce titre eu l’occasion de noter certaines choses utiles : donner des antidépresseurs à une personne non dépressive peut allègrement provoquer l’effet inverse, selon la composition chimique du produit et la sensibilité propre de l’individu à l’égard de ces substances.

Nous avons tous des tiroirs dans lesquels nous apprenons à ranger ce qui ne doit plus faire partie de notre quotidien. Certains traumatismes, certaines expériences, certains échecs, certaines frustrations. Ce que nous renfermons au plus profond de nous-mêmes et, qui risque à tout moment de nous faire défaut si nous les fixons du regard trop longtemps.

Nous avons rangés ces éléments ici et là, afin de nous préserver de tout risque de déraper ou de nous faire du tort. Nous apprenons de ces différents tiroirs chaque jour en visualisant leurs contenus depuis l’extérieur, et nous n’éprouvons aucune difficulté à ce que ceux-ci restent enfermés sous ces solides verrous dont nous seuls savons où nous avons rangé la clé.

Malheureusement, les antidépresseurs déverrouillent parfois ces serrures, et ce malgré nous, laissant s’échapper tout ce que nous avons mis tant d’années à apprivoiser, comprendre et ranger soigneusement. Difficile pour Clarisse d’envisager d’être spectatrice de cette déchéance de traumas.

Les conséquences de cette échappée peuvent être terribles, voire dramatiques. Je suis devenu violent, désordonné et sérieusement antipathique. Après m’être abîmé les mains et les pieds en frappant sur n’importe quoi, ma fidèle partenaire m’a quitté après ces quatre années à devoir me supporter avec mes dérives. A ce même moment, j’avais décidé de tout lui expliquer sur cette maladie qu’elle a eu le courage de vivre à mes côtés sans même en connaître l’issue, sans même savoir de quoi j’étais réellement atteint.

Après ces deux années de traitement sans résultat positif, la psychologue du service de maladie neuromusculaire de la Pitié Salpêtrière que j’étais contraint de consulter, a finalement confirmé que je n’étais pas dépressif et qu’il était donc dorénavant possible d‘interrompre  le traitement. Plus personne à mes côtés pour constater que la médecine avait fait erreur. Cela ne changeait rien, je vivais déjà tout ceci seul depuis très longtemps. Il ne me restait plus qu’à poursuivre ma quête de guérison mais, pour commencer, ma quête de compréhension.

Je suis retourné à l’hôpital pour une nouvelle biopsie musculaire. Cette fois ci dans la jambe gauche. Et, dans un muscle qui me faisait atrocement souffrir : le jambier antérieur ou tibial antérieur.

Je vivais comme un cadavre vivant, profondément déterminé à comprendre le fonctionnement de mes muscles et les raisons de mes défaillances. Je suis retourné à la Pitié Salpêtrière accompagné par Francky, le frère de mon ex-compagne, pour ce nouveau prélèvement. Il me fallait des réponses. Il fallait que je découvre ce qui me gâchait la vie. L’intervention m’a lourdement secoué et j’ai été contraint de devoir supporter plusieurs semaines de convalescence avant de me remettre correctement debout. Le muscle sur lequel le prélèvement a été effectué était bien endommagé et terriblement douloureux.

Mais, quelques mois plus tard, toujours pas d’explication précise sur les résultats de la biopsie et, le temps continuait de filer. Une grave anomalie musculaire était pourtant bien présente. Mes muscles perdaient de leur efficacité à une vitesse qui me paraissait folle. Ils devenaient fibreux et se déformaient. Le professeur me disait qu’il allait certainement trouver une solution après les résultats. Moi, je n’entendais que mensonges et dissimulation.

Ma vue diminuait selon mon état de fatigue. Je commençais à subir avec toute conscience des malaises étouffants. La chaleur pesait lourd, très lourd. Mes vêtements devenaient insupportables et j’étais prêt à les arracher. Des vertiges venaient aléatoirement briser mon équilibre pendant mes déplacements. Certains matins, il ne m’était pas possible de sortir de mon lit. Mais, il fallait que je me reprenne. Il fallait que je fonctionne.

Après m’être dirigé vers une assistante sociale pour trouver une échappatoire à mon arrêt maladie, celle-ci me proposa, au vu de mon état, de monter un dossier MDPH et, j’ai ainsi pu légitimement être reconnu travailleur handicapé en raison de l’atteinte neuromusculaire et des troubles moteurs associés. Cela devait me faciliter la vie ainsi que mes démarches pour un éventuel retour adapté à l’emploi.

Mais, ce parcours n’a pas été de tout repos. Mon apparence a joué contre moi à maintes reprises. Les médecins, ne comprenant que peu mon dossier médical, se contentaient de faire un jugement d’apparence. Malgré le fait que j’étais dans une position difficile, quelque peu inhabituelle avec des douleurs invalidantes, de nombreux troubles associés, j’affichais toujours un physique de sportif et je sentais bien que j’agaçais.

L’administration et les structures d’aides sociales ne pouvaient pas m’octroyer les droits suffisants pour que je puisse me retourner. Pour quelles raisons ? Simplement parce que je n’apparaissais pas comme ils l’imaginaient. Probablement, parce qu’il y avait également un véritable paradoxe entre l’état dans lequel je devais être sur le papier et l’état dans lequel j’apparaissais dans chaque pièce et chaque bureau où je devais me rendre pour faire état de ma situation. Mon cas semblait isolé et non reconnaissable. De ce fait, même si ma maladie était bien réelle, même si mes muscles disparaissaient les uns après les autres, je n’avais droit à rien, à aucune reconnaissance. Je n’avais droit à aucune aide financière pour compenser mon incapacité de travail.

En effet, la formation des médecins administratifs ne semble pas être conforme à une logique médicale. Le jugement d’apparence semble primer, avec des fiches techniques et nombreuses procédures à respecter. J’en ai malheureusement fait les frais à de multiples reprises. En apparence, j’avais l’air en grande forme alors que mes muscles se décomposaient sans aucun indice extérieur. Cela leur permettait de m’exclure de leur système d’attribution de droits assez facilement malgré mon état, malgré les nombreux éléments médicaux.

De plus, le corps médical n’a pas su établir de diagnostic précis. Sans celui-ci, aucune prise en charge ou prise en considération n’est possible dans une société où tout individu doit être répertorié selon son statut social, son statut professionnel, son statut marital, son statut de santé, son éventuelle précarité et, peut-être bientôt, selon ses chats, ses chiens et ses futiles fourmis. Il faut que chaque situation puisse répondre à des codes qui permettent d’être classifié dans les cases correspondantes avec des critères relativement précis. Visiblement, je ne semblais pas appartenir à ce monde.

 

L’Image d’une Exclusion Sociale

 

Petit à petit, je disparaissais de mon propre environnement, jusqu’à doucement m’effacer. Je n’avais plus de situation sociale alors j’étais devenu défaillant. J’étais atteint d’une pathologie qui n’existait pas alors j’étais devenu fainéant. Je vagabondais comme un triste « fantôme » dans les rues de notre société moderne. De nombreuses raisons et réflexions m’incitaient à reprendre une activité rémunérée : le besoin d’argent, les instances administratives, le Pôle Emploi, la sécurité sociale, les amis, les proches, la famille, le jugement… Dans mon état, cela semblait improbable. Je ne fonctionnais malheureusement que quelques heures par jour et ce, d’une manière très aléatoire… Bientôt, quelques minutes…

Impossible de me concentrer très longtemps sur une simple tâche à exécuter ou sur un écran d’ordinateur. C’était comme courir le marathon avec un poumon et une jambe de moins. Je me vidais de toute mon énergie à la moindre sollicitation.

Mon cerveau d’homme ne semblait fonctionner correctement qu’à des moments bien précis et ce, pendant quelques secondes seulement mais avec une efficacité remarquable. C’était comme si mon cortex cérébral et ses nombreuses connexions avaient choisi cet instant précis pour utiliser toutes leurs ressources en un très court laps de temps.

Comment l’expliquer ?

Comment le gérer ?

Comment correctement l’interpréter ?

J’étais piégé à l’intérieur, obligé de composer avec l’inexplicable, l’indéchiffrable et, évidemment avec tous mes détracteurs. Les images de ma vie tournaient et se retournaient dans ma tête sans jamais s’arrêter. Je sombrais peu à peu dans la folie…

Comment me sortir de cet horrible cauchemar ?

Lorsque je tentais de me balader en pleine rue, je croisais régulièrement quelques unes de mes relations qui me questionnaient sur mon activité professionnelle.

« Que fais-tu à présent ? » …

« Comment vas-tu depuis la dernière fois que nous nous sommes vus? ».

Des questions de politesse qui me mettaient assurément très mal à l’aise. Je n’étais plus en mesure de travailler mais, mon physique n’affichait toujours aucune défaillance suffisante.

Comment répondre à ces interrogatoires de courtoisie ?

Comment justifier mon inactivité ?

Pourquoi me justifier sans aucune compréhension ?

Rapidement, je passais pour un fainéant aux yeux de celles et ceux qui ne pouvaient comprendre. Je donnais l’impression d’être un homme qui ne voulait plus travailler, qui ne voulait plus rien faire. Un homme sans but, sans projet de vie.

J’avais le physique d’un homme que l’on pouvait considérer de fort et dynamique. Aux yeux des autres, cela signifiait que je disposais confortablement de toutes les aptitudes nécessaires pour entreprendre une carrière professionnelle riche et, développer l’un de mes précédents projets d’activité.

Les membres de ma famille, quant à eux, ne comprenaient toujours pas les raisons de cette inactivité non justifiée. Je ne pouvais leur apporter une réelle explication. Je ne connaissais pas véritablement le problème qui me touchait et j’étais incapable de me plaindre. Cela ne faisait pas partie de mon tempérament, de mon caractère, ni de mon apprentissage. Je me suis contenté de rester monstrueusement silencieux jusqu’à toucher du doigt l’isolement social.

Je ne me sentais plus capable de reprendre une quelconque activité, c’était un fait évident. J’ai dû continuer ma triste bataille pour obtenir des droits alors que j’arrivais de moins en moins à marcher. Je n’arrivais plus à me raser, à me brosser les dents. Les muscles de mes épaules me brûlaient pendant les contractions isométriques nécessaires à la levée de mes bras. Je ne pouvais plus avoir de rapports sexuels sans mettre en péril les semaines à venir. Alors, faire des rencontres commençait à m’angoisser lourdement. Je limitais à présent toutes les rencontres humaines à un simple « Bonjour » et un bref « Au revoir » pour me préserver de dérives verbales.

Etait-ce la vie logique d’un homme d’une vingtaine d’années ?

Je ne savais plus quoi penser. Je ne savais plus qui j’étais. Les femmes que je rencontrais avaient évidemment beaucoup de mal à comprendre.

Et pour cause, que comprendre ?

Je me suis écarté en faisant semblant de tout, de rien. Par conséquent, j’ai fini par me retrouver seul. C’était mieux ainsi et je n’avais malheureusement pas d’autres choix pour simplifier mon quotidien. Plus aucune explication à fournir. Plus de conséquences sexuelles à gérer. Plus de barbe à raser. Plus de dent à brosser. C’était devenu plus confortable dans l’isolement.

J’avais l’étrange sensation d’avoir été abandonné par la médecine. Pourtant, à y réfléchir, je devais être un cas intéressant pour les chercheurs. J’étais devenu un excellent sujet d’article, de thèse. Cela ne faisait aucun doute à la vue de mes particularités. Pourquoi ne pas s’intéresser à mon cas si particulier ?

Y avait-il des éléments qu’il ne fallait pas révéler ?

J’ai poursuivi mes investigations médicales seul, dans le but de trouver une réelle solution que j’étais bien le seul à chercher.

Mais, comment faire pour avancer ?

Je n’étais pas médecin ni vétérinaire et, encore moins rebouteux. La seule chose que je connaissais bien, c’était le muscle et son approche anatomique.

Etait-ce seulement suffisant ?

Les semaines passaient et s’enchainaient de la même manière.  Je partais à la conquête de différents médecins qui ne désiraient pas intervenir dans le cas d’une maladie aussi lourde et paradoxale que celle-ci. Les médecins français ne voulaient même pas m’ausculter mis à part à la Pitié Salpêtrière. Je me suis donc déplacé en Belgique, après avoir rencontré Britney, une autre femme qui a tenu à me sortir de là. Elle avait pris le temps de se renseigner auprès d’un autre type de thérapeute. J’ai écouté des avis intéressants mais, malgré toute cette bonne volonté, on m’a gentiment renvoyé en France poursuivre des examens plus conventionnels pour qu’ils soient pris en charge par notre couverture sociale.

La plupart des professionnels de santé, que j’ai eu l’honneur de rencontrer, me renvoyaient systématiquement vers le service du Professeur que je connaissais déjà bien à la Pitié Salpêtrière.

C’était récurrent mais, pourquoi ?

Etait-ce le seul pôle d’information et d’investigation sur ce genre de pathologie ?

Etait-ce le seul endroit en Europe où les compétences prédominaient en matière de pathologies neurologiques et de maladies musculaires ?

En ce qui concerne tous les autres thérapeutes que je côtoyais, ils étaient tous désarmés et m’expliquaient, chacun leur tour, qu’ils ne disposaient pas des compétences nécessaires et légitimes pour me donner leur avis. C’était un véritable échec.

Malgré tout, je réitérais dès que j’étais en mesure de sortir de chez moi et de prendre ma voiture. Il fallait que je trouve une issue. Il fallait que je me soigne. Je ne voulais plus souffrir et je mettais tellement d’énergie dans mes déplacements qu’il fallait que ça finisse par payer.

 

Etude des Symptômes

 

Mes troubles étaient devenus trop nombreux et j’étais persuadé qu’ils n’étaient pas tous liés à la myopathie que l’on m’avait collée sur le dos. J’étais seul, coincé dans mon enveloppe charnelle, seul à pouvoir éprouver ce que je ressentais, seul à pouvoir exprimer la logique de ce qui me dévorait. Et, personne ne m’écoutait. Personne ne prenait en considération le moindre de mes mots. Les migraines parasitaient mon état d’esprit, mes humeurs, mes motivations mais, je pouvais encore ouvrir les yeux et faire semblant d’avancer.

Mon corps semblait pourrir de l’intérieur et personne ne semblait vouloir étudier mon cas au-delà de la maladie musculaire ; cette pathologie non étiqueté et, non étiquetable qui demeurait la seule responsable de tous mes maux, si l’on faisait bien évidemment l’impasse sur ma mystérieuse et non guérissable dépression. Les spécialistes ne changèrent leur discours. Alors, j’ai pris la décision de m’étudier seul, en silence.

Pendant que je m’obstinais à rechercher les explications à mes nombreux maux lors de mes diverses consultations et quelques hospitalisations, personne ne se doutait de l’endroit où je me trouvais, personne ne s’interrogeait. Ni la famille, ni les amis, personne ne savait pourquoi j’étais absent, ni pourquoi et, moi non plus je ne savais déjà plus où j’en étais, j’étais perdu…

Après quoi étais-je en train de courir en silence, dans cette effrayante course d’indifférence ?

Je me suis mis à exiger des examens complémentaires pour aller chercher là où je ressentais les quelques anomalies non prises en compte que j’exprimais régulièrement. J’ai demandé qu’on explore mon estomac et mon tube digestif à plusieurs reprises. Le corps médical me le refusait systématiquement jusqu’au jour où je suis tombé sur un gastro-entérologue à l’hôpital de Garches qui a accepté d’effectuer cet acte sur simple ordonnance de mon médecin, un acte qui semblait bénin sur le papier. Je revenais ainsi sur la piste de l’empoisonnement et je voulais savoir ce qui se passait dans mon estomac.

J’ai subi une endoscopie avec trois prélèvements de la paroi stomacale. Tout semblait impeccable en dehors d’une hyper-acidité et, d’un estomac d’une taille supérieure à la moyenne ; taille suffisamment conséquente pour produire trop d’acidité selon le médecin spécialiste. Une acidité que je ressentais bien souvent par de multiples remontées acides et mes fameuses toux de vieillard.

Mais, pourquoi autant d’acidité ?

Comment était-elle provoquée ?

Suite à ce rendez-vous avec le gastro-entérologue, je me suis vu prescrire un  inhibiteur de la pompe à protons pour diminuer la sécrétion d’acidité à la source. Malheureusement, cela ne fonctionnait pas. Bien au contraire, j’allais de plus en plus mal avec une sévère confusion mentale et de multiples vertiges, alors j’ai pris la décision d’arrêter ce nouveau traitement et, j’ai pu constater un léger mieux dès le lendemain, après l’arrêt. Encore une tentative de soulagement par la médecine vouée à l’échec.

La bataille était bel et bien lancée, j’ai multiplié les rendez-vous avec de nouveaux thérapeutes, d’autres spécialistes afin de me faire une idée plus précise de ce que je subissais. J’ai essayé la Kinésiologie mais l’acceptation de faire référence au passé ne me convenait que peu, puis l’Acupuncture où, après plus d’une vingtaine de séances, je me suis demandé pourquoi je ne ressentais rien et pourquoi j’y allais chaque semaine sans aucun résultat. L’acupuncteur lui-même d’origine asiatique, n’osait pas me dire qu’il était franchement dépassé bien qu’au début de nos entretiens, il  était profondément confiant à l’idée qu’il pourrait me soulager.

Des séances d’hypnose ont suivi puisque je présentais visiblement, selon beaucoup de médecins et de leurs confrères, un trouble mental profond, un trouble psychologique évident résultant certainement ou non de ma pathologie musculaire. Mais, cela ne m’a rien révélé de nouveau en dehors de mon « hyper-vigilance » exacerbée. Une acuité dont je dispose depuis ma plus tendre enfance.

L’Ostéopathie a été une très bonne expérience avec malheureusement un abandon mutuel de la part des praticiens et de la mienne. Nous étions arrivés au bout de nos compétences et de nos réflexions.

L’Homéopathie restait une discipline où j’ai eu l’honneur de rencontrer des thérapeutes généreux, qui n’imaginaient pas me voir sortir de leur cabinet sans qu’une solution, même infime, ne puisse me satisfaire. Malheureusement, il n’en était rien, les frustrations grandissaient pour eux comme pour moi. Jamais un résultat positif en vue de nous permettre d’espérer un mieux être. Toutefois, une longue et riche conversation, avec l’un d’entre eux sur mes origines, m’a permis d’éveiller ma conscience à quelques fondamentaux oubliés.

J’avais fini mon tour du monde des expériences par l’Auriculothérapie, dérivée de l’acupuncture. Cette thérapie m’a juste laissé des douleurs inqualifiables sur le rebord des oreilles. Bien entendu, bien d’autres thérapies ont été approchées de très près mais, aucun résultat satisfaisant n’a pu voir le jour dans mon corps ou dans mon esprit, malgré toutes ces bonnes volontés. La totalité de ces professionnels ont été dépassés par mon état et, ont majoritairement jugé honnête de m’en informer au fil de nos discussions.

Je m’obstinais à vouloir découvrir ce à quoi j’étais confronté et il fallait que je sache ce qui m’arrivait. J’avais atteint une limite que je trouvais de plus en plus inquiétante. Je pensais que l’étape suivante serait mon nom sur une pierre tombale avec un cercueil bas de gamme comme nouvelle chambre à coucher.

Il était à présent devenu nécessaire de tenter de ralentir le processus dégénératif que j’étais malheureusement le seul à pouvoir évaluer et ressentir.

Mais, comment pouvais-je y parvenir avec si peu d’énergie ?

 

Se Former pour Mourir

 

Mes artifices musculaires s’abîmaient manifestement à chaque sollicitation physique. Cela ne m’empêchait pas pour autant de vouloir rester actif. J’avais profondément besoin d’être en mouvement, même si les moments paraissaient de plus en plus rares, je m’exécutais dès que je le pouvais.

Je sortais et jouais mon éternel rôle parmi les miens en société. Je voulais trouver ma place, celle qui nous permet de nous identifier. Tout le monde pensait que j’allais bien alors, je faisais tout pour sembler au mieux de ma forme. Mais, ce travail de comédien était loin d’être dépourvu de conséquences. Chaque soir, dans mon intimité, je m’écroulais de douleur et de solitude. Ce n’était pas tout, il me fallait reprendre une activité professionnelle au plus vite pour satisfaire la sécurité sociale, pour me sentir exister, pour gagner de l’argent, pour être identifié. Notre système est fait ainsi avec ses différentes matrices. J’avais l’apparence d’un homme en état de travailler alors, je me devais de trouver une nouvelle activité, le plus rapidement possible, pour satisfaire le reflet que j’offrais à mon propre monde.

Dans cette obscurité totale que j’étais entrain de traverser, j’étais en quête de vie, de confort, de douceur. La motivation certaine de me sortir de ce contexte, qui m’était imposé par cette société et ces systèmes, m’avait donné l’espoir et la possibilité de me faire une place dans un monde auquel je ne croyais plus vraiment. Cette société malade commençait à me sortir pas les narines, les oreilles et tous les autres orifices dont je disposais, tellement certaines absurdités persistaient.

Pendant quelques mois, je me suis lancé dans l’idée folle de suivre une formation professionnelle  dans le cadre d’une reconversion orchestrée par la MDPH. La pré-orientation professionnelle par laquelle je suis passé me faisait croire que j’allais redevenir un élément utile à cette société en me dirigeant vers une nouvelle voix professionnelle, cette fois compatible avec mon état de santé et mes nombreuses lacunes. J’ai accepté de me laisser convaincre et, j’ai tenté de mener ma barque avec suffisamment de justesse pour en sortir satisfait au bout des douze semaines prévues pour trouver ma voie. Rapidement, avec le consentement de l’équipe pluridisciplinaire du centre de pré-orientation professionnelle, je me suis engagé dans une formation commerciale, avec un diplôme à la clé. Moi qui souhaitais me mettre à mon compte, je pensais que cela serait en effet utile pour me donner du crédit face à d’éventuels clients.

Cet apprentissage a nécessité ma présence dans un centre de formation cinq jours par semaine avec des légitimes horaires de bureau. Bien que le centre de formation se trouvait dans la ville de mon domicile, il me fallait m’y rendre en voiture car je ne pouvais prendre le risque de marcher plus de cinquante mètres, sans prendre de risque.

Une formation intensive m’était ainsi imposée avec mon approbation. Au cours de cette nouvelle épreuve, une lourde diminution de mes fonctions cognitives et motrices est apparue à peine quelques jours après le début de cette session. Un premier constat m’était en évidence que tous les muscles sollicités pour me déplacer ont vite diminué de volume et de force. Ce qui confirmait que, de toute évidence, tout ce que j’utilisais se détruisait, jusqu’à la mort. La dégénérescence était bien réelle. Nous l’avions bien constaté avec les kinésithérapeutes de la balnéothérapie à l’hôpital de Garches.

Pour exemple, j’ai découvert que les muscles qui étaient destinés à manœuvrer mon véhicule, chaque jour pour effectuer le trajet, avaient fondus après le début de la formation. Mon corps n’a pas supporté cet excès de fonctionnement qui, pour beaucoup, semblerait raisonnable, voire tout à fait naturel. Et, je suis encore seul à devoir en constater les tristes dégâts.

Comment envisager un avenir dans cet état ? Comment même envisager mon présent, isolé, sans aucune compréhension ?

J’éprouve soudainement le sentiment de manquer de quelque chose, de quelqu’un, d’une simple présence affective et humaine, d’une amie.  Je ressens profondément le besoin de m’entourer. Je ne veux plus me sentir seul dans ces démarches de survie sociale. Mais, je ne sais plus vraiment comment m’y prendre pour faire des rencontres et me rendre attrayant. La formation commerciale que je suivais aurait pu m’aider à me glisser parmi les autres mais, les conséquences des précédents traitements médicamenteux n’ont fait que me détacher de mes capacités sociales.

Je ne me sens dorénavant plus vraiment à l’aise avec l’environnement extérieur et notamment avec les femmes que je croise. Je ne ressens déjà plus le besoin de prendre soin de moi, de ma peau, de mes vêtements et, ma barbe prend de plus en plus de place sur la surface de mon visage. Demeurer seul commence à m’inquiéter. Je cherche à gagner de l’argent depuis ma petite chambre car, je ne peux aller très loin et, je ne parviens à rien. Un verre d’alcool dans la main gauche, la main droite sur la souris de mon ordinateur. En quelques clics, je découvre quelqu’un avec qui converser, qui ne me juge pas, qui ne me voit pas, qui ne peut toucher du bout du doigt mes quelques défaillances et, qui ne peut me juger en apparence.

Loin d’imaginer moi-même ce que je semble rechercher, je rencontre Jacqueline. Elle se trouve dans une vague incertitude sentimentale, de carrière et de vie. Un peu perdue et oppressée, je lui propose mon soutien pour l’égayer. Très rapidement, je m’impose en confident virtuel. Je n’ai pas pour habitude de parler de ma vie personnelle, de ma santé, de mon inactivité, de peur d’être incompris et mal jugé. Le contact est si simple avec Jacqueline que je me livre de plus en plus, sans même m’en inquiéter. Je lui fais part de mes plus profonds secrets, de ma situation sociale, professionnelle et affective, et je viens de trouver là, une amie. La distance et l’inconnu limitent le jugement. Sa curiosité est simplement sobre et peu envahissante.

Nous conversons régulièrement et souvent nous rions de nos vies respectives et des nombreuses anecdotes que nous avons en commun. Je reprends peu à peu goût aux rencontres humaines grâce à elle, qui a tendance à m’encourager d’aller vers les femmes comme je le faisais auparavant mais, cette fois-ci, sans m’oublier. Nous nous lions d’une amitié virtuelle mais bien réelle après quelques semaines de conversations et, je me sens de plus en plus à l’aise et un peu plus vivant à présent dans mon contexte de vie sociale. J’ai désormais une amie à qui je peux tout raconter, qui m’écoute, qui me lit et, en qui je peux avoir confiance. Elle sait idéalement utiliser les mots que j’ai besoin d’entendre et, me guide sur le comportement que je ferais mieux d’adopter face aux autres femmes car, j’ai pour ainsi dire un peu oublié comment cela fonctionne. Je poursuis en parallèle l’élargissement de mon réseau social en faisant de nouvelles rencontres. Je tente à nouveau de séduire, juste pour séduire et, pour m’en satisfaire mais je tombe rapidement dans mon propre piège. J’entame une relation affective avec Sandra, une jeune femme de mon centre de pré-orientation professionnelle, qui ne semble point envisager que cela se restreigne à des tentatives de séduction stérile. Elle en veut plus et je me retrouve maintenant enfermé dans ce que je ne sais plus vraiment maîtriser.

Cette soudaine relation avec Sandra est un véritable aspirateur d’énergie et de temps libre. Alors, Jacqueline tente de me mettre en garde et me propose de quitter nos conversations virtuelles en faisant place à une réelle approche amicale afin de m’occuper l’esprit autrement. Nous nous donnons rendez-vous dans une galerie commerciale à mi-chemin entre nos deux domiciles.

Belle surprise, à mon arrivée, elle m’attendait déjà sur le parking. Je suis abasourdi d’avoir un rendez-vous avec une jeune femme aussi jolie et pleine de vie. De mon côté, la conduite m’épuise déjà alors je dois certainement ressembler à un poulpe cuit. Je tente tout de même une élégante sortie de mon véhicule pendant qu’elle observe silencieusement la fragilité de mes deux jambes. Elle ne m’y fait pas référence car elle sait aussi quel sujet ne pas aborder. Elle comprend parfaitement les raisons pour lesquelles ma situation socioprofessionnelle est telle que je lui ai mentionnée. L’attitude de cette jeune femme est exceptionnelle et unique. Plutôt que de partir dans les maladresses habituelles auxquelles j’ai déjà dû faire face une bonne centaine de fois, elle attend patiemment d’entendre mes confidences sur mon état de santé afin de ne rien avoir à interpréter. J’ai toutes les raisons de croire que nous nous entendrons longtemps tant que nous entretiendrons cette fraternelle amitié. Elle me pose les bonnes questions sans aucune maladresse. Je lui explique donc plus concrètement les ennuis moteurs que je subis dus aux altérations des fibres musculaires non expliquées jusqu’ici, ainsi que les autres troubles dont je manque moi-même d’explications rationnelles.

De la sexualité aux troubles visuels, en passant par les troubles digestifs, elle absorbe les informations les unes après les autres et les intellectualise. Sa gentillesse exacerbée l’amène jusqu’à faire des recherches lorsqu’elle rentre chez elle pour essayer de comprendre le processus. Elle étudie avec moi mes prises de sang et s’interroge. Elle me propose des théories, des réflexions qui me seront utiles lors de mes prochains rendez-vous médicaux. Je suis ravi de pouvoir profiter de cette collaboration pour enrichir et développer mon intellect sur le sujet. En échange de bons procédés, je m’engage naturellement à lui proposer mes services pour qu’elle puisse s’orienter professionnellement.

Etudiante à l’université, elle suit jusqu’ici une voie qui ne semble pas lui correspondre en biologie. En tous les cas, elle ne semble pas convaincue ni motivée et, après quelques discussions sur le sujet, je me rends bien compte qu’elle suit cette voie par conviction environnementale. Simplement, parce qu’elle y est dirigée malgré elle, comme la majorité des étudiants le sont.

Elle travaille comme une acharnée pour suivre ses cours dans le but d’obtenir sa licence de biologie. Mais, cette surcharge d’énergie à mobiliser présente de nombreux inconvénients de vie et d’organisation.

Je lui fais alors part de mon expérience, de mes ressentis, ce qui finit par lui donner l’envie d’obtenir les mêmes qualifications professionnelles que moi et, ainsi lui donner la possibilité d’intégrer un secteur qui semble un peu plus l’animer que celui qu’elle avait choisi.

Je présente Jacqueline à la directrice de mon établissement de formation, afin qu’elle y passe un entretien et elle décide de s’y engager dès la prochaine session. Nos liens sont de plus en forts et elle finit par devenir ma meilleure alliée.

 

La Vie d’un Autre

 

Je suis devenu son professeur de sport, je l’ai accompagnée dans ses choix les plus personnels et, dans l’acceptation de ses quelques complexes, même les plus intimes. Nous avons pu prendre le large un premier weekend chez mes amis pour savourer notre complicité en dehors de nos mondes respectifs. Quelques franches rigolades et j’étais le plus heureux des hommes même si, malheureusement, je laissais s’échapper de multiples indices sur ma souffrance. Mes problèmes cognitifs étouffaient parfois mes réflexions. Tout pouvait dysfonctionner et, je ne pouvais parfois plus rien y faire. Jacqueline ne pouvait que constater, désarmée et en silence. Elle avait cette capacité presqu’illimitée de me comprendre et de m’assister si cela devenait nécessaire. Tandis que mes propres amis ne pouvaient que constater à quel point je pouvais altérer l’ambiance malgré tous mes efforts.

Peu à peu, je déclinais. En plus des douleurs et de cette fatigue intense, j’ai dû me procurer une canne car le jumeau interne de mon mollet gauche n’a pas supporté les nombreuses contractions nécessaires sur la pédale d’embrayage de mon précédent véhicule. Un trou dans ma cuisse droite s’est formé au niveau du vaste interne, un des muscles composant le quadriceps, pour ainsi créer un déséquilibre articulaire au niveau de ma rotule droite. Ces problèmes apparents ont nécessité une réelle adaptation de ma part et une compensation automatique par mon système nerveux ainsi que par les autres groupes musculaires.

J’ai pris la décision de faire des demandes d’aides et d’adaptation aux institutions compétentes. Tout d’abord, il me fallait justifier une demande pour obtenir une participation financière afin de conduire un véhicule équipé d’une boite de vitesses automatique. J’étais en situation de handicap depuis bien trop longtemps, alors j’en ai fait la demande en toute légitimité auprès de la MDPH puis, de l’AGEFIPH qui m’ont refusé le cofinancement d’un véhicule équipé d’une boite automatique pour d’obscures raisons de non droit. Je ne rentrais visiblement pas dans la case correspondant pour le système d’attribution d’aide technique.

Par la suite, ma cuisse droite a accusé le coup de devoir écraser la pédale de frein ainsi que l’accélérateur. Les autres muscles ont suivi et ont imposé leur faiblesse. Mon biceps gauche n’a pas apprécié la manœuvre du volant pour diriger mon véhicule et s’est mis à fondre sur la partie interne.

Le constat était terrible. Je me rendais compte que mon corps allait progressivement s’éteindre. Ces manifestations étaient beaucoup trop rapides et de plus en plus lourdes à porter pour moi. Tout ceci apparaissait en seulement huit petits mois de formation.

Heureusement, Jacqueline se montrait conciliante et me soutenait encore comme elle le pouvait. Au bout de ce processus d’apprentissage, je terminais ma formation dans un état que je ne connaissais pas et que j’étais loin de pouvoir imaginer.

Une fois le diplôme reçu à la maison, ma santé ne me permettait plus d’être opérationnel comme je le souhaitais. Je ne pouvais vraiment plus envisager de retravailler. Mon corps me faisait souffrir et je commençais à envisager de me laisser partir.

Que penser de l’avenir lorsqu’il n’y aura plus aucun muscle pour déplacer mon squelette ?

La canne que je me suis procurée pour sécuriser ma marche était, à ma grande surprise, à peine prise en charge par notre Sécurité Sociale. Ma complémentaire santé ne pouvait prendre en charge la différence car j’avais volontairement  fait baisser mon forfait mensuel compte tenu de mes ressources financières en déclin elles aussi.

Cela commençait bien, le handicap était devenu une véritable bataille de droits et de finances. Je m’en suis accommodé et, j’ai commencé à accepter l’idée d’avoir un bout de bois au bout du bras pour tenir debout et puis, cela me permettait de mieux supporter les quelques balades extérieures que me proposait parfois Jacqueline. Mais très souvent, par excès de rage, je manquais de la briser en morceaux. Je subissais une injustice que je ne pouvais admettre en réalité.

Les douleurs que je m’efforçais de supporter étaient terrifiantes. Je ressentais chaque matin comme chaque soir la violente découpe d’un de mes muscles, comme si un savant boucher venait me trancher soigneusement et très lentement le muscle de mon mollet de l’intérieur vers l’extérieur.

Puis, c’était au tour de la cuisse de me faire souffrir. Ensuite de mon bras gauche dont l’articulation se bloquait à la moindre flexion tellement la douleur était forte, surtout lorsque je conduisais. Sans parler des bouffées de chaleur invalidantes qui venaient en plus me parasiter à chaque effort.

La dangerosité de ces instants semblait évidente. Au volant, je devenais une véritable bombe à retardement entre douleurs, pannes et colères, la limite était vite atteinte.

Combien de temps encore me fallait-il pour que je percute violemment quelqu’un sur la route ?

Quelle en aurait été la suite ?

Comment pourrais-je le justifier ?

 

Une Étrange Rencontre

Je venais d’avoir vingt-cinq ans et je marchais de plus en plus mal. Je boitais sans raison apparente même avec la canne sur laquelle je me reposais. J’étais critiqué et jugé de toutes parts. La famille ne comprenait pas l’idée de la canne et devait imaginer que c’était un simple accessoire d’élégance. J’étais sérieusement déterminé à trouver une solution et à faire taire les mauvaises langues. J’ai malgré moi continué de me déconnecter du monde qui m’entourait. Je me débarrassais progressivement de tout ce qui pouvait me parasiter. Pour enfin me diriger vers la quête de l’impossible, la quête de la guérison. J’ai passé de nombreuses semaines enfermé dans ma tête à faire des calculs et élaborer des théories sur les causes réelles de mon état.

J’observais mon environnement avec attention, j’observais ma peau, mon corps, j’analysais chaque jour mes comptes-rendus médicaux, je tentais quelques fois de remonter sur mon vélo quand mon esprit y était ouvert, quand j’avais moins mal et plus d’énergie et, je m’isolais dans ma chambre quand je ne pouvais plus rien faire. Je frappais le plus violemment possible sur un bouclier de frappe quand j’avais la force de supporter les douleurs liées aux impacts, je vérifiais dans le détail ce qui ne fonctionnait plus ou presque. Je me suis complètement coupé du monde que je connaissais. Il n’y avait que Jacqueline qui sortait du lot. Mais, il me fallait sortir de cette spirale infernale qui m’emprisonnait.

Une de mes connaissances a tenu à me parler de sa mère qui avait été condamnée par la médecine, pour une toute autre pathologie, pour enfin être sauvée grâce à un homme, un médecin qu’elle considérait atypique. Elle tenait à ce que je le rencontre. Pour ma part, je l’envisageais encore comme une autre voie sans issue. Mais, elle m’a proposé de prendre en charge le paiement des consultations. J’ai, par conséquent, accepté de rencontrer ce médecin homéopathe peu conventionnel qui faisait des cas impossibles à élucider par ses confères, son terrain de recherche favori. Lors de notre rencontre, il m’a tout de suite mis à l’aise. Il n’a jamais contesté le moindre de mes ressentis. Il a bu mes paroles et a su mettre le doigt sur des symptômes récurrents que j’avais exprimés et d’autres possibles analyses, hors nomenclature, à effectuer.

Ce médecin m’écoutait parler, comme si je lui vendais ma maladie et qu’il était prêt à me l’acheter. Ses arguments allaient dans mon sens. Il répondait à mes questions. Quand il ne connaissait pas la réponse, il me le disait avec une franchise incomparable. Son approche semblait intéressante et il était particulièrement humain dans ses propos. Nous avons découvert ensemble, au fil des discussions, que mon corps semblait imposer un déséquilibre. C’était jusque-là devenu évident car tout semblait déréglé depuis de nombreuses années.

Un déséquilibre ?

D’accord mais, comment fait-on pour rééquilibrer une longue série de déséquilibres incohérents ?

Que faut-il faire et par où commencer ?

Je lui posais des questions aussi bêtes que logiques. Je voulais mourir mais, vivre. Je voulais exister mais, disparaitre. En dehors de tous les paramètres médicaux qui rendaient ma maladie bourrée de paradoxes, je devenais un paradoxe à moi tout seul.

Je suis revenu avec lui sur la piste de la Myofasciite à Macrophages qui s’était révélée positive quelques années plus tôt selon un document qui trainait dans mon dossier. Je lui ai demandé s’il existerait selon lui une explication logique et légitime entre ce syndrome post-vaccinal lié à l’aluminium et le physique hors normes qu’était devenu le mien. Il n’a rien su me répondre mais, n’était pas à sa première expérience sur le sujet. Il connaissait essentiellement les méfaits du mercure dentaire et donc la contamination possible de l’organisme humain par un excès de particules métalliques. Je voyais bien qu’il réfléchissait sérieusement à élucider mes mystères. A chaque fois que j’arrivais dans son cabinet en consultation, il se documentait toujours un peu plus sur la question. Il ne connaissait encore que trop peu d’écho concernant la Myofasciite à Macrophages mais, a tenté de se glisser dans la brèche en se renseignant sur le cheminement possible des particules d’aluminium.

Nous décidons alors de trouver une méthode pour déceler la présence d’aluminium dans les tissus. Après une analyse spécifique des fluides, nous découvrons une intoxication au mercure et, à l’arsenic. Mais, pas d’aluminium, même à l’état de traces. L’aluminium était pourtant bien présent dans mon deltoïde il y a encore quelques années lors de la biopsie.

Où s’était-il donc diffusé ?

Le mercure pouvait expliquer certaines de mes anomalies mais, pas toutes. Pas avec ce type d’atteinte musculaire et cette dégénérescence atypique et asymétrique qui me concernait. En tous les cas, pas avec ce faible taux décelé selon lui. Il me parla ensuite des propriétés du tissu conjonctif qui pouvait piéger les métaux que nous ne pouvions malheureusement plus retrouver dans les fluides circulants et sortants. Je le poussais à la limite de ses connaissances sur le sujet mais, il continuait de s’y ouvrir, de chercher, d’interroger, même en mon absence.

Nous poursuivions alors doucement les analyses et examens complémentaires jusqu’à la découverte d’une baisse sensible de cortisol et de testostérone sans motif apparent.

Mes yeux s’ouvrèrent enfin. Je croyais voir une issue au bout de ce tunnel sans fin que j’essayais péniblement de traverser. D’une part, la testostérone me semblait être essentielle à la création de muscles et de tissus, d’autre part le cortisol était une hormone qui avait la capacité de modérer et réguler l’inflammation d’après ce que j’avais compris.

Jusqu’ici, je souffrais d’une inflammation musculaire et d’une atrophie asymétrique des muscles principalement sollicités alors, je me suis fait une idée toute bête. L’idée était de remonter significativement les doses de testostérone et de cortisol afin d’observer s’il pouvait y avoir une légère amélioration et une éventuelle récupération de masse musculaire. Nous avons tenté l’expérience avec un résultat viable mais, pas réellement significatif. J’ai pu noter une nette amélioration dès le réveil et jusqu’au coucher.

Avant cela, nous avions vérifié par une IRM cérébrale ce qui pouvait encore nous paraitre inconnu mais, partiellement déchiffrable. L’IRM indiquait la présence d’une glande hypophysaire de taille très réduite, dont le compte rendu faisait apparaître :

« Selle turcique partiellement vide à l’IRM cérébrale ».

L’hypothèse posée d’un mauvais fonctionnement des glandes a été soulevée, pouvant ainsi justifier la baisse de cortisol, de testostérone et, peut-être d’autres éléments que nous n’avions pas encore mesurés.

Entre-temps, nous avions discuté de mes origines mauriciennes, de notre culture et de nos traditions. Une révélation simple mais, universelle s’est imposée d’elle-même. En évoquant le contenu de mes actuels repas, je me suis découvert une forte intolérance aux aliments que j’avais pour habitude de beaucoup consommer depuis mon enfance. Ces aliments que mes parents ne connaissaient pas avant leur arrivée en France, me posaient aujourd’hui un réel problème. Je pouvais dorénavant faire le lien entre l’ingestion de ceux-ci et les nombreux symptômes qui pouvaient en découler.

J’ai tenté de remédier aux différentes défaillances, avec l’appui de ce médecin, par le démarrage d’un rééquilibrage alimentaire adapté. Il n’y avait pas de mesure précise à prendre pour connaître l’intégralité des perturbateurs alimentaires. Je me référais uniquement à mon ressenti pour savoir quelles substances je devais limiter dans mon alimentation.

Entre temps, une hospitalisation en endocrinologie, au CHU Henri Mondor à Créteil, était prévue pour élucider le problème hormonal possiblement lié aux glandes et, notamment à la glande hypophysaire quasiment inexistante à l’imagerie. Une semaine d’hospitalisation forcée mais, nécessaire à mon apprentissage et celui de mon médecin atypique.

Le verdict est tombé à la fin de semaine. En endocrinologie, toutes les mesures effectuées ne présentaient aucune anomalie. Un nouveau paradoxe inexplicable. Toutefois, cela pouvait arriver selon les dires de la chef de service. Les hormones pouvant fluctuer d’une semaine à l’autre, il pouvait être difficile de mesurer précisément les baisses relativement légères. Concernant ma glande hypophysaire, elle fonctionnait parfaitement malgré sa petite taille puisqu’elle jouait son rôle de chef d’orchestre en influençant, comme il se devait, les autres glandes qui avaient été testées.

Quelques jours plus tard, mon foie présentait des valeurs sanguines acceptables et dans les normes, sans aucune explication véritable. La seule chose que j’avais modifiée, c’était l’arrêt des aliments qui me posaient problème quelques semaines auparavant.

Mon alimentation avait-elle pu mettre en souffrance mon organisme qui luttait continuellement contre une sorte d’empoisonnement alimentaire depuis des années ?

Si oui, depuis quand ?

Pourquoi n’avais-je pas compris cela auparavant ?

Comment cela a-t’il pu arriver ?

Pourquoi précisément les aliments que j’avais pour habitude de manger ?

Quel a été le déclencheur de cette sensibilité alimentaire ?

Mon origine ethnique ?

Une difficulté d’adaptation physiologique à ces aliments ?

Une insuffisance bactérienne ?

L’hydroxyde d’aluminium que contenait le vaccin anti-hépatite B ?

La souche de ce même virus ?

La présence des nombreux vaccins aluminiques accumulés dans mon organisme depuis mon enfance jusqu’à ce jour ?

Il était véritablement temps de noter, qu’à ce moment précis, un muscle mourait lentement dans ma jambe gauche et d’autres étaient sur le point de faire de même. Je ne dormais que très difficilement la nuit et, m’endormais d’épuisement pendant la journée, parfois même en voiture.

Lorsque je regardais dans quel état je me trouvais allongé sur le lit, je me demandais encore comment faire pour tenir debout. Les muscles de mes jambes avaient subi des déformations inquiétantes. Et, je savais bien que la médecine ne pouvait plus m’aider. J’avais déjà été condamné, d’une certaine façon, par les neurologues les plus réputés.

Alors, que faire de plus ?

Que faire de plus dans cet état à vingt-six ans ?

J’avais déjà acheté une canne pour marcher un peu plus longtemps dans les rues mais, je devais envisager les choses différemment. Une décision importante fut prise en concertation avec Jacqueline. Il fallait que je déménage afin que je puisse m’économiser car la maison dans laquelle je vivais n’était pas de tout repos. Le médecin que je côtoyais était pour la préservation de mon patrimoine musculaire et me prescrit la location d’un fauteuil roulant manuel en attendant les avancées médicales et futures découvertes. Toutefois, déplacer mon propre poids à l’aide de mes bras, risquait d’altérer ce qu’il me restait de mes membres supérieurs. J’étais obligé de faire appel aux bras de Jacqueline pour la plupart de mes déplacements en fauteuil de plus de cinquante mètres. Elle devait faire usage de sa force pour déplacer mes quatre-vingt-deux kilogrammes de carcasse. Et, ce n’était certainement pas une partie de plaisir de déplacer son meilleur ami sur un fauteuil roulant.

Que rajouter de plus ?

Un cercueil pour m’y reposer ?

Une chose me semblait peu à peu terrifiante, j’avais le sentiment profond que c’était pour moi la dernière année que j’envisageais d’être debout, sur mes deux jambes. Malheureusement, le processus dégénératif n’était pas près de s’estomper. Toutefois, mon rééquilibrage alimentaire commençait à modifier quelque peu certaines de mes sensations.

Etait-ce réellement un bon présage ?

 

Des Découvertes Captivantes

 

J’ai découvert par simple observation que ces manifestations que je nommais « intolérances alimentaires » avaient un impact direct sur mon humeur, sur mon agacement, sur mon irritabilité, sur mes idées noires, sur mes violences intellectuelles, mes pulsions sexuelles…

Mais, n’est-ce pas logique ?

J’y voyais de plus en plus clair. J’étais devenu très rapidement beaucoup plus lucide sur la compréhension de mon environnement, de mes pensées, de mes désirs, de mes actes, de mes croyances. Je comprenais intuitivement certains mécanismes physiologiques sans forcément le besoin d’y réfléchir. Je les ressentais et les traduisais, seul dans mon coin.

Comment était-ce possible ?

Comment ces données pouvaient-elles s’intellectualiser d’elles-mêmes dans mon esprit ?

Certaines substances alimentaires vont déclencher des réactions chimiques et métaboliques. Des modifications ont lieu tout d’abord dans nos intestins ainsi que dans notre cortex cérébral. Probablement que la sécrétion de certaines hormones pourrait indirectement avoir une incidence sur notre bien-être, sur notre comportement, sur notre acuité. Je ressentais profondément ces nombreuses manifestations en fonction de ce que je pouvais manger et j’ai fini par conclure avec une certaine logique. Nous sommes ce que nous ingérons, cela devenait évident et, je n’étais probablement pas programmé ou alors, j’étais désormais totalement déprogrammé pour m’alimenter comme je le faisais auparavant ; comme mes parents l’avaient appris et me l’avaient enseigné, de même sorte que la société moderne m’en avait finalement persuadé.

Les hormones sont essentielles à l’équilibre de notre organisme et, en fonction des stimuli, qu’ils soient alimentaires ou bactériens, les hormones varient d’intensité et nous dirigent donc de manière potentiellement variable.

Les aliments avaient un impact direct sur mes réflexes, mes idées, mes pulsions. Le phénomène que je percevais pouvait allègrement expliquer mes modifications comportementales en société, mes maladresses, mes confusions mentales et mes dérives sociales. A force d’analyser comment mon corps réagissait, j’ai pu mener certaines expériences et comprendre le fondement de mes interrogations. J’étais devenu mon propre cobaye, mon propre médecin.

Il n’est toutefois ni recommandé ni légitime dans nos sociétés de faire d’autodiagnostic. Cependant, j’ai appris à mieux m’observer, à me faire confiance, et j’ai surtout réellement été en mesure d’apprendre quelque chose d’utile cette fois-ci. Notre corps nous montre sans doute des signes évidents que nous ne prenons que trop peu en compte. Il ne tenait qu’à moi d’y prêter un peu plus d’attention. J’ai enfin pu découvrir que mon organisme me parlait depuis bien longtemps. Cette découverte m’amena à comprendre, identifier et, à interpréter de nombreux maux physiques et intellectuels que j’ai progressivement réussi à atténuer. Je commençais à me rapprocher de l’idée que certaines personnes véritablement atteintes par un trouble psychique pourraient amenuiser leurs symptômes en adoptant une hygiène alimentaire qui leur correspondait. En tous les cas, cela fonctionnait pour la plupart de mes désagréments et, je n’étais certainement pas le seul être humain à souffrir de mes aliments.

J’avais souffert pendant des années de migraines, de troubles de la vue associés, ainsi que de violentes douleurs cervicales qui, jusqu’ici, avaient été mises sur le compte d’un vieil accident de motocycle. Jusqu’ici, je n’avais pu être soulagé des lésions cervicales et des raideurs dont j’étais victime. Une chose étrange se déroula pendant mes expériences d’évictions alimentaires. Le simple fait de supprimer le lactose et la caséine de lait de mon alimentation a résolu cette problématique. Il me suffisait de m’écarter de tous les produits laitiers qui faisaient partie de mon quotidien et je pouvais articuler la tête dans toutes les directions et ce, de manière optimale.

Je me suis également aperçu que j’avais réussi à supprimer la bagatelle de quatre-vingt-dix pour cent des douleurs neuropathiques diffuses dont je souffrais alors que les médecins qui avaient tenté de les diminuer par des antidépresseurs n’avaient obtenu aucun résultat.

Comment était-ce possible ?

Comment des scientifiques, des professeurs, des médecins, ayant étudié la médecine pendant des années n’ont-ils pas su me soulager ?

Comment y suis-je parvenu ?

Il semblerait que le lactose et les produits laitiers soient devenus facteurs aggravant de la douleur, à priori dans mon cas. Un facteur aggravant d’une souffrance digestive, bactérienne puis, cellulaire.  Peut-être que c’est l’incapacité de dégradation des protéines par mon organisme qui empoisonnerait mon système en relâchant des molécules inflammatoires ou d’autres agents pathogènes dans mon sang, dans mes fluides, jusqu’à entraîner des douleurs inqualifiables.

Le lactose et la caséine se transformeraient donc en poison potentiellement mortel de par ses conséquences mais, surtout douloureux pour un organisme qui ne peut l’assimiler. Provoquant de cette manière une multitude de symptômes, une multitude de dérèglements. Je comprenais alors un peu mieux pourquoi, dans certains rayons de supermarchés, apparaissaient des produits spécifiquement prévus pour une certaine frange de la population avec l’appellation « sans lactose ».

Mais, comment cette population a-t-elle été définie ?

Je suis devenu un peu plus curieux, ouvert et aux aguets du moindre mouvement qu’offrait la vie. Ainsi ma capacité d’analyse me permettait progressivement d’élaborer des théories simples sur la source des problèmes que je rencontrais et, de tirer des conclusions très intéressantes sur mes propres expériences, sur mes profonds ressentis.

J’ai découvert et réalisé que l’alimentation était le fondement même de notre santé. C’est elle qui a construit qui nous sommes devenus et ce dont nous nous sommes composés depuis notre venue au monde. En fonction de nos origines ethniques et géographiques, nous avons dû nous adapter et nous alimenter différemment de nos voisins. Mais, les choses se sont compliquées sur de nombreuses générations d’êtres humains dès lors qu’ils ont décidé de transformer le contenu originel de nos aliments. Le patrimoine génétique de l’homme varie selon l’environnement dans lequel il évolue, son patrimoine bactérien également. Celui de sa mère n’échappe pas à cette règle et, c’est le système immunitaire de notre mère que nous détenons à l’origine, depuis la naissance.

A ce titre, la femme présente aujourd’hui un nombre de désagréments important qu’elle soit enceinte ou non. Je me suis rendu compte que les multiples problèmes de peau chez les femmes convaincues que leur solution se trouvait dans les produits cosmétiques ne faisaient que s’aggraver. Nos partenaires pouvaient considérablement améliorer leur santé en privilégiant certains aliments plutôt que d’autres. Elles pourraient ainsi considérablement améliorer la santé du bébé, encore à l’état de fœtus, en privilégiant leur bien-être par une nourriture saine et adaptée. Mais, il n’en est rien aujourd’hui.

J’ai pu constater que l’herpès chez les femmes ayant une prédisposition à faire de multiples poussées, disparaissait totalement et sans récidive, en supprimant totalement le gluten de leur alimentation.

Pour quelle raison ?

Je ne l’avais pas encore bien compris. Je l’ai simplement constaté par observation quotidienne avec mes proches.

Avec un certain pragmatisme, je me suis inscrit dans une démarche de distinguer ce qui pouvait fonctionner de ce qui fonctionnerait moins. Il me suffisait d’ouvrir un peu plus les yeux sur ce qui nous entourait et, d’effacer tout ce que l’on m’avait appris jusqu’ici.

 

Des Effets Délétères

 

Les effets des produits laitiers sur mon organisme étaient très nombreux : pannes musculaires, douleurs articulaires jusqu’à l’immobilisation complète d’un membre, spasmes musculaires récurrents, migraines récidivantes, douleurs oculaires, sensibilité épidermique avec gênes au moindre contact, démangeaisons, constipations chroniques, troubles de la vue, éruptions cutanées, fuites urinaires, sècheresse de la peau, irritabilité excessive.

De plus, l’épiderme de certaines parties intimes de mon corps se dégradait et semblait vieillir prématurément. Des plaques blanches suivies de pellicules se formaient à de nombreux endroits, avec quelques reliefs cutanés sous des surfaces bien précises.

Le lactose et la caséine de lait n’étaient bien évidemment pas les seuls responsables et provocateurs de ces apparitions hasardeuses. Je pouvais difficilement isoler tous les éléments qui perturbaient mes fonctions en une seule journée mais, je découvrais peu à peu une panoplie de défaillances liées directement à ce que je mettais dans mon assiette et, cela devenait irréfutable.

Des plaques en forme d’auréoles étaient bien apparues sur mon crâne, mon visage, sous ma barbe et d’autres parties très intimes. Ma peau devenait horriblement sèche jusqu’à se décrocher et tomber en fines pellicules puis, progressivement, en gros fragments de peau. C’était souvent quelques heures après certains repas riches en matières vraisemblablement non digestes.

J’ai profité de multiples symptômes cutanés apparents pour consulter des médecins dermatologues afin d’élucider ces quelques mystères mais, ils restaient circonspects à l’idée de m’en dire plus. Les différents traitements dermatologiques auxquels j’ai eu droit après consultation ne faisaient que masquer temporairement le problème. Les manifestations épidermiques persistaient comme tout le reste des symptômes. Impossible d’imaginer trouver une solution efficace, j’en devenais fou et me demandais sans cesse à quoi pouvaient servir certains de ces hommes que nous appelions nos médecins.

Comment étaient-ils formés ?

A quoi ?

Ce n’était pourtant pas des choses les plus compliquées ce que je demandais lors de mes consultations. Je ne parlais stratégiquement plus de mes problèmes musculaires, ni de ma fatigue, ni de mon extrême irritabilité. Je mettais en avant très simplement les manifestations sur ma peau qui me gênait et s’effritait.

Malheureusement là non plus, personne ne semblait pouvoir me répondre, ni m’aider. Mis à part faire une recherche de Lupus qui s’est avérée négative, je n’ai pas eu beaucoup d’arguments pour m’orienter sur une voie de recherche plus adéquate.

Je me demandais sans cesse :

« A quoi servent ces dizaines de milliers d’euros que nous dépensons en qualité de malades si aucun traitement pour nous soigner n’est finalement possible ? »

Je finis par comprendre, après toutes ces démarches pour me faire entendre, après toutes ces dépenses inutiles pour tenter de me soigner et toutes ces rencontres infructueuses, que le monde dans lequel nous vivons entretient toujours des logiques matricielles auxquelles nous nous sommes simplement habitués.

Votre quotidien en est d’ailleurs pourvu de multiples exemples :

Bien souvent, lorsque votre peau souffre, c’est qu’elle est alimentée par un poison ou peut-être même plusieurs. Ces poisons sont fabriqués par votre organisme ou fabriqués par les aliments et différents toxiques avec lesquels vous êtes en contact au quotidien.

Les crèmes pour la peau et les principes actifs qu’elles contiennent ne font que masquer superficiellement les réactions épidermiques. Ces manifestations deviennent généralement chroniques sans que vous ne puissiez vous en rendre compte, du fait de votre accoutumance.

Ce phénomène est très simple à expliquer en réalité mais, nous n’avons pas observé le problème depuis le meilleur angle de vue car nous ne pensons qu’à ingurgiter pour nous nourrir et exister tel que nous l’avons appris jusqu’ici.

Nous connaissons aujourd’hui les travers de l’industrie pharmaceutique avec cette incroyable puissance dont elle dispose pour affecter notre crédulité à travers nos vecteurs de communication et nos nombreux médias. J’ai ainsi découvert une logique que je ne pouvais imaginer mais, juste comprendre.

L’industrie pharmaceutique nous donne perpétuellement l’impression que leurs nouvelles créations fonctionnent afin que nous achetions les produits ventant les mérites que nous avons l’obligation de croire, en touchant leurs probants résultats du bout des doigts. Mais, au final le problème ne sera pas résolu, il deviendra simplement récurrent. Nous reviendrons en pharmacie et en parapharmacie pour en acheter de nouveau. Nous renouvellerons l’opération encore et encore. C’est ce que la majorité d’entre nous faisons dès que nous cherchons à nous soigner, à nous améliorer.

Mais, pourquoi sommes-nous si crédules ?

Sommes-nous stratégiquement formatés à croire ce que nous écoutons ?

Des individus sont en effet rémunérés des fortunes pour nous faire adhérer à l’idée que l’industrie pharmaceutique soigne, voire même, guérit. Nous appelons ce procédé : le lobbysme pharmaceutique. De nombreux médecins sont ainsi dupés par ces systèmes car ils offrent une logique à ceux qui les étudient en faculté de médecine. Ils étudient une matrice prédéfinie qui sert les intérêts de ceux qui les financent. C’est d’une logique sans conteste.

Le Gluten de Blé

 

Le gluten, qui semble être un mélange de protéines contenues dans de nombreuses céréales, était bien évidemment le deuxième grand élément responsable de mes maux inexpliqués et malheureusement, j’en trouvais un peu partout. Il y en avait dans les jambons, les confitures, les charcuteries, les farines, les chips, les petits pois en conserves, les bonbons, le chocolat, les crustacés préparés en barquettes, des boissons alcoolisées ou non et, bien entendu dans tous les produits que j’avais l’habitude d’acheter en magasin.

Les réactions étaient bien plus évidentes, plus rapides et beaucoup plus gênantes que celles liées aux produits laitiers. Malgré le soin apporté à la préparation de mes repas, j’étais constamment contaminé et ce, depuis de nombreuses années par ce mélange de protéines qui m’empoisonnait par accumulation, due à mon évidente incapacité à la digérer. J’avais toutefois beaucoup de mal à comprendre le processus de cet empoisonnement systématique et terriblement douloureux.

Après avoir isolé le gluten, j’ai réalisé que mes bouffées de chaleur, sensations de fièvre, troubles de l’équilibre, brûlures musculaires, maux de gorge, nausées, vomissements,  remontées acides récidivantes, toux de grand fumeur, paralysies partielles des membres, rhinites permanentes, éruptions cutanées multiples, diarrhées et, fuites anales étaient liées à cette substance très controversée que je mangeais chaque jour, pensant véritablement bien faire comme on me le recommandait jusqu’à présent pour entretenir ma musculature en déclin. Je présentais alors tous les symptômes aggravés d’une Poliomyélite.

Jusqu’ici, les médecins nous recommandent de manger du pain pour parfaire notre santé et, les panneaux publicitaires en vantent les mérites à chaque instant. Vraisemblablement, peu de gens intolérants semblent envisager l’importance d’éviter tout produit contenant du gluten dans leur alimentation quotidienne alors qu’ils sont devenus incapables de le digérer.

Et pour cause, cet élément qu’on retrouve en grande quantité dans le blé à l’origine, tout comme dans d’autres céréales, ne semble avoir que peu d’intérêt nutritif pour l’organisme humain dans sa forme actuelle, puisqu’il ne peut, à priori, pas être dégradé correctement dans nos intestins. Cela semble se vérifier d’une manière plus qu’évidente dans mon cas, au vue des multiples complications que je rencontre.

Mais, suis-je le seul ?

Il a toutefois un intérêt nutritif pour l’industrie agroalimentaire sans aucun doute, au détriment parfois de l’agriculteur lui-même. Notre industrie en augmente la fabrication de masse, en vante les mérites et les incorpore dans tous les plats préparés que nous mangeons pour mieux s’enrichir au détriment de notre santé avec les accords des pouvoirs publics. Sans que nous ne soupçonnions quoique ce soit à son sujet, les gouvernements valident son utilisation constante. C’est bien évidemment compréhensible puisque, plus il y en a en vente, plus il devient logique d’en acheter, donc cela doit être bon pour notre santé puisque c’est en vente libre dans nos commerces et, qu’il n’est pas interdit d’en consommer.

Tout compte fait, peut-être que personne n’est réellement équipé pour correctement dégrader cette énorme quantité de protéines dans ses intestins tout au long de sa vie, sans en souffrir un jour.

Pourquoi donc s’entêter à la commercialiser avec de nombreux autres produits potentiellement toxiques que nous connaissons ?

Dans mon cas, s’il entre dans un processus digestif en même temps qu’un produit laitier, c’est l’implosion à retardement mais, sans compte à rebours palpables.

Les différents troubles rencontrés par l’association de ces deux éléments dans nos assiettes sont incroyablement explicites et révélateurs. J’étais devenu une bombe à retardement et ce, dans tous les sens du terme : sensation de fièvre récurrente, hypersensibilité épidermique, troubles psychotiques avec modification de l’humeur et pulsions criminelles, plaques et pellicules, perte de cheveux, pertes de poils, apparition de cellulite dans les fessiers, éruptions cutanées douloureuses. Les localisations de ces dernières sont d’ailleurs très souvent les mêmes. Comme si elles respectaient une cartographie précise.

Des substances blanchâtres pouvaient apparaître dans les selles avec une odeur très incommodante et très caractéristique. Elles disparaissent complètement après la suppression totale du gluten de blé.

Je finis par comprendre que mes remontées acides, très invalidantes étaient elles aussi une résultante logique d’une intolérance au gluten et aux produits laitiers. En définitive, la moindre sensibilité alimentaire me conduisait à subir des remontées acides invalidantes avant d’autres nombreux troubles. Evidemment, aucun traitement n’a été utile jusqu’ici pour soigner ces désagréments puisqu’aucun traitement n’existe en réalité.

La médecine conventionnelle me tourna peu à peu le dos et réfutait mes arguments. Elle ne voulait pas admettre qu’il y avait un lien entre mon état et mon système digestif. Je décidais donc à mon tour de tourner le dos à la médecine.

Après avoir décidé de supprimer le gluten de tous mes repas, mon estomac avait retrouvé ses fonctions principales. Je pouvais enfin digérer les aliments que j’introduisais dans ma bouche. Je ne toussais plus comme tous ces vieillards abîmés que l’on pouvait découvrir dans les films de vieux westerns. Plus aucune toux de grand fumeur n’était à déclarer à présent. Plus aucune remontée acide dans mon œsophage. Je pouvais à nouveau discuter sans tousser, sans incommoder le peu de gens que je croisais et surtout, sans en souffrir.

Ceci étant, je m’apercevais autour de moi que de plus en plus de gens semblaient être concernés par ces remontées acides récurrentes et ces raclements de gorge désagréables. Pour ces quelques petits symptômes incommodants, l’industrie pharmaceutique avait déjà trouvé le moyen de nous rassurer en mettant au point les antiacides. Il existe une multitude de ces produits qui camouflent les effets gênants d’une éventuelle intolérance alimentaire et, nous sommes de plus en plus nombreux à en consommer chaque jour, avant, pendant et après les repas.

Pourquoi acceptons-nous de compenser nos défaillances ainsi ?

L’un d’entre nous se poserait-il la moindre question ?

Il semble devenu évident de devoir se procurer beaucoup de régulateurs d’acidité pour continuer de manger comme les autres. Nos systèmes digestifs sont de plus en plus agressés par l’alimentation moderne, ou ce que j’appellerai plutôt poison insidieux industriel. Il est donc logique de voir apparaître toutes sortes de médicaments pour palier à ces défaillances. Toutefois, consommer trop d’antiacides peut se révéler nocif pour notre organisme. Certains d’entre eux d’ailleurs, pourraient contenir de l’aluminium pour augmenter leur efficacité.

Alors, pourquoi infliger cela à nos systèmes ?

Pourquoi ne pas faire preuve de logique pour se débarrasser de nos maux ?

Pourquoi ne pas éviter, tout simplement, de les provoquer par nous-mêmes ?

Les aliments que nous mangeons devraient être décomposés par des procédés naturels dans notre système digestif. L’équilibre devrait être ainsi préservé sans artifice compensatoire médicamenteux.

Mais, il n’en est rien à l’heure actuelle. Nous passons notre temps à malmener nos systèmes en y ajoutant les nouvelles créations de nos puissants industriels : celles qui vont augmenter le pouvoir sucrant, celles qui modifieront une texture rugueuse pour la rendre plus moelleuse, celles qui donneront une couleur plus attrayante à nos plats, celles qui limiteront la dégradation naturelle d’un produit pour en augmenter la durée de conservation, celles qui en définitive augmenteront les profits.

Le gluten de blé possède de nombreuses propriétés mais, semblerait dégrader nos intestins dès lors que notre capacité enzymatique se voit altérée ou diminuée. Principalement, lorsque les parois digestives de l’hôte sont fragilisées par une maladie auto-immune. L’éviter reste d’une évidente évidence lorsque l’intolérance est avérée et, que le tube digestif n’est plus capable de l’apprécier ou de l’éliminer. L’intolérance mène bien souvent à la maladie ou à l’aggravation de celle-ci. La maladie auto-immune peut s’engendrer d’elle-même sur un terrain défectueux, dès lors que l’on se permet de l’alimenter et de mettre en marche un pernicieux cercle vicieux.

 

L’Infernal

 

Il était évident que, malgré toutes les qualités que l’on pouvait énumérer à mon sujet, je disposais autant de lacunes, de tares, d’aberrations, de vices cachés qui allaient progressivement ternir mon existence en société ainsi que la vie de celles et ceux qui m’entouraient.

A commencer par mes parents qui ont pu découvrir à quel point je semblais si insensible à chacune des faiblesses de mes plus proches. Je jouais dans la grande cour des paradoxes affectifs. J’étais à la fois dévoué pour aider celles et ceux que je venais de rencontrer et, à la fois capable de me montrer indifférent face à la détresse de mes propres parents.

En réalité, il m’était devenu presqu’inévitable de reproduire consciemment les dérives que je subissais, du moins, dans le sens dans lequel je les avais perçues. Ma douleur de vivre était si forte que chaque évènement nocif, que je pouvais subir, alimentait mon besoin de créer un comportement négatif afin d’engendrer malgré moi encore plus de peine à ceux qui avaient de la considération à mon égard.

Malgré tout le soin que je portais à l’idée de rester socialement attrayant, cet engrenage morbide finissait par toucher mes cercles de vies extérieurs, mes noyaux sociaux, mes noyaux affectifs. En véritable bombe à retardement, j’étais devenu un homme bon sous tous rapports en apparence mais, avec une gâchette facile recouverte d’un tissu délicat.

Mes sourcils noirs et angulés étaient les premiers marqueurs de mes mécontentements. Ils se fronçaient si facilement que cela faisait partie intégrante de mon regard. Mon visage était dessiné comme tel, avec ses plis réguliers qui dissimulaient mon humeur massacrante. Me voir sourire semblait surréaliste. Je ne supportais déjà plus rien, du moins pas grand-chose.

Le moindre toussotement, le moindre rire intempestif, la moindre erreur de français me rendait furieux. Je ne pouvais autoriser à quiconque les erreurs que je m’efforçais moi-même de ne pas commettre. Et encore moins aux jeunes femmes qui ont fait partie de ma vie : elles ont été contraintes de subir l’inacceptable à mes côtés. J’étais devenu un véritable fou parmi les fous, je ne supportais rien, absolument aucune erreur ne pouvait se glisser dans mon intimité…

Comment pouvait-on imaginer passer du temps à mes côtés ?

J’étais devenu un individu bourré de tares comportementales, comme  beaucoup d’autres.

Mais, peut-être étais-je finalement devenu bon à enfermer ?

Mon exigence était disproportionnée. Mieux que ça, moi qui ne supportais rien, j’étais moi-même devenu insupportable.

Dans notre monde moderne, il existe certaines personnes avec qui il est presque inutile de tenter de cohabiter. Certains individus sont capables de vous rendre coupable de leur état d’agacement dû à leur manque de liberté. Par perversion ou manipulation inconsciente résultant d’un probable traumatisme latent, ces personnes transpirent une souffrance telle qu’elles en deviennent désagréables dans leur communauté intime. Incapables de faire preuve d’autodiscipline, leurs visages évocateurs provoquent un profond sentiment de malaise.

Une communauté d’individus capables de faire état d’une image réjouissante face aux yeux d’un environnement inconnu, éphémère ou en dehors de toute intimité connue.

Des personnes qui, lorsque nous nous en approchons, sont capables de nous faire sombrer dans une culpabilité morbide qui s’entretient d’elle-même une fois la machine lancée et qui finira par vous affecter et vous assombrir…

…Je faisais partie de cette triste communauté avec ce visage amer, sans saveur, dépourvu de la moindre retranscription émotionnelle positive, surtout lorsque j’étais entouré de mes plus proches.

Pourtant, une personne a su prendre ce risque et résister aux intempéries. Une personne a su se donner la peine de composer, en toute connaissance de cause, avec nombreuses de mes dérives.

Elle a su faire confiance à ma volonté de résister et d’avancer sachant que mon avenir était incertain et que notre amitié pourrait s’en voir considérablement altérée. Elle a pris la peine de compenser mes défaillances autant qu’elle était en mesure de le faire. Lorsqu’il fallait que je marche, elle venait m’aider. Lorsque je me sentais idiot, elle venait me dire ce que j’avais besoin d’entendre. Par ses mots, elle me guidait et par ses gestes, elle me soutenait lorsque je me retrouvais en lourde difficulté motrice. Elle a réussi à apprivoiser la gestion du fauteuil roulant après de fortes négociations pour que j’accepte d’être assis dessus en public. Elle a su vaincre les nombreux détracteurs psychologiques pesants qui auraient dû l’éloigner d’un ami aussi terrifiant à appréhender qu’à gérer. Elle s’est investie comme personne n’aurait pu le faire et a su participer à l’amélioration de mon état en me préservant parfois de faire la cuisine. Elle tentait régulièrement de me préparer de délicieux mets dépourvus de sucre, de gluten, de produits laitiers et de toutes les formes de toxiques auxquels je semblais sensible. Elle avait compris et observé les différents processus et, mettait du cœur à apprendre pour mieux m’aider à compenser. Je pouvais enfin me reposer sur quelqu’un sans aucune arrière pensée.

 

 

Les Réactions Inflammatoires

 

J’étais sur le point d’atteindre mes vingt-sept ans et, je commençais tout juste à comprendre que mon long parcours médical, semé d’embuches et de paradoxes, était lourdement faussé par un apprentissage formaté. Je me suis souvenu que, lorsque j’étais plus jeune, je souffrais de boursouflures sur les doigts, comme si le sang ne circulait plus et comme si le flux se bloquait au niveau de mes articulations. Mes mains surchauffaient et me faisaient ressentir une terrible douleur. Le tout était accompagné de démangeaisons sous-cutanées me donnant une irrésistible envie de m’arracher la peau.

J’éprouvais le besoin de perforer mes petites bulles cutanées avec des aiguilles, en imaginant que celles-ci se résorberaient une fois vidées de ce qu’elles contenaient.

Mais, que contenaient-elles ?

A force de percer, je voyais apparaître du sang mais, également du liquide lymphatique. Ma mère m’avait emmené voir un médecin à cette époque qui a déclaré que ce devait certainement être le Syndrome de Raynaud. Il me prescrivait pendant quelques semaines une crème qui devait fluidifier la circulation sanguine, pour mieux faire circuler le sang dans les artères, les veines et les capillaires. Cela semblait faire son effet mais, ce procédé restait un grand mystère pour le jeune adolescent que j’étais.

Je me suis contenté de ce diagnostic pendant des années jusqu’à ce que le problème réapparaisse après avoir réintégré les viandes dans mon alimentation. Lorsque je consommais de la viande bovine, mes mains brûlaient puis devenaient douloureuses aux contacts et à la moindre pression. Ce phénomène se répétait et s’amplifiait pendant que mes doigts se verrouillaient.

Mes mains dégageaient tellement de chaleur que je pouvais réchauffer n’importe qui à distance. Comme si des petites flammes invisibles provenaient de mes mains. Les jeunes femmes, qui passaient encore du temps en ma compagnie, appréciaient beaucoup cette sensation les soirs d’hiver. Mais, cet atout très séduisant, pour réchauffer et réconforter celles qui en avaient besoin, dissimulait quelques phénomènes inquiétants car il n’y avait pas que mes mains qui restaient incroyablement chaudes.

Cela commençait à progressivement me nuire. La nuit, j’allais jusqu’à tremper mes draps de sueur. Le jour, j’avais l’envie d’arracher mes vêtements tellement je ne pouvais supporter leur contact. J’étais bien plus qu’un radiateur, j’étais une sorte de centrale thermique à énergie continue.

Plutôt qu’un don, cela semblait être en réalité une réaction inflammatoire exagérée. C’est probablement pour cela que je dégageais rapidement de la chaleur après avoir terminé chacun de mes repas. Mon organisme se mettait en surchauffe, comme si je me consumais à l’intérieur.

Il m’était en effet difficile de manger des viandes bovines sous peine que je ne puisse plus bouger les doigts, que mon corps se mette à chauffer et, que mes veines gonflent exagérément comme si on y injectait un vasodilatateur très puissant. C’était sans compter une panoplie d’autres désagréments plus ou moins effrayants.

Avec le recul, je ne trouvais plus rien d’étonnant à cela compte tenu du nombre de toxines et d’additifs que l’on retrouve dans nos viandes bovines fabriquées et conditionnées en masse par l’industrie agroalimentaire.

Quelle serait le déclencheur de cette sensibilité qui est la mienne ?

L’hydroxyde d’aluminium ?

Les vaccins ?

Les antibiotiques des bovins ?

Des bactéries inadaptées ?

En considérant que cette inflammation se mobilisait dans mes mains, cette réaction pouvait être liée à une série de molécules inflammatoires transportées par mon sang vers mes membres et très certainement partout ailleurs où le plasma sanguin avait la capacité de circuler à travers les artères, veines et capillaires. Mes différents fluides transportaient probablement de nombreux assemblages protéiques qui se révélaient toxiques pour l’intégralité de  mon organisme.

Cela me donnait quelques indices très précieux sur les différentes facettes de ma personnalité, en fonction des repas que je me concoctais. Je pouvais devenir plus ou moins tolérant, plus ou moins agressif, plus ou moins sincère ou compréhensif.

Mais, pourquoi une telle réaction s’opérait-elle ainsi ?

Une maladie auto-immune pouvait-elle me conduire dans une telle condition à cause d’un système immunitaire défaillant ou exacerbé ?

Une hyperperméabilité intestinale pouvait-elle être responsable de ces symptômes, en amont d’une maladie dégénérative ?

La Myofasciite à Macrophages était-elle le syndrome déclencheur de départ ?

La seule solution que j’avais trouvée jusqu’ici était la suppression totale des produits animaux industriels ou non qui ne semblaient pas compatibles avec ma constitution.

J’avais ainsi amélioré mon état général sur le plan articulaire, cutané, digestif et musculaire. Tout portait à croire que je n’étais donc plus disposé à manger de la viande quelque soit sa qualité sans devoir en souffrir. En définitive, je n’étais plus capable de digérer la plupart des aliments que je m’efforçais de manger quotidiennement. Peut-être que ce problème était déjà survenu au cours de mon adolescence, voire même ma plus tendre enfance. Mon système immunitaire aurait peut-être déjà été préconfiguré par les premières vaccinations à base d’adjuvant aluminique ; celui-ci se mettant en défaut lors de la présence inhabituelle de toxines, de matières non digestes ou de bactéries bovines dans mon organisme. Peut-être que les souches virales de ces vaccins m’ont amené à fabriquer des anticorps spécifiquement dirigés contre certaines molécules que transportaient mon sang après un repas riche en toxiques alimentaires. Les processus de digestion et le fonctionnement du système immunitaire me semblaient de plus en plus complexes. Je recommençais à m’interroger malgré moi sur ces phénomènes inexpliqués mais véritablement captivants.

Pourquoi avais-je soudain décidé d’arrêter de manger de la viande à l’âge de mes neuf ans ? Comment cette décision fut-elle prise ?

Si toutefois j’avais été atteint d’un syndrome post-vaccinal durant mon enfance, aurais-je pu y résister pendant tant d’années ?

Comment aurais-je pu le savoir ?

Mon organisme m’envoyait-il déjà des signaux que je n’ai su interpréter durant mon adolescence ?

Etait-il possible que j’eus pris la décision d’arrêter d’ingérer ces viandes, non pas par dégoût ni contexte religieux mais, simplement pour me préserver sans même en être conscient au préalable ?

Comment réellement le savoir à postériori ?

La seule chose que je pouvais remarquer, c’est qu’après avoir réintégré ces viandes, je me retrouvais dans une condition de santé globale difficile avec une anomalie digestive inflammatoire chronique sans explication scientifique réelle et, sans aucun remède efficace pour me soulager. Ce déclencheur inflammatoire devait agir en synergie avec d’autres probables éléments potentiellement toxiques. Ce que je pouvais en déduire n’était qu’une série de questionnements.

L’accumulation de molécules inflammatoires dans l’ensemble de mon organisme n’aurait-elle pas pu avoir une incidence directe sur le processus d’assimilation des nutriments et, par conséquent, sur la construction et la destruction de mes fibres musculaires à l’usage ?

Evidemment que cela semble être possible.

Mais, comment expliquer la dégradation de ceux-ci ?

Mon système immunitaire n’aurait-il pas été considérablement déréglé par un ou plusieurs facteurs extérieurs en considérant ses propres cellules comme des intrus ?

Nous savons désormais que certains aliments biologiquement retravaillés ne peuvent pas être digérés correctement, en raison d’une incompatibilité bactérienne. C’est une évidence et, il est inutile de continuer d’essayer de le prouver. Des enzymes digestives et un équilibre bactérien sont nécessaires pour transformer la nourriture que nous ingérons en éléments assimilables par notre système. Si notre capacité enzymatique et bactérienne est altérée ou diminuée, nos aliments deviennent potentiellement dangereux pour notre système digestif qui peine à les identifier et à les traiter. De cette manière, l’organisme n’a certainement plus d’autre choix que de lutter pour éliminer les déchets ou ce qu’il considère comme étant des intrus.

Par l’élevage intensif d’animaux comestibles, nous avons réussi à bannir l’arrivée de certaines maladies bactériennes par l’ingestion massive d’antibiotiques ; Malheureusement, nous avons par la même occasion permis à de nouveaux germes devenus bien plus virulents et résistants si l’Homme devait être infecté.

Certains agents pathogènes pourraient réellement mettre en difficulté les calculs de nos machineries jusqu’à rendre, peut-être, progressivement nos propres cellules à l’état d’antigène. Ces antigènes que nos anticorps se feront un plaisir d’identifier comme étant des intrus et, que les macrophages se feront un plaisir de phagocyter. Nous pouvons ainsi imaginer une multitude de possibilité pour expliquer l’inexplicable et ce que la science moderne n’ose pas encore approfondir.

A moins qu’elle ne l’ait déjà fait ?

Cela parait pourtant évident d’y porter un intérêt, compte tenu du nombre croissant de personnes atteintes de maladies auto-immunes qui pourraient voir leurs symptômes réduire en prenant simplement conscience qu’ils disposent de moyens simples et logiques pour y parvenir et pour se préserver.

Notre Médicament, Notre Alimentation

 

Après avoir survolé quelques-uns des plus dangereux destructeurs alimentaires de mon quotidien, je me suis rendu compte que ces produits, sont justement ceux sur lesquels je prenais un malin plaisir à m’arrêter. Ceux qui étaient les bienvenus dans mon assiette à n’importe quel repas et peu importe l’heure. Comme si mes intestins m’ordonnaient de manger ce qui ne pouvait que me faire le plus grand mal à mon insu.

Comment expliquer qu’avec de tels aliments, un étonnant mais intense plaisir se faisait ressentir dès le début de la mastication, comme si cette nourriture m’apportait du réconfort, comme si cette nourriture me satisfaisait au plus haut point ?

Comment expliquer ce sentiment d’être drogué, même à l’odeur de ces produits ?

Comment anticiper pour éviter les énormes et systématiques problèmes physiologiques que je rencontrais dès la fin de chaque court plaisir gustatif ?

D’atroces douleurs, des troubles de la vue virulents, un manque d’équilibre véritablement contraignant se manifestaient immédiatement et systématiquement. J’étais maladroit et désorienté, il me fallait m’isoler et redescendre m’allonger dans ma chambre à l’abri des regards car il n’y avait plus rien d’autre à faire mis à part souffrir.

Entre les défaillances de concentration, l’altération évidente de ma compréhension, un surmenage incohérent, un désordre émotionnel intense, une lenteur exagérée, une hypersensibilité auditive excessive et, cette lourde incapacité à moduler mon hyperactivité cérébrale, je me sentais comme un cadavre ambulant, avec des similitudes de contraintes intellectuelles proche d’un malade atteint d’Alzheimer ainsi que des difficultés contractiles et vibratoires d’un malade atteint de Parkinson.

Jacqueline était le seul témoin, même à distance, de ces terribles conséquences et, il ne restait plus grand-chose à faire mis à part attendre plusieurs heures, voire plusieurs jours avant que je refasse surface. Elle attendait patiemment, mais non sans inquiétude, que je revienne de l’enfer et que je prenne mon téléphone pour lui articuler quelques mots. Elle attendait que je revienne à la vie avec la peur sans doute, qu’un jour, je ne revienne plus, car un accident pouvait vite arriver dans ces conditions.

Ces atroces souffrances pouvaient durer jusqu’à deux semaines après un seul repas. Et, pendant ce temps, ma vie était interrompue. Impossible de faire autrement que d’éviter mes détracteurs alimentaires pour ne pas avoir à ternir le précieux partenariat amical que j’entretenais avec Jacqueline. Je préférais bien souvent m’isoler plutôt que de décevoir par un maladroit comportement agressif. Pendant ce temps, reclus chez moi, j’analysais mes conclusions mentales.

La liste des ingrédients nocifs commençait à s’agrandir au fil de mes ressentis. Je découvris, qu’au-delà des facteurs aggravants communs aux nombreuses pathologies auto-immunes, comme la caséine de lait et le gluten, que j’étais sensible à d’autres produits dont les appellations m’étaient alors que trop peu connues comme l’aspartame, la phénylalanine et d’autres additifs alimentaires.

Des vertiges, avec douleur abdominale et l’envie d’aller aux selles étaient de véritables révélateurs. Parfois, ces troubles étaient accompagnés de bouffées de chaleur et douleurs musculaires, notamment aux insertions tendineuses, sous les muscles fessiers lorsque j’étais assis ou, sous les avant-bras lorsque ceux-ci étaient posés sur le bord de mon bureau.

Mes muscles semblaient moins bien tolérer la pression. Je me rendais compte que les produits que je devais éviter faisaient en réalité partie intégrante de tous les produits que je consommais régulièrement, en toute confiance sans me douter que je continuais de m’empoisonner. De ce fait, j’ai malgré mon état essayé de faire preuve de bon sens. Lorsque je lisais les étiquettes sur les produits que je me procurais au supermarché, je prêtais une attention toute particulière aux possibles contaminants et possibles allergènes qui y étaient indiqués.

Une question toute bête s’imposa :

Pourquoi certains allergènes connus sont précisés sur les paquets ?

Pour informer les personnes allergiques, nous sommes d’accord…

Mais, pourquoi certaines autres molécules sont indiquées comme étant potentiellement nocives alors que l’on n’en a jamais entendu parler officiellement ?

Que font-elles sur les étiquettes si elles sont potentiellement nocives ? Que font-elles dans ces aliments ?

Comment ces allergènes récurrents ont-ils été identifiés ?

Une autre question m’est venue :

Pourquoi avoir créé des produits, puis des rayons entiers estampillés « sans gluten et sans lactose » dans les magasins alimentaires ?

Y a-t-il des raisons pour qu’un certain nombre d’entre nous soit sensible à ce que nous achetons quotidiennement dans ces supermarchés ?

Pourquoi faire de cette transparence une grande illusion ?

Pourquoi n’avons-nous jamais été avertis ?

N’y aurait-il pas d’autres substances qui seraient potentiellement préjudiciables pour nos organismes ? Peut-être bien…

Je me suis d’ailleurs retrouvé en difficulté lors d’une banale journée que j’ai passée chez moi en toute décontraction. Ce jour là, une assommante fatigue m’a écrasé avec des difficultés cognitives qui n’avaient pas lieu d’être, vu le soin tout particulier que j’accordais à chacun de mes repas.

Je me suis senti différent,  avec des vertiges semblables à ceux qui surviennent lors de l’absorption de produits laitiers et du gluten mais, sans être exactement de la même intensité.

Je n’ai pas eu d’autre choix que de faire la liste de tout ce que j’avais mangé ou touché au cours de cette journée, afin d’isoler l’élément qui aurait pu me nuire pendant cet instant précis.

Il ne restait qu’un élément que je n’avais pas pris la peine de contrôler : un simple petit bonbon rafraîchissant. J’ai alors pris la boîte, je l’ai retournée et j’ai pu lire avec attention la liste des ingrédients qui y étaient mentionnés.

J’ai aperçu un terme que je ne connaissais pas encore, le mot maltodextrine. Cela ne me semblait pourtant pas nocif sur le papier.

Et, pourtant ?

En décortiquant un peu, le mot était facilement divisible en deux.

Etait-ce un dérivé du blé ?

Je n’avais pas vraiment le choix, je me suis mis à réfléchir, à théoriser et j’ai vite réalisé que je devais ajouter une nouvelle substance hybride sur ma liste d’ingrédients à éviter. Mon corps semblait fermer la porte à tous les toxiques potentiellement nocifs pour l’homme et, à toutes les formes d’aliments hybrides que l’homme avait pris le temps de modifier à travers ses cultures.

Evidemment, cette sensibilité alimentaire ne nous concerne pas tous.

Et si c’était le cas ?

Que savons-nous sur tous les additifs alimentaires et toutes les substances que nous ingérons malgré nous, parce que nous ne sommes pas ou trop peu informés ?

Peut-être que certaines défaillances humaines pourraient bien être évitées si nous faisions des recherches approfondies, de réelles recherches indépendantes. Et, peut-être bien que certaines de ces recherches ont déjà été faites sans que nous le sachions, sans que nous n’en connaissions les résultats.

Le Rhume Éternel

Ma mémoire me revenait par bribes. Des souvenirs d’enfance n’ont pas tardé à me remémorer ces douze années de ma vie passées à me vider les sinus chaque jour, du matin au soir, été comme hiver, sans une once de répit. J’étais en quelque sorte une fontaine de mucus nasal plus de onze mois par an. J’étais toujours enrhumé avec une sensation d’obstruction importante des muqueuses comme si j’étais en permanence grippé avec des rhinites chroniques désagréables.

Les diverses consultations médicales avaient précisé que cela devait être dû à une simple allergie environnementale comme au pollen, à la poussière, aux acariens, ou bien à une réaction nerveuse induite par un stress important de mon organisme, probablement engendré par moi-même. J’avais peut-être toutes les raisons d’être stressé par mon environnement familial mais, j’avais surtout véritablement l’air d’être porteur du virus de la grippe, comme il est décrit, avec tous les symptômes les plus incommodants que l’on puisse imaginer.

Aucune solution ne m’a été proposée et, j’ai dû poursuivre mon parcours scolaire puis professionnel tout en supportant mes journées d’étude dans cet état. On me préconisait de bien me couvrir. Mais, cela n’y changeait rien. J’avais tout le temps chaud, des bouffées de chaleur et les symptômes étaient curieusement beaucoup plus importants chaque été.

J’étais tellement gêné par mon nez et mon système respiratoire que je n’ai même pas pu me présenter le deuxième jour d’examen lors du passage du  Brevet des Collèges.  Raison évidente pour laquelle, je n’ai pas pu l’obtenir…

La solution partielle à cette maladie mystérieuse de l’époque, je  l’ai découverte par hasard avec mon expérience d’aujourd’hui, en supprimant ces fameux éléments nutritifs : le gluten, le lactose, la caséine de lait, les maltodextrines, les sulfites, les viandes industrielles, le maïs, l’aspartame et nombreux autres aliments de mon alimentation. La solution venait partiellement de ma nourriture, à priori.

Mais comment aurais-je pu le savoir à cette époque ?

Comment un état grippal pouvait être déclenché à partir de l’ingestion quotidienne des aliments avec lesquels mes parents pensaient me nourrir ?

Et, pourquoi moi ?

Indubitablement, au jour d’aujourd’hui, je respire mieux. L’inflammation de mes intestins semble réduite, mon hyperacousie s’est atténuée, mon extrême nervosité a disparu, mon foie est moins surchargé et, les analyses sanguines confirment mes ressentis. Mes reins semblent mieux fonctionner également et certaines de mes douleurs dorsales ont disparu. Mes organes principaux semblent avoir beaucoup souffert de cette déferlante de toxiques alimentaires mais, sont toujours capables de fonctionner et, de manière optimale aujourd’hui, à condition que je n’introduise pas de nouveau l’un de ces insidieux perturbateurs.

Actuellement, la moindre erreur dans mon protocole alimentaire me conduit vers des maladresses tant physiques que verbales. Mon corps redevient alors celui d’un enfant où l’équilibre n’est pas encore au point, ce qui altère sensiblement la précision de mes gestes. Même les mots ne sont plus correctement prononcés, ce qui  néglige le sens que je souhaite donner à mes phrases les plus élémentaires.

Grâce à cette vigilance de tous les instants, l’aspect général de ma peau se maintient, ma vue s’est enfin stabilisée, les migraines ont totalement disparues ainsi que mes douleurs cervicales. Je peux à nouveau avoir des rapports sexuels avec les femmes et me relever après une éjaculation. Certains défauts persistent parfois mais, ils sont très vite oubliés maintenant que je prends enfin du plaisir à être un homme parmi les femmes.

Je note, malgré toutes ces améliorations, que mes muscles continuent de se désagréger à une allure déroutante par moment. Notamment, lorsque je suis dans une période de fatigue très avancée et, que je les sollicite pour me déplacer. Comme aujourd’hui par exemple sans je ne puisse y faire grand-chose, en dehors de les économiser en les laissant totalement au repos.

C’était devenu évident pour moi, un simple écart alimentaire semblait accélérer le processus dégénératif et augmentait les défaillances physiologiques. Jacqueline savait que j’étais contraint à une alimentation et un environnement strict pour me conserver dans de bonnes conditions et, elle faisait tout son possible pour que ce soit le cas lorsque nous sortions. Je disposais dès lors du meilleur outil de diagnostic élémentaire pour mesurer ces variations : moi-même.

Mon corps était devenu un véritable détecteur de toxiques au détriment de ma propre santé. Tout ce qui ne pouvait me convenir m’était révélé au moindre contact salivaire. Comme lorsque nous passons nos doigts sur le feu avant que la douleur nous suggère très fortement de retirer notre main et, nous le faisons par réflexe avant que la première couche d’épiderme soit brûlée. Malheureusement pour moi, une fois l’aliment toxique ingéré, je me consume de l’intérieur jusqu’à la sortie complète de celui-ci par les voies d’évacuation.

Est-ce que l’aluminium accumulé dans mes tissus a pu affecter le bon fonctionnement de mes enzymes digestives ?

Tout restait encore à prouver et je n’étais pas encore équipé pour mesurer cela.

Vivre chez mes parents devenait difficile en raison de l’espace restreint pour circuler et des escaliers que je devais monter puis descendre. Il fallait que je trouve un espace de vie adapté dans lequel je pourrais exister sereinement, sans perturbateur, sans contrainte, sans appréhension…

 

Une Image à Toutes Épreuves

Ma vie était devenue un véritable enfer depuis maintenant huit ans. Hanté par des douleurs musculaires, neurologiques et digestives. Diminué par des troubles cognitifs et une fatigue sans commune mesure. Mon quotidien était devenu le cauchemar que je n’aurais jamais osé faire. Et, ceci fut caché en moi durant de nombreuses années uniquement parce que je ne savais ni comment l’exprimer ni comment l’interpréter. Sur le papier, je semblais paraître un homme idéal. J’aimais me rendre utile et j’étais doté d’un certain talent concernant l’art d’improviser une cuisine saine, sympathique et savoureuse… J’aimais faire le ménage, la vaisselle mais, en fin de compte, ces actions me permettaient très égoïstement de m’évader. Je n’avais rien d’exceptionnel en réalité, cela faisait partie de mes nombreuses tares que de devoir m’exécuter…

Heureusement, je n’étais pas seul. Je disposais d’un véritable moteur pour réenvisager ma vie et mon avenir de manière un peu plus équilibrée parmi les miens. Jacqueline me suggérait de me rouvrir au monde pour me faire de nouveaux amis, pour faire de nouvelles rencontres. J’avais bien décidé de surpasser mon handicap invisible malgré les nombreux détracteurs sociétaux auxquels je devais déjà faire face et, Jacqueline l’avait bien compris. Elle me soutenait profondément dans cette démarche sociétale.

Le handicap n’est pas forcément ce que nous imaginons. Un homme malade n’est pas forcément ce que nous percevons. Un fauteuil roulant manuel ou électrique, un malvoyant avec sa canne blanche, un unijambiste,  verrouillent notre idée du handicap alors que la Sclérose en Plaques, les allergies environnementales, la Spondylarthrite Rhumatoïde Ankylosante, la Mucoviscidose, la maladie d’Alzheimer, la Myofasciite à Macrophages nous rappellent à l’ordre et nous remettent en question sur notre savoir et nos tristes a priori.

Nous sommes aujourd’hui dans une société où nous cherchons à attribuer une case à chaque personne, chaque particularité, chaque différence. Tout doit être ainsi répertorié sans même prendre en considération l’intégrité humaine.

Est-ce réellement possible ?

Je ne pense pas.

 

Le Handicap Social

Une fois concernés par une situation de handicap imperceptible et non compensable,  nous sommes amenés à subir des douleurs invisibles et permanentes qui semblent naturelles, tant elles sont présentes et s’accommodent de notre quotidien. Inutile de pleurer, de se plaindre ou de grimacer.

Ce qui semble démesuré pour certains, nous le vivons autrement. Non pas pour nous faire violence aux yeux des autres mais, simplement parce que nous n’avons pas d’autre choix que de vivre avec nos défaillances. On ne peut que s’imaginer ce que serait une journée sans douleur. Une journée où l’on pourrait sourire de ne plus rien ressentir. Chaque individu a l’opportunité de vivre son mal à sa façon, avec sa propre échelle de mesure. Je me suis souvent posé cette question en me demandant si j’avais mérité la vie que je mène à présent.

Mais, en fin de compte, qui mérite de vivre une belle existence ?

Comment pourrait-on les définir ?

Faudrait-il que nous le fassions ?

Ne devrions-nous pas être tous égaux ?

Malheureusement, nos expériences passées, nos traumatismes, notre éducation nous différencient face à la douleur, à la maladie et, à notre perception de celle-ci. Nos sociétés ont largement contribué à fabriquer des différences d’opinion, d’approbation, de constat et d’analyse. Toutefois, le fond d’un homme malade est sensiblement proche de celle d’un enfant timide.

L’isolement reste souvent la seule porte de sortie dans les moments où la sensibilité demeure trop forte parce qu’il est difficile de l’exprimer sans être moqué. Nous préférons nous cacher derrière les portes, derrière les murs pour nous préserver du jugement et s’éviter de franchir les limites de la tolérance ou de la honte.

Il est intéressant de constater que personne ne possède les mêmes limites. De plus, ces frontières évoluent au fil du temps, des années, de nos expériences.

Le handicap social, le handicap affectif, le handicap physique, le handicap environnemental, sont bien trop lourds à appréhender par ma propre famille. A commencer par ces paradoxes, tantôt je suis assis sur mon fauteuil roulant, tantôt je suis debout. Tantôt j’utilise ma canne, tantôt je m’en sépare pour toucher un semblant de liberté.

Alors comment pourraient-ils comprendre la nécessité de ces accessoires d’aide à la mobilité si je suis aussi souvent capable de me tenir debout et de me déplacer ?

Si un jour ils ont pu me voir assis puis, quelques temps plus tard debout, ils valideront l’idée que mon état s’améliore. Ils seront convaincus de cette définition car, c’est bien l’apprentissage et la compréhension du sens de ces images qui les orientent ainsi.

Serait-ce réellement logique de croire au sens de cette évolution telle qu’elle s’illustre ici alors qu’il s’agit d’une maladie dégénérative ?

Entre ceux qui comprennent l’utilité de m’économiser et ceux qui comprennent qu’il s’agit bien plus qu’un simple handicap mais d’une perverse maladie, je me dois de redoubler de vigilance quant à mes justifications verbales pour créer une compréhension adéquate. Je dois alors jouer avec les mots et les images mentales pour que chacun puisse identifier ce que je leur suggère d’imaginer.

Beaucoup me demande pourquoi je ne me sers pas de mon fauteuil quotidiennement s’il y a réellement légitimité à ce que j’en possède un. Je dois avouer que répondre à cette question pervertit parfois mon raisonnement et mes explications.

Comment pourrais-je leur expliquer que l’intérêt de ce fauteuil est de réduire la fatigue mais, surtout limiter la perte musculaire ?

Comment leur expliquer de manière cohérente que ce sont les muscles que j’utilise le plus qui perdent en efficacité, en volume, en galbe et en force ?

Comment leur expliquer qu’envisager l’utilisation de mes bras pour déplacer la totalité de mon poids seul sur ce fauteuil roulant, réduira ma capacité à les utiliser de manière équivalente à l’avenir ?

Bien entendu qu’ils ne peuvent le percevoir car ce n’est absolument pas palpable tant que mes vêtements recouvrent mon corps.

Mais, dois-je me promener entièrement nu pour satisfaire leur curiosité et corrompre leurs croyances ?

Mes particularités alimentaires rendent les choses de plus en plus difficiles. Pour me préserver, je dois redoubler d’efforts pour éviter le moindre contact avec les poisons que j’ai pu identifier jusqu’ici. Je dois limiter l’introduction du moindre déchet que mon corps ne saurait gérer correctement. La meilleure façon de m’alimenter de manière sécurisée demeure lorsque je cuisine moi-même ou que ma plus fidèle amie prend le relais. Jacqueline a bien compris les processus auto-immuns et les manifestations comportementales que certaines erreurs culinaires peuvent engendrer chez moi.

Je comprends dorénavant les dérives de notre système économique et alimentaire ainsi que les croyances les plus absurdes auxquelles nous avons adhéré en toute quiétude.

Ma vigilance est désormais des plus accrues pour répondre, survivre et m’adapter à cette dégénérescence. Les talents culinaires, que je cultive depuis l’âge de mes quinze ans à force d’observer mon père, m’ont été d’une aide précieuse pour anticiper ce nouvel art de m’alimenter sans préjudice physiologique.

Je me suis rapproché des aliments sauvages les plus accessibles, ceux utilisés sur l’Ile Maurice bien avant ma venue au monde par mes prédécesseurs. J’ai pu les adapter à mes goûts, mes envies, ainsi qu’à mon nouveau rythme de vie.

Je manie maintenant avec précision la plupart des ingrédients que je peux introduire en les préservant de ceux qui, par simple contact, risqueraient de me contaminer et rendre ma vie temporairement impossible.

 

Une Douleur Incessante

 

Une progressive envie de combattre la douleur par la souffrance elle-même était née. Je m’obligeais à fonctionner certains instants jusqu’en rupture fonctionnelle pour connaître mes contraintes et définir mes limites. Je voulais  simplement souffrir de ce qui pouvait me paraître logique. Je maintenais mon corps en activité jusqu’à volontairement trop en faire pour avoir mal, pour avoir une raison légitime d’exprimer ma souffrance. J’avais constamment besoin de vérifier ce que le mot « douleur » voulait dire. Mais, je faisais évidemment fausse route, je ne pouvais pas prendre soin de moi de cette manière.

Je voulais être libéré de tout ceci, je voulais rêver sans la moindre contrainte. Malheureusement, tous les rêves de liberté se financent par l’argent. En dehors de la simple idée, se distingue la faisabilité par les moyens :

Le transport, le contexte, les besoins, tout nécessite d’être financé dans nos sociétés modernes.

Et, je ne disposais que de peu d’argent pour satisfaire mes quelques désirs de vie en communauté alors, je me suis moi-même exclu de mon environnement.

Le handicap n’est pas une mince affaire, dès lors qu’il est acquis à l’âge adulte. Bien qu’il puisse être en partie exploitable ou compensable, le vivre au quotidien est un nouvel apprentissage sur soi, sur les éléments, sur l’expérience humaine. Il faut le déchiffrer, le comprendre, l’apprivoiser,  le connaître dans ses moindres aspérités pour mieux l’appréhender et le combattre si l’on s’inscrit dans une bataille aussi légitime qu’elle puisse être.

Dans notre société actuelle, il faut bien souvent compenser par l’argent car toute mobilisation inhabituelle nécessite des dépenses supplémentaires. L’alimentation spécifique, les transports, les accessoires, les traitements hors nomenclature, deviennent de véritables pièges à portefeuille.

Pas d’activité professionnelle, pas de salaire, pas de moyens, pas d’existence libre avec le handicap. Comment se faire apprécier en communauté sans avoir les moyens dont nous avons besoin pour correspondre aux modèles sociétaux ?

Que vont finir par penser ma famille, mes amis, mes anciens collègues si je reste dans l’errance ?

Que penseront-ils du combat que je mène ?

Que penseront-ils de la légitimité à ce qu’une personne partage la vie d’un homme malade ?

L’administration, les demandes diverses, le manque d’énergie lié à la maladie restaient lourds à porter. L’énergie résiduelle était sans cesse gaspillée dans l’inutile. La création de nouvelles relations s’était restreinte à cause du handicap généralisé. J’ai pu noter à cet effet, que la société semble se diviser :

Les personnes valides se différencient des personnes handicapées sans aucune légitime raison apparente, ou seulement pour des incompatibilités contextuelles.

Pourtant lorsque notre propre famille proche est touchée par un handicap visible et connu, nous sommes bien capables de l’accepter la plupart du temps, sans état d’âme, sans raisonnement, sans questionnement.

Mais, une fois sorti du contexte familial, nous nous efforçons de répondre à des critères sociétaux et nous rangeons les individus dans des cases. Nous ne sommes plus capables de considérer visuellement le handicap, il nous ferait presque honte. Nous sommes souvent gênés au contact de celui-ci et nous nous en moquons avec maladresse parfois pour amuser la galerie. Nous cherchons sans raison à dédramatiser les situations et les contextes dans lesquels nous nous retrouvons malgré nous pour tenter de faire bonne figure aux yeux de nos voisins.

Nous regardons de haut celui qui se trouve assis sur son fauteuil roulant et nous faisons mine de ne pas le voir afin de lui éviter qu’il ne se reflète dans notre regard évident de fausse compassion.

Nous ne savons pas réellement comment procéder autrement que par ces processus de mimétisme induits par nos sociétés. Nous nous contentons d’une attitude hypocrite à l’égard de ce que nous ne comprenons pas parce que nous ne sommes pas directement concernés, ou parce que nous ne voulons pas comprendre car nous ne sommes pas correctement formatés à cette compréhension. L’image inhabituelle d’une diminution des capacités humaines, entraînant un handicap, une incapacité ou une défaillance, semble nous dépasser dès lors que cela concerne un individu que nous avons connu valide et que nous avons étiqueté comme tel.

Alors que nous accordons une attention toute particulière aux prouesses que peuvent vivre nos voisins, nous sommes devenus incapables d’éprouver le moindre intérêt ou la moindre considération face à la détresse de nos plus proches dans le besoin.

Mais, l’Homme n’aurait-il pas déjà perdu la plupart de ses aptitudes humaines en dépit de son évolution ?

Ne s’est-il pas foncièrement amputé lui-même de ses propres capacités ?

 

Dans les Yeux du Myopathe

Je suis convoqué à l’hôpital pour y subir une batterie d’examens et, pour finalement  apprendre que toute activité physique me sera à l’avenir fortement proscrite. Je me doutais bien qu’un verdict tomberait en ce sens sachant ce que j’endurais au quotidien depuis quelques années déjà. J’ai vu mes muscles souffrir et j’ai pu les sentir mourir.

Cela commençait à devenir très gênant de devoir demander à Jacqueline de m’accompagner faire les courses et de s’occuper de la gestion du caddie au supermarché. Jusqu’ici, je n’avais besoin de personne mais, elle a découvert l’homme que je suis devenu sous des coutures qui ne devraient pas exister. Mais, elle a su le faire en toute simplicité tout en m’incitant à l’accepter. Ce que j’ai tenté de faire en vain.

Le handicap est une simple notion qui fait partie de notre entourage, comme une simple donnée qui se glisse parmi nous mais qui n’est pas acceptée. Qu’il se soit glissé dans notre famille ou parmi nos amis, il peut apparaître dans notre entourage professionnel, chez nos partenaires et nos amis que nous le considérions ou non.

Le handicap reste, dans beaucoup d’esprits, encore un sujet tabou à ne pas aborder. On ne veut pas le voir, on ne veut pas l’accepter, on ne veut pas en parler. Pourtant beaucoup de choses se sont mises en place en France et dans de nombreux pays pour le rendre visible et compréhensible.

Aujourd’hui, les entreprises commencent à réagir et envisagent de prendre en considération cette problématique. Depuis la loi de février 2005, les entreprises françaises sont lourdement pénalisées si elles ne remplissent pas un certain quota de proposition d’emploi en faveur des personnes reconnues handicapées. Cela fait bien entendu plus de sujets à soulever dans les journaux ou dans les médias. Une communication naturelle se déclare désormais entre les concernés.

Mais, pourquoi seulement aujourd’hui ?

Sommes-nous devenus plus nombreux sur nos territoires ?

Le Handicap ne deviendrait-il pas un produit de consommation industriel ?

Les coûts prohibitifs pour l’entreprise et, l’augmentation du chômage chez la population concernée par le handicap, font réagir les troupes. Mais, il est bien malheureux de constater que ce soit ce type de raisons qui pousse à réfléchir puis réagir…

Malheureusement, cela a toujours été. C’est bien lorsque nous sommes en rupture avec notre monde que nous envisageons une porte de sortie. En attendant, les individus qui ne sont pas répertoriés resteront dans l’ombre et demeureront invisibles jusqu’à ce que l’on décide de leur accorder le privilège d’exister.

 

Le Handicap est un Leurre

Lorsque nous parlons de handicap, nous visualisons ou imaginons, bien souvent, un individu ayant perdu l’usage d’un de ses membres ou ayant terminé une partie de sa vie avec quelques défaillances de mobilité, suite à un accident de la route par exemple.

Nous imaginons l’individu vivant son quotidien en fauteuil roulant, avec un appareillage adapté ou un accessoire de compensation. L’erreur réside essentiellement ici, dans cette mesure où l’imagination se limite à ce que nous avons appris de cet état. Pourtant, le handicap existe sous une multitude de formes que nous ne connaissons pas. La plupart d’entre elles sont invisibles.

Nous pourrions penser que la majorité des situations handicapantes se définissent par l’absence de mobilité. Il est vrai que c’est majoritairement ce que nous pouvons distinguer. Toutefois, la mobilité réduite ne se résume pas à la présence unique d’un fauteuil roulant. Une canne est également une aide à la marche lorsque la personne peut encore se tenir debout. Il en est de même pour une prothèse articulaire. Une personne pourra perdre l’usage d’un de ses membres supérieurs par exemple, et paraîtra encore parfaitement valide dans un contexte donné. L’image générique que nous associons au handicap est bien évidemment erronée par la culture que nous en faisons.

En effet, l’image du handicap est entretenue par nos conversations, et le manque de sensibilisation dont nous sommes responsables chacun à notre niveau. Les diverses associations de lutte contre des maladies touchant la motricité elles-mêmes cultivent cette aspérité en n’utilisant que très peu d’images nouvelles sur les handicaps que nous ne connaissons pas encore et qui parasitent le quotidien de nombreux d’entre-nous.

Lorsque ces associations veulent sensibiliser, elles utilisent des images de personnes de tous âges essentiellement en fauteuil roulant. Nous remarquerons principalement la présence d’enfants malades, handicapés, aux corps déformés pour faire état de certaines de ces pathologies, qui ne touchent pourtant pas nécessairement que des enfants mais, aussi bien  de nombreux adultes laissés dans l’ombre… Ces nombreux enfants qui ont pu grandir mais qui doivent aujourd’hui assumer leur existence dans la pénombre sans aucune reconnaissance évidente, leur pathologie étant venue briser leurs rêves d’enfant et d’adulte.

Nous pouvons noter la responsabilité des associations à fort potentiel médiatique sur nos capacités de compréhension erronées. Dans ce type d’associations, les fonds récoltés sont normalement utilisés pour aider, soutenir, accompagner, tenter de sauver des individus malades et affaiblis tels que je le suis devenu. En utilisant le vecteur « recherche » pour atteindre les objectifs prédéfinis, elles rendent légitime leur existence. C’est ainsi que nous le percevons, de là où nous sommes assis devant notre vecteur d’informations préféré : notre télévision.

Un individu lambda, parfaitement valide et intégré dans son système sociétal, ne retiendra que l’image de l’enfant malade et de son désespoir à l’écran.

Pourquoi l’adulte ne profite-t-il pas lui aussi de cette reconnaissance ?

Pourquoi ne peut-il pas s’exprimer librement sous le statut que l’on lui attribue ?

Peut-être que certains d’entre nous y réfléchissent déjà pour que toutes les personnes qui sont concernées puissent aussi apparaître dans les campagnes de sensibilisation à partir desquelles elles pourront finalement s’identifier sans crainte d’être jugées. Malheureusement, beaucoup se taise sur leurs maladies et les différents handicaps qui en découlent pour ne pas devenir des individus à plaindre, parce qu’ils ne font tout simplement pas partie du rang. Bien qu’ils ne pourront de toute façon pas être plaints au même titre que les enfants.

Mais, pourquoi cette crainte ?

De quoi avons-nous véritablement peur ?

De l’opinion des autres ou bien de la nôtre ?

Pourquoi une telle complexité pour vivre en communauté ?

Notre société inscrit chaque individu dans des systèmes de codes à respecter. Et malheureusement, au fil des générations, ces conventions sont devenues des repères de références officiels que nous ne pouvons que trop peu déroger.

Lorsque notre maladie n’apparait pas dans les livres, nous ne sommes  pas malades. Lorsque notre handicap n’est pas explicitement inscrit dans un texte médicalement éprouvé ou décrit par une association reconnue d’utilité publique, nous ne sommes pas concernés par le handicap. Ainsi, nous pouvons certainement comprendre pourquoi si peu de gens s’expriment sur les gênes éprouvées au cours de leur vie.

Ces codes sont des aberrations que l’Homme continue de créer pour engranger de nouveaux systèmes déshumanisés… En parallèle, nous continuons de vanter les mérites de certaines institutions qui se disent avancer concernant la sensibilisation sur le handicap et l’accessibilité, notamment en France.

L’actualité met aujourd’hui le doigt sur la notion du handicap en entreprise et dans nos villes. Toutes les démarches annoncées de simplification et de facilitation du retour à l’emploi pour chacun d’entre nous, sont revendiquées jour après jour pour nous rassurer.

Malheureusement, au delà des écrits, il reste encore beaucoup de travail à accomplir sur le fond et, principalement sur un élément essentiel, le genre humain qui semble vraisemblablement avoir que peu évolué. L’Homme est perverti par ce qu’il devient et, par ce qu’il a créé. Il ne reste que le profit pour le diriger et, il ne peut plus se distinguer désormais sans l’argent dont il est le maître créateur.

Il semble évidemment y avoir beaucoup de travail à réaliser pour parler d’une réelle évolution concernant l’humanité. Trop peu d’individus ne sont encore capables de comprendre la notion d’une défaveur sociale, du handicap, de la moindre défaillance motrice, physiologique ou bien de la maladie qui pourrait en être à l’origine. Les images qui nous entourent ne nous aident ni à les identifier ni à les intégrer. Hormis pour celles et ceux qui ont pu éprouver à titre personnel une diminution de leur propre capacité de vie, ou à travers celle de leurs proches.

L’enseignement n’y fait rien. Si nous n’avons pas conscience de la difficulté, nous sommes loin de pouvoir comprendre cet état de fait. Nous le savons, bien souvent, pour prendre conscience d’une chose dans un contexte donné, il nous faut le vivre nous-mêmes…

 

Conclusion Précaire

 

Au-delà de mon injustice personnelle, règne une injustice permanente et mondialement connue mais, sans cesse dissimulée, orchestrée par ces institutions très puissantes auxquelles nous faisons confiance en toute transparence et de plein gré. Beaucoup de maux semblent avoir été dissimulés durant des décennies. Beaucoup de malades sont d’ores et déjà morts à cause de pratiques expérimentales et, nous acceptons de l’entendre car tout semble jusqu’ici justifiable pour le profit.

Au fil de mon expérience et de mes rencontres, une étrange lucidité vient me hanter, avec des images du passé, des phrases qui me parasitent, des mots qui m’amènent vers une compréhension logique du monde qui nous entoure. Une toile se dessine enfin naturellement dans mon esprit et me révèle tous les travers auxquels j’ai été confronté depuis ma jeunesse, toutes les aberrations que j’ai pu entendre, soulever et même prétendre. Je me rends compte d’une gigantesque absurdité dont j’ai fait partie, dont j’ai été un engrenage essentiel à son bon fonctionnement, tout comme vous.

De nombreux morts, de nombreux crimes et les causes de nouvelles maladies émergentes nous ont été dissimulés et, continueront de l’être grâce à nous, parce que nous validons cet apprentissage et que nous transportons avec hâte cette compréhension au travers de nos croyances. Le vaccin anti-hépatite B avait provoqué d’énormes dégâts auxquels je ne croyais pas moi-même lorsque j’en ai eu vent. Je faisais partie de ceux qui disaient que ce n’était pas possible et que c’était infondé car la médecine évoquait le contraire. Je tenais ce discours parce que c’était bien celui-ci que j’avais appris au cours de mon éducation infantile. J’avais malgré moi pris ce temps d’intellectualiser les informations que l’on me fournissait dans le sens dans lequel je devais le comprendre et ce, depuis ma naissance.

Sur de nombreux sujets, j’étais devenu dur en affaires et je maintenais toujours mes positions parce que je tenais mon opinion solide de la bouche des médecins et de différents professeurs que j’avais soigneusement écoutés. Impossible de m’en faire démordre. De plus, j’avais cette habile capacité à convaincre les autres grâce au poids de mes mots, au caractère de ma voix et de ma conviction apparente.

Je pouvais faire croire n’importe quoi à n’importe qui parce que mon physique imposant inspirait la confiance et la certitude. Le message pouvait ainsi passer d’une bouche à une oreille, d’une oreille à une autre bouche, jusqu’à de nombreux autres qui, tout comme moi, deviendraient de redoutables porte-paroles et diseurs de vérité efficaces, tellement ils seraient eux-mêmes convaincus que leurs propos sont justes et justifiés.

Quoi de plus convainquant qu’un convaincu pour convaincre son voisin ?

Aujourd’hui mon discours semblerait invraisemblable. Je suis dorénavant devenu un malade de ce que je ne croyais pas, de ce que je n’ai jamais voulu entendre. Il est désormais plus que plausible que cette campagne de vaccination anti-hépatite B ait déclenché ma pathologie dégénérative et atypique. Mais aujourd’hui il est certain, que j’y crois ou non, que je le veuille ou non, que je suis devenu un véritable malade de l’Etat qui avait orchestré lui-même cette habile recommandation vaccinale.

Tous les indices logiques convergent vers l’idée que cette seringue, remplie d’organismes génétiquement modifiés, d’un virus atténué et de son adjuvant aux sels d’aluminium, soit une sorte de bombe à retardement biologique qui a su faire un travail remarquable en termes d’altération de mes propres cellules musculaires, et peut-être même celles de mon foie qui a prouvé ses défaillances pendant de nombreuses années.

Est-ce que la sensation d’empoisonnement que je ressens depuis des années est liée à l’intoxication aux métaux présents dans le vaccin anti-hépatite B ?

La dégénérescence musculaire qui me concerne est-elle d’origine auto-immune ?

Est-ce que cette sensation serait aggravée par la toxicité des aliments que mon corps ne pouvait plus supporter en raison des réactions immunitaires engendrées par les particules vaccinales ?

Cette sensibilité alimentaire, n’a-t-elle pas été exacerbée ou finalement déclenchée par le vaccin anti-hépatite B lui-même ?

Comment départager mes interrogations ?

Comment les formuler et les dissocier ?

Est-ce lié à l’alimentation de mon terrain par les différents toxiques et organismes génétiquement modifiés qui y ont pu s’introduire ?

Est-ce lié à un empoisonneur chimique comme l’hydroxyde d’aluminium ou le mercure ?

N’est-ce pas plutôt la synergie entre ces deux facteurs environnementaux qui se révélerait explosive de par leur affinité potentielle ?

Cette accumulation de déchets serait le déclencheur d’une complexe réaction en chaîne entraînant un déséquilibre monstrueusement préjudiciable pour l’homme que je suis, me conduisant progressivement vers le cercueil d’un mort-vivant. D’un point de vue enzymatique, bactérien, hormonal, neurologique, immunitaire, mon enveloppe charnelle ne me correspond  plus.

Tous les dérèglements infondés dont je suis victime trouveraient leur explication dans cette petite seringue dont mon organisme n’avait nulle besoin pour vivre. A cause de laquelle désormais, je dois compenser pour survivre de manière erronée dans un monde où tout ce qui m’entoure me semble irrationnel.

Suis-je entrain de devenir fou ?

J’ai continué mes investigations pour comprendre pour quelle raison soudaine ma concentration était en baisse ; et pourquoi je perdais systématiquement la mémoire quelques minutes après avoir effectué une action basique ou le moindre effort soutenu.

Mes troubles cognitifs ont pu être confirmés par une scintigraphie cérébrale révélant une conséquence typique de la vaccination anti-hépatite B qui se retrouverait dans d’autres cas mesurés au CHU de Créteil. D’autres patients présentaient une atteinte similaire dans le cadre d’une Myofasciite à Macrophages. Ce qui a pu ainsi limiter la folie dans laquelle je croyais tomber, sans pour autant me rassurer.

Je perdais la mémoire plusieurs fois par jour. Je ne savais plus ce que je faisais au moment précis où j’étais sur le point de m’exécuter. Je n’arrivais plus à me concentrer sur un simple texte, sur un tableau, sur un film, sur une simple conversation à table. Je devenais fou, instable et désorienté. Je finis par penser et croire que j’étais réellement prédestiné à mourir génétiquement de cette maladie si peu connue, si peu comprise. Les recherches ADN n’avaient pourtant rien révélé de suffisamment significatif pour décrire ce phénomène dégénératif. Mon patrimoine génétique ne présentait jusqu’ici aucun défaut programmé pour ainsi m’amener à l’autodestruction. Les médecins n’ont trouvé aucun gène altéré, aucune protéine musculaire défaillante.

Mais, comment vérifier leurs propos ?

Devais-je encore leur faire confiance ?

Jusque là, faire confiance à la médecine m’avait conduit dans la compréhension erronée d’une existence que je croyais légitime. Jusqu’ici, mes convictions m’avaient amené à penser que j’étais condamné à une mort lente et douloureuse. Mais, j’ai décidé de voir les choses autrement pour tenter de redémarrer ma vie et vivre simplement, même si cette fatalité accablante et insidieuse m’imposait sa loi depuis plus d’une dizaine d’années maintenant.

 

Cloisons Mortelles

 

Mes muscles périssent jour après jour, les uns après les autres malgré tout le soin que je leur apporte tant sur le plan nutritif qu’à l’usage et ce, malgré mon aisance pour comprendre ce qui les affecte, ce qui les rend sensible et terriblement douloureux. Il est maintenant temps que je décroche mes pensées de mes maux car je sens que je n’avance plus, que je me perds, que je m’enterre dans mon apprentissage de la maladie.

Ma meilleure amie Jacqueline est devenue mon unique antidote à tout ce que je traverse, seulement par son sourire, sa compréhension et sa présence. Elle reste une précieuse bulle d’énergie lorsque je ressens le besoin de sortir ma tête de tout ceci, même si le tableau vise à se noircir avec le temps lorsque certaines défaillances me rappellent à l’ordre et me restreignent à une sévère autodiscipline et, à cette vie aseptisée que je me suis créée. Lorsque je retourne m’isoler chez moi dans la douleur, j’en profite pour peaufiner mon nouveau sens de l’observation, qui m’amène à étudier notre environnement et les traditions des autres ethnies de notre monde pour mieux comprendre comment nous fonctionnons. Ceci participe grandement à mon enrichissement personnel et à l’intellectualisation de nos comportements alimentaires. Je réalise que notre espèce s’est considérablement induite en erreur dans sa manière d’appréhender sa propre existence.

 

Un Combat Essentiel

Un combat permanent s’est dessiné jusqu’ici pour me faire entendre, comprendre, pour sortir de ce piège infernal que devient cette maladie. Il me faut trouver des solutions pour tenir debout et je continue de les chercher. Mon corps semble vouloir lâcher à tout moment malgré mes efforts pour le maintenir en vie.

Cette maladie fantôme est devenue une frustration permanente qui ne découle pas d’un choix et je dois y faire face à chaque instant. Je dois surmonter les nombreuses conséquences de ce handicap atypique jour après jour, au fil de son évolution et de mes altérations. Malheureusement, le préjudice financier qui en découle est devenu très difficile à vivre au quotidien.

Nous ne pouvons jouir des mêmes loisirs que nos voisins, même si de toutes les façons il n’en est pas question. Nous vivons pourtant dans un pays où nombreuses personnes semblent demeurer assistées par un système bancal aux multiples injustices.

Ma pathologie n’est pas considérée car simplement rendue illégitime par les autorités de santé. Je ne sais plus où me placer ni vers quelle case me diriger. Je n’ai plus les moyens financiers pour avancer, non pas en raison d’une fainéantise exacerbée mais, simplement à cause de cette série de défaillances inexpliquées. Mon handicap invisible entraine à présent de lourds désagréments dont je suis le seul juge et, mon amie Jacqueline pour l’instant le seul témoin.

Comment résoudre cette équation ?

Comment modifier les mentalités ?

Comment communiquer pour être entendu ?

Faut-il à présent que je pleure, que je m’écroule, en pleine rue ?

Faudrait-il dorénavant que je me plaigne sans cesse publiquement pour être tout simplement écouté ?

Faudrait-il que tout ceci soir effectué en passant à la télé ?

Les modifications alimentaires que j’ai su mettre en place me permettent à présent de mobiliser l’énergie qu’il me reste pour me faire entendre, pour communiquer sur le sujet. Sous les bons conseils d’un oncle qui semble avoir bien compris cette incompréhension que j’endure face à la famille, je tente de mettre en lumière les maladies invisibles à travers mon histoire en publiant mon blog sur internet et en le faisant relayer par les réseaux sociaux. Je reprends mes précédents écrits et, j’improvise des montages vidéo sur le thème du handicap invisible pour illustrer mes textes et leur donner vie…

Je commence par tenter de sensibiliser mes proches, à commencer par ma famille, mes amis, en leur envoyant les liens, mes écrits les plus pertinents sur la question avec la complicité de Jacqueline qui m’accompagne dans cette démarche. Des dizaines d’internautes m’envoient des messages de soutien auxquels je ne m’attendais pas. Certains d’entre eux m’écrivent leur histoire et partagent avec moi leur expérience de vie tout en me remerciant de décrire ainsi la mienne. De belles réactions et, des prises de conscience de la famille d’autres malades atteints également de différents handicaps invisibles, commencent à envahir ma boîte email. Je fais maintenant un étrange et triste constat personnel. Aucun membre de ma famille ne semble avoir pris au sérieux ce que je leur propose d’apprendre et de découvrir à mon sujet. Jacqueline pensait que mon message serait entendu par mes plus proches mais, pas une seule personne de mon entourage ne semble réussir à se détacher de l’image que représentait mon personnage dans leur esprit jusqu’aujourd’hui.

J’étais fort, dynamique, antipathique et résistant alors, cela n’a pas lieu de changer dans leur regard aujourd’hui. Ma première tentative d’information a eu du sens uniquement pour ceux et celles qui ne me connaissent pas et qui sont concernés directement et indirectement par une atteinte invisible.

Le protocole alimentaire que j’ai mis en place pour améliorer mon état semble également améliorer l’état d’autres malades atteints de maladies auto-immunes qui, pour certains, se prêtent au jeu et suivent pour enfin reproduire quelques-unes de mes expériences. Je me réjouis de voir que mon histoire participe à la remise en forme d’autrui. C’est enrichissant et réconfortant. Cela me conforte dans cette idée irréfutable que notre alimentation se trouve être la plus logique source d’éléments que nous utilisons pour constituer ce que nous sommes et nous maintenir en vie.

A ce titre, nous pouvons constater que nous éloigner de ce que notre organisme n’est plus en mesure de supporter au quotidien, améliore de manière exponentielle ce que nous sommes chacun d’entre nous sous notre forme individuelle.

Je me découvre le besoin continuel de devoir aider, d’assister, de renseigner, d’accompagner à présent mes différents interlocuteurs vers une meilleure qualité de vie, vers une nouvelle compréhension de leur monde, par le biais de mes écrits, par le biais de mon expérience alimentaire que je révèle peu à peu. J’envisage, par la même occasion, l’opportunité de tenter de représenter le handicap invisible et toutes les formes d’altération de la capacité d’agir qui ne sont pas encore assez reconnues et incomprises par ceux et celles qui nous entourent au quotidien.

Je m’adresse à quelques photographes avec l’idée folle d’exposer des images paradoxales sur le handicap, la maladie invisible, et leurs différents contextes en société. J’ai envie de rendre visible l’invisible, c’est un pari qui semble fou mais, j’ai envie de modifier les mentalités, les croyances, les clichés qui m’entourent avec la ferme intention de tourner la dernière page de mon histoire après ceci. Je veux sortir de tout ce cirque que j’ai naïvement créé autour de moi.

Je souhaite laisser la trace que j’avais besoin de laisser pour changer le regard de mes amis, m’écarter de ce système de santé et, me retirer de ce processus de réflexion nocif qu’est devenu le mien. Je décide de reprendre l’écriture de dix années de mon histoire face à la médecine pour mettre en lumière ce que bon nombre d’individus atteints de maladies dégénératives vivent dans l’ombre. Un défi que Jacqueline m’incite à accomplir malgré mes difficultés de concentration de plus en plus invalidantes devant mon ordinateur. Après mes multiples tentatives informatives pour être un minimum considéré, mon invalidité est enfin reconnue par ma Caisse Régionale d’Assurance Maladie.

Je ne rentre pas dans la moindre case mais, je m’intègre dans un schéma. Je peux donc retrouver une vie sociale grâce au soutien de Jacqueline pendant cette expérience alimentaire.

Jacqueline, en amie exceptionnelle, a tout d’abord éveillé quelque chose en moi que je ne connaissais pas, ma véritable âme d’enfant, j’apprends enfin à en devenir un à presque trente ans. Je m’amuse enfin, je souris, je rigole, parfois je souffre en riant. Je profite de chaque instant, comme un enfant gâté. Il était temps que je les vive ces moments-là et, que je les partage.

Nous recherchons ensemble un appartement car cela nous semble désormais évident de tenter l’expérience d’une cohabitation pour quitter nos logements respectifs inadaptés à nos épanouissements distincts. Cela me permettant d’avoir plus de confort de fonctionnement pour me déplacer, le temps de m’apaiser ; et cela lui offrant l’opportunité de prendre son envol en quittant son noyau familial.

Après plusieurs mois de recherche, nous nous trouvons un endroit bien aménagé avec un ascenseur pour que je puisse utiliser mon fauteuil roulant, loin de ce que je ne suis plus en mesure de supporter dans l’espace confiné où je réside avec mes parents. Nous profitons à présent d’un nouveau cadre de vie, avec de nouveaux voisins, un parc à proximité, un nouvel air à respirer, sans les perturbateurs dont je subissais les dérives jusqu’ici. J’ai la possibilité maintenant de réfléchir à un nouveau départ. Je me vois déjà vieillir avec l’intime conviction que cette maladie, aussi importante soit-elle, je saurai tôt ou tard m’en débarrasser.

Quitter mon domicile familial me permet peu à peu d’éclaircir et d’égayer mes rapports avec mon père, ma mère et mon frère. Nos relations devinrent plus aisées à gérer sans les parasites environnants du quotidien et, notre entente a pu évoluer dans une meilleure direction cette fois-ci. Je pouvais, de par la distance qui nous séparait, enfin reconsidérer ma place au sein de cette famille et me rendre compte qu’elle n’était pas si mauvaise.

Je peux désormais envisager la possibilité de côtoyer Emeryck mon petit frère autour de quelques activités destinées à l’achat, la réparation et l’entretien de nos différents véhicules lorsque mon état le permet.

Malheureusement, l’emménagement avait déjà puisé dans la plupart de mes ressources, il me fallait me recharger régulièrement dans mon lit bien au chaud et, cette fois-ci au calme.

Mais mes batteries, que sont-elles devenues ?

 

Les Souffrances s’Accumulent

En dépit de la maladie insidieuse et dramatique qui impose son évolution, de nombreux phénomènes émotifs viennent noircir le tableau. La canne, le fauteuil roulant prennent de plus en plus de place et, pour le moment, pendant la journée, je me retrouve seul à l’appartement à tenter de m’entourer d’un nouveau cercle social.

Le constat de la maladie inquiète, éloigne, offusque, même Jacqueline parfois. Elle s’égare dans le doute de pouvoir le supporter très longtemps et s’inquiète certainement de me voir soudainement inquiet à l’idée de dépérir. Nos rapports deviennent peu à peu complexes car la souffrance m’abîme. La solitude ne m’aide plus à me recharger même si, voir Jacqueline rentrer chaque soir me comble de joie.

L’idée de concrétiser un de mes projets me taraude. Je décide, tant que je l’imagine encore possible, de faire l’acquisition d’un animal de compagnie qui saura m’apporter amour et fidélité, en attendant que je puisse trouver un autre lieu de vie ou je pourrais exister.

La décision est prise, l’animal réservé par téléphone, l’attente pénible mais terriblement excitante. Evidemment, nous vivons pour le moment en appartement mais, nous avons bien évidemment assez d’espace pour circuler entre les meubles et, je pense encore avoir la force de m’en occuper avec la complicité de Jacqueline qui me propose volontiers son aide en cas de nécessité.

Le petit arrivant se nomme Tiger, un Berger Blanc Suisse. Un magnifique chien de race élégant, joueur et protecteur. Jacqueline a parcouru près de mille kilomètres accompagnée d’Eymerick, mon petit frère, pour effectuer l’aller-retour afin de le récupérer chez l’éleveur et, ainsi m’éviter cette nouvelle difficulté. Elle rentre à la fin d’une très longue journée avec, dans ses bras et devant ma porte, le fruit d’un de mes premiers désirs assouvis, un petit loup blanc, une petite boule de poils douce et câline.

La rencontre est particulièrement émouvante pour lui, comme pour moi. Tiger, le berger blanc est magnifique et ne tardera pas à me faire part de ses premières impressions, à peine allongé sur mes cuisses, avec une belle coulée d’urine en guise de salutations.

Mon défi reste maintenant de simplement réussir à lui accorder toute mon attention malgré mes infortunes, malgré ma fatigue, mon état et, lui donner l’affection dont il aura besoin pour s’épanouir en qualité de chien en compagnie des hommes.

Je l’accueille avec émotion et m’en occupe avec tendresse, dès les premiers instants. Je suis ravi, heureux, comblé de joie de pouvoir me sentir utile et à nouveau vivant. Nous nous amusons ensemble, il apprend de moi et j’apprends de lui moi aussi. Jacqueline en pleure de joie de me voir ainsi émerveillé devant une si petite chose.

Il est en effet rare de me voir ainsi. C’est euphorisant et considérablement émouvant. Malheureusement, une semaine plus tard, un contrecoup inattendu s’impose à moi. La marche à ses côtés devient pénible. Les vertiges dus à l’effort et les douleurs me déstabilisent. Les muscles morts laissent rapidement place à une difficulté motrice beaucoup trop déroutante à mes yeux ; précisément, un muscle de mon mollet vient de me lâcher. Je dois redoubler de force pour tenir debout à côté de lui. Me pencher semble encore simple mais, me relever à chaque fois devient rapidement un supplice impossible. Les muscles compensateurs viennent eux aussi me faire du tort.

Que se passe-t-il ? Que m’arrive-t-il ?

Mon nouvel ami a besoin de moi, j’ai besoin de lui. Cet équilibre semble incontestablement brisé par la maladie qui revient une nouvelle fois brider mes efforts et imposer ses lois. Marcher à ses côtés est vite devenu un défi déraisonnable. Les ballades au parc sont un calvaire que je n’arrive déjà plus à gérer. J’ai mal, tellement mal que cela m’obsède et, je ne vois plus rien d’autre que la douleur.

Mon physique atypique me punit une fois de plus par de multiples conséquences qui me font réaliser que je dois moi-même me retirer le semblant de bonheur que je viens de recevoir. La tristesse m’envahit, je dois prendre la terrible décision de me séparer de Tiger avant qu’il ne s’habitue à me voir trop souffrir, avant qu’il ne s’habitue à cette vie qu’est la mienne. Tant d’années à prévoir de l’avoir à mes côtés, pour qu’il me soit si vite retiré pour des raisons inexpliquées : une maladie que personne ne semble vouloir soigner.

Que reste-t-il de mes choix, de mes propres envies ?

Que dois-je comprendre de ces épreuves qui me retirent tout ce qui m’apporte un peu de bien ?

La vie est-elle vraiment ce qu’on en a compris ?

La punition permanente est-elle justifiée ?

Pourquoi est-ce moi qui dois vivre tout ceci ?

L’ai-je choisi ? L’ai-je mérité ?

Moi, je ne comprends plus grand-chose jusqu’ici…

Après plusieurs nuits blanches à réfléchir, à m’écorcher l’esprit, je laisse finalement Tiger partir dans les bras de mon père, dans la maison dans laquelle je vivais auparavant, le temps que nous trouvions une habitation commune où il pourra gambader sans que je n’aie besoin de beaucoup marcher pour le sortir. Une baie vitrée, un petit jardin serait idéal pour qu’il puisse courir librement, sans que je n’aie besoin de le suivre. Je ferai de mon mieux pour récupérer Tiger si je le peux encore pour son équilibre comme pour le mien.

Je me mobilise du mieux que je peux pour découvrir ce qui m’arrive et tente à nouveau de me remettre sur pieds. J’acte en silence et, sous les yeux ébahis de Jacqueline, une approche de soin avec de l’eau de mer isotonique. Après avoir expérimenté un certain nombre d’injections de Plasma de Quinton en sous-cutanée, à hauteur de 60 millilitres par jour, mon transit intestinal semble fonctionner de manière plus optimale, sans trop d’anomalie résiduelle.

Le Plasma de Quinton me permet probablement de régénérer certaines cellules digestives, de mieux assimiler les nutriments ou peut-être simplement de fabriquer quelques enzymes nécessaires à ces processus. Toutefois, cette expérience montre déjà ses limites, ma peau commence à devenir sensible à l’aiguille malgré le changement fréquent de la localisation des sites d’injection. Alors, je décide de passer cette fois le produit en intraveineuse et les sensations deviennent sensiblement différentes. J’augmente les doses jusqu’à 250 millilitres par jour et ma vitalité devient soudainement exagérée pendant quelques heures après chacune des injections. Les jours qui suivent sont moins douloureux et j’éprouve une sensation de bien-être presque irréel. Je suis progressivement devenu calme et incapable de faire preuve d’autorité sur quiconque me faisant front.

L’énergie quotidienne demeure un peu plus exploitable mais, je ne peux toutefois difficilement tout faire en même temps et, les nombreux produits que je m’offre me coûtent désormais mes petites économies puisqu’ils sont disponibles uniquement hors nomenclature.

Comment composer avec tout ceci ?

J’ai besoin d’argent pour me procurer les bons produits pour me soigner, de temps pour en apprécier les résultats et d’énergie pour organiser ce nouveau circuit de vie.

Chercher une activité professionnelle adaptée à mon handicap tout en essayant de mieux fonctionner au quotidien ne me semble désormais plus compatible. L’un ternissant l’autre, je m’égare, je m’oublie, je réfléchis en boucle, je m’empoisonne l’esprit.

 

La Souffrance Cellulaire ou le Tombeau Invisible

  Mes réflexions deviennent complexes. Certes, nous nous appuyons sur les vérités de nos sciences médicales, transmises d’années en années dans nos facultés de médecine ; des vérités apprises par ceux qui ont appris de ceux qui ont appris de tant d’autres. Mais, dans cette folie de l’apprentissage formaté vers une nouvelle ère technologique, vers de nouvelles lois thérapeutiques, certaines de nos reproductions devraient être revisitées sur le plan humain.

Mais, qu’en est-il en réalité ?

Nous nous entêtons à nous appuyer sur des schémas qui ont leur sens pour celui qui y est inscrit mais, qui devient une réelle perversion pour celui qui ne l’est pas encore. De ce fait, les médecins, enfermés dans leurs certitudes, s’entêtent à leur tour dans la recherche d’une évidente adéquation existante avec le patient. Ceci dans le but singulier de décrire un schéma correspondant ou non à son apprentissage et, appuyé par le poids des arguments financiers proposés par les laboratoires pharmaceutiques.

Bien malheureusement, cette façon de faire laisse le bénéfice au temps qui s’écoule et, dirige peu à peu les patients qui pourraient être sauvés vers des complications certaines dues au « non sens » de leur symptomatologie non étudiée et si maladroitement compensée.

De cette manière, les médecins se donnent l’air, malgré eux, d’attendre que les complications de leurs patients apparaissent afin de mieux pouvoir définir le diagnostic de celui qui verra, en fin de compte, sa vie diminuée.

Est-ce que cette façon de faire est conforme à celui qui prête « serment d’Hippocrate » ?

Il existe des lois humaines, des lois physiologiques qui nous dirigent tous plus ou moins de la même manière et nous en sommes conscients.

Nos changements d’humeur ou de comportement ne sont pas forcément liés à une maladie que l’Homme nous invente chaque jour. Le stress dû à notre environnement social, la dépression due à nos traumatismes personnels, ainsi que les multiples absurdités, sur lesquelles les médecins se reposent encore et toujours pour nous trouver de quoi nous complaire dans nos maux, ne sont pas toujours légitimes.

Les habitudes d’un homme font de cet homme ce qu’il devient. Il doit apprendre à se modérer pour savoir se préserver. L’homme actif devient actif parce qu’il cultive l’activité. L’homme persévérant devient persévérant parce qu’il se motive à persévérer. L’homme fainéant devient fainéant parce qu’il est dépourvu de la moindre envie d’être et manque cruellement de capacité à se rendre utile. L’homme qui se nourrit mal digère mal, s’empoisonne et se rend malade. L’homme qui boit plus que de raison alcoolise ses organes et devient malade.

Il faut noter que lorsque nos cellules souffrent, de nombreuses machines se mettent en marche pour réparer et refroidir les éléments en surchauffe et ainsi rééquilibrer ce qui peut l’être dans nos organismes, dans nos biosphères intérieures. Certaines réactions deviennent logiques et ne sont pas forcément le processus d’une maladie comme nous l’interprétons, tel que nous l’avons appris. Chacun d’entre nous est en mesure de le comprendre de la position où il se trouve. Inutile de devenir médecin pour faire preuve de logique. Inutile de lire un livre pour comprendre ce que l’on ressent à l’intérieur de nous-mêmes.

Lorsque vous avez mal à un endroit, un autre endroit peut vous gêner sans que vous n’y trouviez une explication et, vous devenez peu à peu irritable à cause de cette douleur dissimulée et ininterprétable. Ce n’est pas un signe dépressif lié à un traumatisme survenu lors de votre enfance, comme certains médecins pourraient vous le suggérer. Cela pourrait simplement être le résultat d’un stress cellulaire dû à la congestion de nos organismes par des perturbateurs qui se seraient infiltrés.

Des facteurs toxiques s’accumulent au gré de notre volonté jusqu’à l’apparition de dysfonctionnements, de nouveaux symptômes. Et, nous sommes tous responsables de ce que nous ingérons. Lorsque nous nous nourrissons mal, nous sommes en souffrance et nous devenons mauvais. Nos comportements diffèrent en raison de déséquilibres physiologiques. Lorsque nous utilisons à mauvais escient les médicaments, nous profitons de nombreux effets nocifs de ceux-ci et, malgré cela, nous aimons répéter l’opération pour être certain que cela nous fasse du tort et contribue à notre perte.

En fin de compte, nul d’entre nous n’est censé ingérer autant de ces nombreuses créations pharmaco-chimiques que nous connaissons. Nos corps ne sont pas faits pour cela bien qu’ils s’en soient accommodés pour compenser. Nous avons été élaborés pour vivre sains et, non malades. Mais aujourd’hui, nous fabriquons nous-mêmes nos maladies en toute conscience, à chaque instant en sachant que tout ce dont notre corps a besoin se trouve dans la Nature, à proximité de l’endroit où nous sommes nés et non dans les petites gélules que nous affectionnons tant parce qu’elles donnent un sens à nos maux.

Nombreux d’entre nous semblent supporter la plupart des éléments nocifs contenus dans ces petits comprimés mais, nous ne sommes évidemment pas tous égaux sur ce point de vue. Nous malmenons chaque jour notre organisme avec de nombreux polluants toxiques, y compris dans l’air que nous respirons, ce qui participe au stress oxydatif et différencie nos seuils de tolérance selon l’environnement dans lequel nous baignons depuis notre naissance.

Je réalise à présent que notre alimentation est la voie la plus contaminée de toutes depuis que nous faisons confiance aux industriels de notre monde. Les promesses pharmaceutiques ne font que cultiver nos croyances du « mieux vivre » ou de la « guérison». Et, jusqu’à maintenant, nous y tenons.

La faim se cultive depuis des générations avec un semblant de besoin qui semble purement culturel, celui de devoir introduire trois repas dans notre alimentation journalière.

Un repas le matin qui cultive un besoin de manger le midi en activant la faim, qui cultive ensuite le besoin de manger notre repas du soir avant de nous diriger vers la chambre à coucher pour s’y laisser digérer et assimiler l’ensemble des nutriments durant notre sommeil, tout au long de la nuit. Si bien qu’à chaque lever du jour, il nous faudra redoubler d’effort pour nous alléger des nombreux déchets accumulés dans nos intestins.

Une excellente façon de rendre légitime la surconsommation de papiers toilette avec des installations de sanitaires dont les broyeurs sont à présent intégrés pour faciliter le transit de nos tuyauteries. Nous pouvons ainsi augmenter l’achat de produits ménagers visant à entretenir, nettoyer, assainir, désodoriser le petit espace dédié à nous vider des nombreux déchets que nous surconsommons et dont notre organisme n’a nul besoin dans ces quantités. A ce train là, tout devient légitimement business.

Pourquoi l’Homme a-t-il décidé d’instaurer cela ?

Pour faire état de sa richesse ? Alors que l’ingestion massive de repas provoque une accumulation de déchets qu’il est nécessaire d’éliminer ?

Plus nous mangeons des quantités considérables d’aliments, moins nous semblons conserver les bons nutriments. Plus nous mangeons, plus nous nous vidons de nos surcharges d’aliments sous la forme d’excréments qui nous sont parfaitement inutiles et qui, au passage, détériorent nos canalisations organiques.

Est-ce bien utile de respecter l’idée de manger trois repas par jour dans notre monde sédentaire ?

Probablement pour être considérés dans les normes sociétales telles que nous les avons convenues et entretenues.

Les horaires de votre travail, les horaires de l’école de vos enfants, les cycles du jour et de la nuit, les horaires d’ouverture de nos magasins ?

Avez-vous réfléchi à l’idée que tout ceci pouvait être erroné ?

Probablement que nous pourrions nous contenter d’un seul repas par jour. Peut-être même que plusieurs petits repas, disséminés de manière aléatoire, pourraient amplement suffire à nous nourrir sans provoquer cette désagréable sensation de faim illégitime en cours de journée, seulement induite par notre accoutumance à ces mécaniques.

Sommes-nous obligés de continuer à nourrir notre système consumériste avec ces malheureux comportements naïfs que nous entretenons sans cesse parce nous inhibons nous-mêmes notre propre réflexion ?

Avons-nous réellement besoin de souffrir d’un cancer colorectal pour donner du crédit aux nombreuses associations de lutte contre le Cancer ?

Le Cancer n’est-il pas une maladie de notre société moderne ?

La Culture de l’Inconnu, Mieux Plaire pour Mieux Vous Servir

 

En tout état de cause, celle qui vous domine et vous aveugle, c’est votre crédulité. Nombreux sont ceux qui font confiance à la publicité de nos télévisions, aux articles disponibles sur internet, aux nombreux médias mis en temps réel à notre disposition.

Prenez l’exemple d’une association qui lutte contre une maladie que vous voulez profondément voir éradiquée car vous êtes l’ami d’un proche atteint de cette terrible pathologie. Prenez la première qui vous vient à l’esprit : un cancer, une myopathie ou une maladie neurologique dégénérative orpheline.

L’argent récolté permet de financer les « recherches », les recherches aboutissent à des « découvertes », des protocoles d’essai thérapeutiques peuvent survenir mais, sont rarement la solution. Elles ne deviennent qu’un triste essai qui stimule votre besoin d’en voir plus, d’en attendre plus. Mais, pendant ce temps, tout ceci est financé grâce à votre contribution consciente ou non. Ces associations vous promettent l’impossible mais, vous êtes convaincus du potentiel résultat tant vanté parce que, chaque année, elles publient de nouveaux rapports sur les prouesses de notre technologie scientifique et médicale.

Cela devient d’une logique implacable. Vous donnez, vous donnez, et vous êtes certains d’avoir raison de donner tant, parce que l’on vous soutient habilement en ce sens… C’est ici le seul moyen pour vous de contribuer à la guérison.

Mais, quel intérêt aurait une association de trouver et mettre sur le marché un outil ou un antidote qui pourrait réussir à guérir vos proches sur le long terme ?

A quoi servirait-elle par la suite s’il n’y a plus lieu que vous ne donniez plus d’argent pour la faire fonctionner de manière pérenne en accord avec les pouvoirs publics ?

Si demain, nous découvrons comment guérir ou éviter les maladies musculaires, certaines associations n’auraient plus lieu d’exister et les appels aux dons télévisés deviendraient utopie. Il en est de même pour le Cancer, la maladie d’Alzheimer, Parkinson et bien d’autres. Malgré l’évidente évolution de notre médecine, il y a toujours, quelque part,  un intérêt à conserver des malades sur le marché pour que les mots « maladies » et « soins » continue de disposer d’une place légitime afin d’être financés.

Il est probable qu’une partie de l’argent récolté finance la fabrication et la mise en forme d’un remède expérimental qui ne guérira pas mais qui soignera sur la base de molécules déjà éprouvées par le passé. Puis, suivront le paiement des taxes, la publicité, les certifications, la mise en forme, l’autorisation de mise sur le marché et la commercialisation.

Malheureusement, vous aurez vite vu ceux qui attendent un traitement décéder dans la douleur avant qu’une solution leur soit accordée malgré toute l‘énergie que vous y aurez consacrée. Pendant ce temps, l’argent servira à créer des campagnes publicitaires mettant en scène des enfants atteints de maladies pour mieux vous inciter à donner encore plus pour tenter d’aider ces personnes que vous ne connaissez pas. La présence de l’enfant à l’écran passionne, réconforte, attendrit, tandis que leur souffrance vous appauvrit.

Mais, avez-vous pris le temps de regarder votre sœur, votre père, votre cousin qui, juste à côté de vous souffre d’une pathologie que vous ne connaissez pas et, qui n’est pas décrite par l’une de ces associations ?

Cette personne juste à côté de vous, vous la connaissez pourtant si bien et depuis longtemps mais, vous semblez l’avoir oubliée. Les conflits d’intérêts cultivent ce commerce sans fin et l’idée qu’il faut donner à celui qui souffre et qui se trouve loin de votre confort personnel. Un commerce où vous êtes le client indispensable pour acheter l’espoir impossible auquel vous avez besoin de croire. L’inconvénient réside dans le fait que vous ne connaissez pas le nombre de raisons qui retiennent les chercheurs à trouver une solution logique et à la mettre sur le marché. De nombreux barrages interviennent pour laisser la population dans l’attente et la souffrance.

L’ANSM, l’OMS, le Ministère de la Santé… Ceux-ci brident, orchestrent, manipulent, légalisent, modifient et orientent selon leur bon vouloir, selon leur propre intérêt. Alors, que nous pensons que notre santé leur est due, nous sommes dupés par leurs campagnes commerciales. Certaines sciences utiles sont occultées et décrites comme illégales parce qu’elles sont en porte à faux de ce que nous devons retenir dans l’information.

Alors que les médecins se forment pour gagner leur vie, acquérir les compétences dont ils rêvent depuis qu’ils sont petits, ils rentrent dans une machine terriblement perverse qui leur inculque l’idée profonde qu’ils soignent leurs patients grâce aux prouesses des laboratoires pharmaceutiques.

Les délégués pharmaceutiques ne savent pas eux-mêmes quel est le contenu de leurs objectifs. Ils ne font que travailler pour les atteindre, pour ainsi obtenir leur salaire en appliquant les règles commerciales qu’ils ont appris…

 

 

 

Vaccins et Conflits d’Intérêts

 

Il existe véritablement un monde que nous ne soupçonnons que trop peu. Celui où les conflits d’intérêt font rage quelque soit le domaine.

Notre santé étant sensiblement touchée par cette logique industrielle, il est devenu plus qu’évident de nous renseigner sur la question. Il existe des logiques illogiques qui font partie de notre quotidien, que nous acceptons sans même nous poser une seule question.

Savez-vous que les vaccinations peuvent devenir un risque pour votre santé ?

Evidemment que non. Vos parents ont omis de vous le dire. Vos parents ne sont probablement pas au courant de cet état de fait eux non plus puisqu’ils s’appuient sur les améliorations notables que nous cultivons sur le principe vaccinal à l’origine de notre survie.

Il est à présent temps de noter que les nombreuses réactions immunitaires, qui me sont propres, sont certainement liées à la stimulation exagérée de mon système par les vaccins.

Une injection de trop ?

L’aluminium ?

Le vaccin anti-hépatite B ?

Les particules virales ?

L’ouverture d’accès à l’invasion de parasites redoutables et impitoyables ?

Dès lors que nous sommes une espèce d’hommes et de femmes dont l’origine ethnique semble lointaine ou lorsque nous émergeons de pays non industrialisé, nous semblons biologiquement potentiellement plus sensibles à la nourriture industrielle, aux organismes modifiés ou hybrides que nous avons créés, aux réactifs immuno-agresseurs qui nous entourent et à l’ingestion de particules toxiques comme les métaux lourds, que nous sommes incapables d’éliminer.

Pour quelles raisons ?

Sommes-nous le résultat d’expériences génétiques qui auraient mal tournées ou dont nous n’avons pas su mesurer l’issue ?

Notre génome a-t-il cette capacité infinie de se modifier pour s’adapter ?

Sommes-nous tous équipés de manière équivalente pour mobiliser physiologiquement ce qui nous est nécessaire et nous débarrasser de ce qui ne l’est pas ?

Avons-nous eu la possibilité de mesurer ces risques ?

 

Un Animal Face à l’Homme

Cette logique est curieusement semblable sur notre animal de compagnie issu lui-même d’une manipulation humaine sur son génotype. J’ai notamment pu observer, lorsque Tiger était encore un chiot, une réaction très vive le lendemain d’un de ses premiers rappels vaccinaux. Il commença brusquement par faire preuve d’une réelle excitation et un comportement désobéissant, comme s’il ne pouvait faire autrement. Il ne m’écoutait plus, devenait presque insolant, comme si quelque chose le perturbait et qu’il ne pouvait s’en débarrasser.

Progressivement, des boutons sont apparus sous son ventre et à l’intérieur de ses cuisses. Sa peau rougissait et chauffait comme s’il dissimulait une inflammation sous son pelage blanc. J’ai tout de suite été interpellé et  imaginé que son système immunitaire était en train de le mettre en défaut à cause de ce nouveau vaccin préconisé pour les chiots de toutes races.

Le contenu de ce vaccin convenait-il pour un Berger Blanc ?

J’étais en rage, connaissant fondamentalement les possibles conséquences que les vaccins pouvaient engendrer sur un organisme vivant, je me suis laissé berner par l’idéologie vétérinaire et mon chien était contraint de se retrouver lui aussi en souffrance. Même s’il ne pouvait correctement interpréter son mal à son si jeune âge, il manifestait une gêne considérable et inquiétante.

Je me souviens que quelques heures après ce rappel de vaccin, Tiger subissait une diarrhée permanente et sévère avec l’incapacité de se retenir et souffrait en silence le regard vide et impuissant. Il maigrissait si vite que je pouvais faire le tour de l’ensemble de ses côtes et de son abdomen d’une seule main et ce, en moins d’une semaine. Je le réalimentais régulièrement tout en isolant croquette par croquette pour évaluer ce qu’il ne semblait plus supporter puis, aliment par aliment pour essayer de comprendre ces nombreuses manifestations.

Il se vidait systématiquement après chaque repas et, ne pouvait absolument plus se retenir. Je passais mes journées entières avec lui, à observer son comportement en fonction de son alimentation. Le résultat de cette expérience fut étonnant quoique peut-être simplement logique.

Il manifestait une réaction d’intolérance alimentaire au gluten de blé, probablement au gluten de maïs et, certainement à de nombreux autres produits indigestes qui font dorénavant partie intégrante de nos chères croquettes pour animaux.

Malheureusement, je n’étais pas équipé pour pouvoir en mesurer le contenu exact et définir la sensibilité précise de ma petite boule blanche face à chaque aliment qu’il pouvait ingérer.

Pourquoi une telle réaction chez Tiger aujourd’hui ?

Pourquoi quelques jours après le rappel de vaccin ?

Y avait-il un lien ?

Y a-t-il un lien entre immunité et système digestif ?

Pourquoi précisément le gluten de blé  une fois de plus incriminé ?

Le Berger Blanc Suisse est devenu une race à part entière il y a moins d’un siècle. Ce proche cousin du Berger Allemand, avec lequel il partage des particularités génétiques, le rend sensiblement proche de l’ancêtre de tous nos canidés à l’origine : le loup gris.

Les loups ont été des carnivores, probablement depuis leur origine et leur système digestif s’est établit comme cela au fil de leur évolution, probablement de par leur nécessité de survie. Ils chassaient pour se nourrir et ont ainsi constitué leur propre génome.

Bien que l’Homme semble toujours vouloir mettre son grain de sable dans les besoins fondamentaux de chaque espèce vivante, les loups ne semblent pas encore configurés génétiquement pour manger des croquettes pour animaux. Pourtant, nous avons habitués leurs descendants, au fil des récentes générations, à se nourrir avec des produits transformés afin qu’ils puissent s’y adapter et que nous puissions en faire commerce. Ils ont dû se plier à ces règles malgré eux, sous l’influence de l’Homme, envers lequel s’est instaurée cette loyale et solide amitié.

Mais, ces nouvelles adaptations alimentaires n’ont-elles pas également favorisé l’apparition de récentes maladies chez nos amis à quatre pattes ?

Les maladies intestinales des grands chiens, les maladies articulaires, les paralysies des hanches, les maladies neurologiques, les allergies… Il ne me semble pas avoir appris que le loup pouvait souffrir de tout ceci à l’époque où il était encore loup.

L’Homme a créé une facilité alimentaire à nos yeux pour que les fabricants de nourriture canine puissent vendre et que les vétérinaires puissent s’enrichir aux dépends de leurs connaissances, au dépend de leurs nouvelles croyances instaurées pendant leurs études, financées par les mêmes entreprises qui fabriquent l’alimentation moderne de nos nouveaux petits loups domestiques.

Pourquoi mon chien réagit-il plus qu’un autre ?

Parce que c’est un grand chien ?

Parce que son patrimoine génétique est sensiblement proche de celui du loup ? Tout comme le serait le Berger Allemand ?

Le loup ne mange pas de croquettes dans la nature, cela semble évident mais, la réponse dépend peut-être du fait qu’il na pas encore été croisé avec une autre race ayant déjà subit de multiples associations d’ethnies canines.

Un chien de race croisé récemment que j’appellerai « hybride » serait peut-être, de par son génome adapté, pourvu d’une capacité à digérer plus facilement les aliments industriels auxquels ses parents biologiques ont été habitués avant sa procréation. Son système immunitaire serait configurable et certainement plus tolérant, selon les prédispositions établies de ses géniteurs et des antigènes qui ont pu circuler dans les fluides durant sa constitution. La logique pourrait demeurer sensiblement la même pour l’Homme…

A moins que je me trompe…

 

Chacun son Repas

Plutôt que de devoir supporter la vue des complications et la souffrance que les repas entrainaient chez Tiger, j’ai pris la décision de lui administrer la nourriture pour laquelle il semblait avoir une affinité. J’ai progressivement limité pour enfin réduire la totalité des symptômes d’intolérances alimentaires dont il était victime.

En définitive, plus aucune inflammation n’était apparente, plus aucune diarrhée n’était à déclarer. J’ai retrouvé un chiot obéissant avec un comportement plus raisonnable, de bonne humeur, joueur et surtout beaucoup plus serein après quelques jours. Il pouvait désormais se coucher le soir sans avoir l’appréhension de devoir se relever en pleine nuit pour se vider les intestins en gémissant, le regard vide.

Les boutons de type acné juvénile qui étaient apparus sur son ventre ont persisté quelques semaines jusqu’à ce que j’y applique un anti-inflammatoire naturel à base d’Aloe Vera pure fourni par une de mes amies qui venait de créer une entreprise de vente de produits dérivés de cette plante d’Amérique du sud. J’ai ainsi pu soigner Tiger avec un peu de logique et finalement très peu de moyens.

Certains d’entre nous pourraient me demander pourquoi je ne suis pas allé voir le vétérinaire chez qui j’avais accepté la vaccination ayant possiblement déclenché tous ces désagréments. Malgré tout le respect que j’ai pour l’activité des soigneurs animaliers, je constate, au même titre que les médecins à l’égard de l’Homme, que certaines défaillances de raisonnement persistent.

Le vétérinaire de formation aurait articulé une panoplie d’explications logiques pour m’induire en erreur et inhiber mon propre raisonnement, mes propres constatations ou certitudes. Mon chien serait probablement encore malade et souffrant à l’heure où j’écris ces quelques lignes mais, il aurait été traité de manière à diminuer les symptômes afin que je puisse vivre avec et m’en accommoder.

Ce professionnel de santé canine m’aurait également rassuré avec l’échantillon offert d’un sachet de croquettes spécifiques dénuées d’allergènes potentiels que je pourrais ensuite acheter pour un modeste coût prohibitif. J’aurais été contraint de m’en procurer un paquet par semaine afin de ne pas ternir ma conscience de maître bienveillant à l’égard de mon petit Tiger.

Heureusement, depuis mon expérience humaine malheureuse, j’appris à connaître un peu mieux ces manifestations physiologiques, ces réactions et certains de ces processus. Malheureusement, les vaccins injectés et cette stimulation immunitaire exagérée a probablement rendu impossible une éventuelle adaptation aux déchets industriels vitaminés que nous appelons aujourd’hui croquettes pour animaux domestiques.

Ne serait-il pas meilleur pour tout être vivant de veiller à les éviter ?

A l’heure actuelle, Tiger se porte bien, s’amuse comme un fou et il est dorénavant le plus obéissant des Bergers Blancs Suisse que j’ai pu rencontrer, en toute objectivité.

Mais, qu’en est-il de l’Homme et de son alimentation de croquettes vitaminées pour êtres humains ?

Qu’en est-il de l’Homme et de tous ces plats préparés par l’industrie agroalimentaire dont il se vante de pouvoir bénéficier ?

L’homme a créé une facilité alimentaire pour lui-même bien avant celle de son animal de compagnie. Nous profitons donc peut-être de cette même logique car ce sont les mêmes règles économiques.

Mais, pour quelle raison réfléchissons-nous ainsi ?

L’industrie agroalimentaire a indéniablement amélioré le quotidien de l’Homme moderne face à sa faim et a, par la même occasion, permis d’enrichir les laboratoires pharmaceutiques au détriment de la santé humaine avec les quelques ou nombreuses conséquences que cela comporte. Une belle complicité est née avec une mécanique élaborée, dotée d’un principe de synergie diabolique. Le nourrisson est déjà à l’heure actuelle, et finalement depuis bien longtemps, un sujet d’expériences gratuites et courantes à l’insu total des parents.

Prenez le temps d’observer la nourriture que votre bébé est amené à consommer aujourd’hui : Le gluten, la maltodextrine, le sucre, l’aluminium, le lactose, la caséine de lait, les additifs, les organismes génétiquement modifiés et nombreux autres allergènes difficilement digérables font partie intégrante des nombreux produits dédiés à l’alimentation infantile.

Dans quel but ?

Pourquoi augmenter ainsi les facteurs de croissance d’un individu avec des éléments toxiques mélangés aux vitamines, minéraux et facteurs de croissance en nous vantant toute transparence ?

Est-ce pour mieux préparer nos enfants à assimiler ces destructeurs avec le temps ?

Peut-être bien pour que les industriels puissent vendre toujours plus à notre détriment possiblement modéré mais acceptable ?

Nous savons bien que l’Homme possède la capacité de s’adapter et, il le fait déjà depuis des siècles, depuis sa propre création. Mais, à ce rythme, peut-être que dans un futur proche bien plus proche que nous ne pensons, nous serons tous obligés de faire appel aux nouvelles créations des laboratoires pharmaceutiques pour survivre, ainsi qu’aux différents compléments alimentaires fabriqués en masse pour palier certaines de nos déficiences biologiques, pour compenser nos défaillances et notre malnutrition car nous serons arrivés au bout de notre capacité d’adaptation. Ce jour, nos enfants le connaîtront certainement et nous ne serons plus sur nos terres pour constater le résultat de leurs tristes découvertes. Nous serons pourtant responsables de ces nombreux ennuis qu’ils devront surmonter…

 

Fatalité d’un Environnement Sensible

De nombreux facteurs environnementaux viennent me révéler une importante dégradation de mon état de santé. Je suis de plus en plus sensible à de nombreux détracteurs toxiques.

Je profite d’un quotidien social plus agréable à présent, toutefois limité de par mes quelques ennuis locomoteurs et digestifs résiduels ainsi qu’une irritabilité excessive due à une hypersensibilité exacerbée en présence de fumée de cigarette.

Les symptômes sont particulièrement brutaux et anormaux. Ma vue se trouble, mes yeux me brûlent et se dessèchent, mes voies respiratoires se rétractent, ma peau s’irrite et provoque par endroits des démangeaisons, des maux de têtes apparaissent accompagnés de pertes d’équilibre et de troubles digestifs associés.

Alors que mon contact avec le monde extérieur s’est déjà considérablement vu réduit, je me dois désormais d’exclure les fumeurs de mon entourage. Je comprends assez vite les raisons pour lesquelles cela devient nécessaire. La composition d’une banale cigarette est un sérieux nid à produits potentiellement dangereux qui, de par leur combustion, sont amenés à circuler dans l’air environnant que nous respirons puis dans nos cellules.

La cigarette semble jusqu’ici facilement évitable bien que mon attitude d’éviction entraîne une nouvelle incompréhension de mon entourage. Cela limite une fois de plus une approche éventuelle d’un nouvel environnement socioprofessionnel.

Comment le faire comprendre ou accepter par mon entourage ?

Mes troubles seront-ils réellement compris et considérés avec sérieux ?

Le constat est alarmant et cela ne s’arrête malheureusement pas là. Nous sommes de plus en plus entourés par de nouveaux appareils utilisant des fréquences radio pour fonctionner entre elles et évidemment, tous ces appareils fonctionnent avec de l’électricité. C’est formidable de pouvoir vivre avec une multitude d’applications faciles à utiliser et peu couteuses à l’usage. C’est ce que nous pensons et c’est pour cette raison que nous les achetons en vantant leur mérite.

Toutefois, le nombre conséquent d’appareils électriques augmente notre consommation d’énergie et nous sommes donc amenés à devoir, pour divers raisons économiques, nous procurer des éléments  dits de « basse consommation » pour réduire nos dépenses tout en satisfaisant les industriels sous le couvert de nos gouvernements.

Pour remédier à cette surconsommation, les fabricants se sont adaptés et ont déjà mis sur le marché des ampoules fluorescentes compactes qui remplacent progressivement les ampoules incandescentes que nous connaissions jusqu’à présent.

L’inconvénient majeur réside dans le fait que ces nouvelles petites lampes contiennent une petite quantité de mercure , un neurotoxique puissant certes mais, dégagent une pollution électromagnétique probablement conséquente, à laquelle je semble être très sensible. Je me transforme en mort-vivant au bout de quelques heures passées à proximité de ces sources de lumière. A tel point que des petites parties de ma peau viennent à se décoller en fines pellicules. Mon état devient instable, des migraines, des confusions mentales avec vertiges peuvent durer jusqu’à trois jours après la fin de l’exposition et, il est évidemment très désagréable d’en supporter les multiples autres conséquences au quotidien.

Mais, les particules des adjuvants vaccinaux ne joueraient-elle pas un rôle important dans cette sensibilité ?

Les ondes environnantes ne permettraient-elles pas de diriger chacun d’entre-nous à travers une manipulation douloureuse ?

Mon corps change, mon esprit aussi. Mes capacités humaines sont lourdement affectées.

Cela devient bien triste de devoir s’isoler sans aucune compréhension, sans aucun soutien mis à part celui de Jacqueline pour le moment encore, en seule témoin véritable de mes travers dus à cette hypersensibilité. Elle se tient toujours à mes côtés pour me motiver à trouver des issues, des idées, à ce que je sois entouré et que je sorte de ce piège infernal et invraisemblable que je ne maîtrise pas.

Je suis loin de pouvoir en sortir car tout semble cloisonné même si des études démontrent depuis bien longtemps que, malgré leur présence naturelle dans la croûte terrestre, certains métaux sont toxiques pour nombreux être vivants, même en très petite quantité à l’intérieur de nos cellules.

Il me reste à comprendre le fonctionnement de ces particules d’aluminium dans l’organisme et apprendre les méthodes utiles pour tenter une chélation, soit une libération de ces métaux toxiques. J’ai enfin l’opportunité de rencontrer un médecin expert très compétent, dont la réputation n’est plus à faire et, qui a la particularité de s’intéresser aux moutons à cinq pattes, comme il le dit si bien. Je n’ai pas encore cinq pattes mais, je parais être le mouton idéal pour tenter de nouveaux challenges alors il accepte de me rencontrer dans la clinique où il officie.

La prise de rendez-vous est rapide grâce à la complicité de mon médecin traitant. Je me rends dans son bureau et je lui raconte mon histoire. Je lui glisse mon dossier médical entre les mains. Il observe petit à petit mes comptes-rendus médicaux et me pose une panoplie de questions utiles pour mieux comprendre sur quel terrain il est sur le point de mettre les pieds.

Je le sens intéressé et c’est bien pour cela que je viens le rencontrer. Mon médecin traitant m’avait dit que cet homme serait motivé. Il me pose des questions que je considère piégeuses pour vérifier, comme d’autres l’ont fait auparavant, si cette panoplie de déficiences ne seraient pas intimement liées à une dépression engendrée par cette simple myopathie atypique et non étiquetée dont je suis victime.

Je m’impose une fois de plus pour exprimer ma position sur ce sujet et, je lui explique mon mécontentement évident face à l’idée de me faire croire que je suis atteint d’une défaillance psychologique car, en fin de compte, nous sommes tous atteints d’une tare, chacun à notre niveau.

Après une heure de conversation et d’échange, il observe à nouveau les noms des professeurs qui m’ont déjà suivi auparavant et jusqu’aujourd’hui sur les différents comptes-rendus d’hospitalisation. Son regard se noircit, se rétrécit puis se vide. Je sens bien que ce qu’il est sur le point de m’annoncer va me décevoir et m’anéantir une fois de plus. Il me rend tous mes documents médicaux et m’annonce en fronçant les sourcils :

« Je suis navré Monsieur D. mais, je ne peux rien faire pour vous !  Je suis même au regret de vous informer que je suis dépassé par les spécificités de votre cas. Que voulez-vous faire avec un chélateur ? Pourquoi me le demander à moi ?

Vous êtes apparemment déjà suivi par des médecins/chercheurs compétents qui connaissent bien mieux que moi ce sujet qui vous concerne. Malheureusement, je ne peux m’immiscer dans leurs recherches. Alors, s’ils ne peuvent vous aider, je ne peux pas prendre le risque d’essayer et d’échouer. Je dois prendre mon prochain patient… Au revoir Monsieur D ! »

Il m’accompagne froidement jusqu’au seuil de son bureau et me fait sortir, appelle son prochain patient et referme la porte.

J’avais rencontré cet homme avec le sourire, tout bonnement parce que j’avais un petit espoir d’essayer une nouvelle thérapie pour tenter d’évacuer, par un protocole médical légal, ce qui semble m’intoxiquer depuis des années. Je voulais savoir comment me débarrasser des petites particules métalliques toxiques piégées ici et là que mon corps ne semble pouvoir tolérer. Je voulais simplement qu’il m’explique si le processus était envisageable et, s’il y avait une issue positive dans mon cas.

Malheureusement, je sors de son cabinet les larmes aux yeux et la rage au ventre. Je reprends ma voiture et démarre les cent quatre-vingt-cinq chevaux de mon bolide préféré. Sur la route du retour après quelques minutes à conduire les yeux dans le vague, je me retrouve à nouveau face à moi-même et, face aux conséquences de cette pathologie si peu considérée que personne ne souhaite simplement étudier.

Pour quelles raisons chacune de mes rencontres se termine ainsi ?

Que me reste-t-il de viable pour vivre parmi les miens ?

Que dois-je faire en fin de compte ?

Dois-je arrêter ici mon combat et me laisser mourir ?

Dois-je me procurer un flacon de Pentobarbital pour terminer cet horrible plaisir ?

Devrais-je appuyer à fond sur l’accélérateur et foncer dans le rail de sécurité qui se trouve juste à ma gauche ?

Cela ne me tuera pas sous cet angle, même si je décroche ma ceinture de sécurité.

Je rentre chez moi le cœur meurtri et tente de profiter d’un agréable moment de divertissement plutôt que de penser à cette énième frustration. Je dois maintenant dépasser ce contexte supplémentaire et continuer mon combat pour apprendre à illustrer l’invisible. Avant cela, je vais me lancer dans un protocole de chélation à base d’EDTA dans mon salon avec mes propres moyens puisque, jusqu’ici, personne ne souhaite m’en donner.

 

Violences et Troubles du Comportement

Avez-vous déjà réfléchi aux différentes raisons qui poussent l’Homme d’aujourd’hui à jouer des coudes avec ses propres frères ?

Probablement que certaines réponses vous sont parvenues sans que vous n’ayez eu à vous questionner. Certaines de ces réponses sont acheminées par les médias, par les documentaires d’investigations, par l’expérience de vos proches, par internet, par votre propre perception.

Mais, cette perception est-elle suffisamment juste pour considérer son fondement ?

Avez-vous, selon vous, obtenu les réponses les plus évidentes pour enrichir votre savoir sans commettre la moindre erreur d’évaluation, de jugement ?

Effectivement, les violences d’aujourd’hui existent pour toutes ces raisons qui poussent l’Homme à s’individualiser, à s’organiser, à s’unifier, à détester, à haïr, à semer le chaos, à tuer, à éprouver du dégoût pour la vie et même envisager sa propre mort.

L’existence de l’Homme s’érige comme une lourde bataille qu’il se voit mener sans même en comprendre le but. Lorsqu’il se pose des questions, il se nourrit des réponses les plus basiques, peu importe d’où elles proviennent, tant que celles-ci sont en mesure de le rassurer.

Les violences modernes éclatent régulièrement pour des inégalités, qu’elles soient sociales, financières, affectives, démocratiques, religieuses, raisonnées ou raisonnables. Ces paradoxes dans lesquels l’individu ne trouve plus sa place et décide d’en chercher une qu’il pourra revendiquer pour se sentir libre d’exister.

Vous avez déjà pu apercevoir, dans certains quartiers, des jeunes adolescents se venter d’avoir violenté une femme avant de lui arracher son sac de courses à la sortie d’une parfumerie de luxe ; leurs camarades rigolant de leurs exploits et les en félicitant même d’une manière extrêmement exagérée.

Ont-ils seulement réfléchi au fait que cette femme venait de réunir toutes ses petites économies pour offrir un cadeau d’anniversaire à sa fille ?

Comment peuvent-ils s’en satisfaire ?

Comment justifier un tel acte ?

Comment justifier une telle cruauté ?

Ces jeunes, du haut de leur mobylette, leur casque à peine posé sur le coin de leur tête, sont pourtant convaincus que leur action reste noble, légitime et qu’il est nécessaire pour leur survie de fonctionner ainsi.

Pourtant ces jeunes prétendent respecter une religion.

Pourquoi ?

Pourquoi ne respecteraient-ils pas les femmes ?

Comment ont-ils appris que c’était pour eux un moyen d’exister, de se sentir vivant, de se sentir utile ?

D’où tiennent-ils cette éducation ?

Quelle éducation peut-on distinguer ici ?

Il semblerait que ce soit une forme de formatage environnemental ou un formatage institutionnel ; cette éducation qui est transmise de manière insidieuse par les habitudes de l’environnement dans lequel ces jeunes adultes évoluent. Les quartiers dans lesquels ils grandissent leur fournissent les outils de construction nécessaires au développement de leur personnalité si bancale à nos yeux et si légitime aux leurs.

Ils apprennent en jouant tranquillement depuis le bac à sable où ils se jettent les pèles en plastique à la figure jusqu’à la berline de luxe rutilante qu’ils auront volée dans le centre ville simplement pour s’amuser dans les rues de leur quartier avant d’y mettre le feu afin d’être adulés.

Leurs parents, bien souvent originaires des mêmes quartiers, n’ont malheureusement pas plus d’autorité sur leurs enfants qu’ils n’en ont eu sur eux-mêmes dans leurs jeunes années. Cette forme de laxisme se transmet de génération en génération tout comme le manque affectif maladroitement transmis par ceux qui n’ont pas pu profiter d’un environnement aimant et sécurisant, avant d’atteindre l’âge adulte.

Dans un ordre d’idées similaires, les enfants subissant les quelques violences maladroites de leurs parents pourraient tôt ou tard ressentir le besoin de transmettre ce traumatisme à leur tour afin de se sentir libre d’exister ou bien d’y croire. Seuls seront épargnés celles et ceux qui feront un travail de résilience approprié.

Ce qui contraint, de manière assez légitime, le jeune adolescent à profiter d’un soupçon de satisfaction dès qu’il se livre à des actions violentes injustifiées, qui le rendront certainement plus honorable auprès de ses camarades. Ceux qui sont devenus peu à peu un repère de référence de satisfaction personnelle.

En parallèle, les addictions aux différentes drogues, sont devenues une véritable usine d’entretien de leurs comportements sociaux. L’alcool, la cocaïne, les médicaments, l’alimentation, les additifs alimentaires sont autant de facteurs aggravants de leur souffrance injustifiée au-delà des traumatismes propres à chaque existence.

Les plus insoupçonnés sont évidemment ceux de l’industrie pharmaceutique et ceux de l’industrie agroalimentaire. En dehors des facteurs familiaux et des détracteurs intergénérationnels, il existe des mécanismes déclencheurs de comportements aléatoires selon les classes sociales de la population et selon sa faim.

Dans notre société, les familles pauvres ne deviennent pas forcément violentes, aigries, désinvoltes parce qu’elles manquent d’argent ou de présence sociale. Elles ne deviennent pas nécessairement addictes aux drogues parce que leurs parents l’étaient.

Elles le deviennent parce qu’un ensemble de facteurs les y contraint malgré elles mais, de leur plein gré. Elles épousent simplement une hygiène de vie qui leur est propre et s’y perdent comme leurs voisins. Cela leur permet de s’instaurer des fondamentaux sensiblement différents de ceux qui se sont construits une vie plus aisée. Toutefois, cela ne semble pas forcément vrai dans tous les cas. Les exceptions résistent et se distinguent très souvent par une réussite fulgurante. Cela leur permet d’éviter certains pièges d’empoisonnement environnementaux.

Vous pouvez noter que les familles modestes s’alimentent différemment et bien souvent en grande quantité comme pour compenser un manque injustifié. Bien souvent le déficit de moyens financiers, les familles nombreuses, les contextes de vies professionnelles précaires amènent ces familles à se fournir au plus pratique, moins cher et plus commode.

Toutefois, cette façon de faire comporte certains désagréments. Leurs repas et leurs boissons sont composés d’ingrédients particulièrement indigestes, modifiés, transformés et élaborés par des procédés chimiques. Il n’est donc pas exclu que leurs organismes souffrent en conséquence d’intoxications et qu’une influence sur leur mental puisse être justifiée. Notre organisme, notre peau, notre squelette, nos muscles, nos organes, notre cerveau sont fabriqués à partir de ce que nous ingérons dans l’air que nous respirons et dans nos assiettes quand nous en avons. Des parasites, des bactéries, de nouveaux hôtes viennent pervertir par la même occasion certains de nos processus biologiques.

Avez-vous observé à quel point certains groupes d’adolescents se nourrissant dans nos restaurants rapides sont particulièrement agités, souvent pendant les soixante-douze heures qui suivent leur repas ?

Avez-vous remarqué les nombreuses personnes qui exigent de se fournir de plus en plus en alcool avant, pendant et après leurs savoureux déjeuners ?

Ces besoins ne sont pas anodins. Ils sont la preuve d’un besoin de cultiver une sorte de toxicose. Un organisme intoxiqué est habitué à fonctionner comme cela. Il a l’habitude de souffrir, de métaboliser à ce rythme et semble en demander encore et encore.

Certains aliments semblent se transformer en opiacés lorsqu’ils ne sont pas réellement assimilables par l’organisme. Notre organisme dupé en redemande, en redemande, jusqu’à l’intoxication, jusqu’à la maladie, jusqu’à la mort. D’autant plus que ces drogues font partie intégrante des nombreux plats rapides disponibles dans nos commerces d’aujourd’hui et de demain. Ceux que l’industrie nous recommande d’acheter en nous prouvant la bienveillance de leurs publicités. Et, nous continuons de nous pervertir pour désarmer notre intellect.

Comme bon nombre de drogues alimentaires et de médicaments, l’alcool reste un excellent provocateur de troubles par inhibition de conscience primaire. L’alcool s’installe dans de nombreux contextes sociaux, parmi lesquels nous notons les contextes séducteurs et dépressifs à récurrence. Le sexe s’arbore presque toujours de manière animale mais moderne. Nous sommes ébahis bien souvent par l’idée de prendre ainsi du plaisir. Le sexe est devenu un besoin social en pleine expansion, de par le nombre de proposition et d’incitations que nous pouvons observer. Ce qui le rend de moins en moins naturel alors que l’acte l’est profondément en lui-même. Nous nous sommes inculqués des valeurs de respect, dans le but de préserver une intimité accordée à l’une mais pas à l’autre, de préserver le plaisir reçu par une seule personne et non plusieurs. En fonction de notre culture du sujet, nous nous posons différemment sur la question de ce respect dédié à l’exclusivité, à la fidélité…

Au delà de tous ces paradigmes, nous observons des facteurs toxiques certes, mais des facteurs aggravants de dérives comportementales actuelles. Les troubles alimentaires, le terrain, l’éducation, l’environnement, sont autant de facteurs de composition d’une dérive que l’alcool est un véritable accélérateur de pulsion d’autant plus lorsqu’il est en plus agrémenté d’un autre perturbateur endocrinien.

Nous nous rapprochons dangereusement de ce que nous avons effacé durant des années : nos réelles pulsions animales. Nous nous laissons aller aux dérives les plus malsaines aux vues de notre civilisation moderne. En même temps, nous nous en satisfaisons merveilleusement.

Comment imaginer que ce qui nous entoure, ce que nous faisons, ce que nous créons, ce que nous mangeons, ce que nous respirons, ce que nous-mêmes sommes et entretenons, soient de simples silencieuses et dangereuses armes pour l’humanité.

Pourquoi ne semblez-vous point au courant ?

Vous êtes-vous au moins déjà posé la question ?

Vous avez pour habitude de regarder la télévision et les publicités que celle-ci vous vante comme un fervent apprentissage de votre monde en vous soumettant l’obligation d’acheter, de combler un vide. Lorsque vous voyez une publicité qui vous ordonne d’acheter de la pâte à tartiner parce qu’elle est essentielle à la croissance de votre enfant, vous la mettez sur votre liste de courses.

Lorsque vous voyez l’image d’un magnifique hamburger fumant et savoureux, vous descendez en chercher un au restaurant rapide du coin.

Ne voyez-vous pas un problème dans ce mécanisme ?

Vous ne vous posez aucune question. Il y a plusieurs explications à cela. Tout d’abord, le milieu dans lequel vous vivez est favorable à l’acceptation de la publicité. Vos amis, vos proches, votre famille ne se posent aucune question, tout comme vous. Ce qui vous amène à globalement vous complaire dans ce phénomène de croyance en masse. Plus vous êtes nombreux à accepter, plus cela devient logique pour la population concernée.

Plus une absurdité vous sera répétée comme étant légitime, plus vous y croirez. D’autant plus que si, dans mon discours,  je vous offre des choses véritables, vous pourrez croire en toutes les autres affirmations fausses que je pourrais vous énoncer.

L’ignorance de l’humanité est le plus gros atout des puissantes industries de notre monde. Que ce soit dans les livres que vous lisez, les magazines que vous parcourez, les émissions que vous regardez attentivement ou les discours des hommes et des femmes dont le statut vous dépasse et, dont vous acceptez les discours sans une once de questionnement.

Mais, si demain vous apprenez que les variations de comportement de votre partenaire, que les sautes d’humeur de votre meilleur ami, les odeurs vaginales nauséabondes de votre femme, la dépression de votre mère, l’agressivité de votre cousin, le cancer de votre professeur de mathématiques, la maladie articulaire de votre sœur étaient liés à des détracteurs alimentaires communs, l’accepteriez-vous ?

Vous poseriez-vous une seule question ?

Pour cela il faudrait bien évidemment mettre en doute tout ce que vous avez appris précédemment par la publicité des industriels. Vous devriez mettre en doute les avis de vos proches qui ont également subi le formatage des publicités industrielles et qui en revendiquent quotidiennement les idées reçues.

Notez bien que les plus grandes associations d’intérêt public, qui luttent contre les maladies graves les plus absurdes, ont tout intérêt à ce que ces maladies continuent d’exister pour subsister et donner une légitimité à leurs actions auprès de vos familles.

Il existe bel et bien un lien entre les habitudes alimentaires d’une famille ou d’un groupe et leurs comportements sociaux. Même si vous avez tendance à imaginer qu’il réside un traumatisme évident à la survenue de leurs souffrances, ces stigmates possèdent le sens qu’on veut bien leur attribuer. Et, bien souvent votre médecin saura vous mettre en défaut en vous demandant de vous remémorer un souvenir douloureux pour qu’il puisse justifier votre évidente violence mentale, votre déséquilibre. Et, vous en trouverez forcément un, que vous identifierez comme étant celui que vous cherchez.

Mais, ce douloureux souvenir est-il suffisamment choquant pour justifier du vol d’un sac à main avec agression sur une innocente jeune femme ?

Est-il suffisamment percutant pour que vous frappiez votre femme jusqu’à entrainer son décès ?

Est-il suffisamment déroutant pour que vous arrachiez les ailes de votre oiseau domestique ou bien que vous enfonciez un bâton de bois dans l’œil de votre chien ?

Est-il suffisamment présent dans votre esprit pour que vous vous justifiiez de la maltraitance de votre enfant ?

C’est un facteur aggravant parce qu’il est juste suffisamment présent dans votre mémoire pour que vous ayez le sentiment que ce traumatisme justifie les actes les plus insensés. Et, vous vous complaisez à les réaliser, sans vous posez de question.

La solution, le Graal, la porte de sortie immédiate à cette difficulté de compréhension semble être un médicament que votre thérapeute vous octroiera avec un grand plaisir. Il a appris ainsi à compenser le désespoir de ses patients, tout comme vous à justifier vos actes, sans se poser plus de question que vous…

Si votre père court vers vous sans raison apparente tout en vous envoyant un briquet dans l’œil, puis frappe suffisamment fort dans la roue arrière du vélo sur lequel vous êtes assis pour qu’il se plie afin que vous tombiez au sol sans même réaliser que vous êtes déjà allongé sur le bitume, la cuisse coincée sous le cadre de votre bicyclette avec pour seul élément dans votre champ de vision : votre père qui frappe, une jambe après l’autre, la structure en acier de votre monture à deux roues pendant que vous essayez de vous en échapper en gémissant, malheureusement sans résultat.

Vous relèverez-vous en vous posant la bonne question ?

Malheureusement, vous jugerez cet acte impardonnable tout en cherchant quelle erreur vous avez bien pu commettre pour recevoir ce déluge de coups et, vous arrêterez ici votre réflexion.

Cependant, cet acte fera dorénavant parti de vous, de votre expérience et vous détesterez peut-être votre père. Il sera dans votre parcours un nouveau traumatisme que vous devrez ranger dans un tiroir pour ne pas avoir envie, par la suite, d’écraser à mains nues les prochains VTT que vous possèderez lorsque ceux-ci présenteront le moindre défaut injustifié.

Cela ne fait aucun doute. Le trouble qui vient de surgir est purement psychique selon la perception que vous avez eue.

Mais, l’état mental dans lequel se trouvait votre père n’a-t-il pas pu être alimenté par un facteur aggravant ?

Il me semble avoir mis la main sur certains détracteurs communs qui poussent l’homme  à agir de manière impulsive sans laisser place à la réflexion. De nombreux calculs s’opèrent dans votre tête lorsque vous êtes confronté à une situation de peur, de joie, de souffrance, de jouissance, comme dans tout autre contexte en fait. Mais, vous n’avez que très rarement la main sur ces données qui s’opèrent d’elles-mêmes en vous amenant à la réaction la plus évidente.

L’état de notre organisme est responsable de la viabilité de ces calculs. Une souffrance cellulaire peut en altérer les résultats quelque soit son origine. Quelque soit la partie en souffrance dans votre corps, des déséquilibres peuvent s’installer. Ces déséquilibres engendrent des autorégulations hormonales pour palier les déficiences et réguler les transferts d’énergie. Et, évidemment les hormones sont essentielles à notre réflexion, à notre ligne directrice de pensée. Même si elles ne sont certainement pas les seules en causes. En parallèle, plusieurs organes en souffrance peuvent avoir une même cause. Et peu importe la cause, les terminaisons nerveuses sont là pour capter les informations et retranscrire ce qui est interprétable pour permettre aux différents systèmes de continuer de fonctionner librement. Mais, lorsque les machineries surchauffent, les informations sont à nouveau erronées. On peut se rendre compte de modifications dans les comportements dues aux erreurs d’appréciation. Lorsque votre cerveau est endommagé, les erreurs sont encore plus parlantes. Car, les anomalies se sont glissées à proximité de notre boîte à calculs.

Mais, comment notre alimentation peut-elle avoir un rapport aussi étroit avec notre réflexion ?

Simplement par le nombre important de toxines, d’éléments nocifs qui s’introduisent dans l’organisme et qui y laissent des cicatrices inflammatoires à l’origine des défaillances organiques, notamment dans le système digestif qui régule nos fonctions primaires comme nos aptitudes intellectuelles. Plus ces toxines sont incorporées, plus elles passent inaperçues mais, plus elles laissent des traces.

Cela semble d’autant plus flagrant lors d’une sévère intolérance alimentaire. Le sujet parait comme coupé de sa propre réflexion. Toute logique semble altérée. L’humeur est variable, les pensées paraissent inhabituelles. Probablement en raison de violents dérèglements biologiques. Le sujet ne se rend compte de rien car, il n’a pas été habilité à interpréter ce qu’il a du mal à comprendre.

C’est l’une des raisons qui nous laissent encore à penser que, dès que nous nous sentons différents, il faut nous rendre chez le thérapeute pour que celui-ci corrige nos lacunes. Ce qui nous échappe la plupart du temps, c’est que nous pouvons globalement le faire nous-mêmes. Il suffirait que nous fassions preuve de quelque peu de discernement et d’autodiscipline.

Mais, comment pourrions-nous y parvenir si nos propres capacités de calcul sont altérées ?

Il est alors parfois nécessaire de faire place à notre deuxième machine, qui est en réalité la première à laquelle nous devrions consacrer toute notre attention. Celle que nous avons laissée s’effacer derrière notre culture, derrière notre éducation, derrière ce que nous avons appris. Celle qui nous a été confiée lors de notre venue au monde : notre instinct…

 

Théorisation Laborieuse

 

J’arrête ici mes réflexions pour me rendre compte que, simplement grâce à mes hasardeux ressentis et à ma capacité de compenser, j’ai pu considérablement améliorer mes fonctions au quotidien. Je peux marcher plus longtemps sans douleur, je me réveille mieux le matin, je suis devenu un peu plus agréable à vivre et je peux à nouveau m’ouvrir aux autres.

A force de converser, je m’aperçois que mon discours porte peu à peu ses fruits et que le protocole alimentaire que je m’impose améliore également le quotidien d’autres personnes atteintes de pathologies semblables. Nombreuses personnes voient leur vie s’améliorer en mangeant différemment, en mangeant mieux, qu’elles soient atteintes de maladies auto-immunes ou non.

Ne serions-nous pas tous atteints d’une maladie auto-immune sous-jacente, chacune inscrite sur des échelles de mesure différentes ?

De mon côté, le constat est simple : je suis arrivé au bout de mes expériences. Après cinq années passées à m’alimenter de manière naturelle, proche de celle de mes ancêtres, ma pathologie s’est vue atténuée mais, ne s’est toutefois pas réellement réduite. La dégénérescence à l’effort est constante et perpétuelle. Après chaque effort, je me dirige vers un état léthargique, avec la sensation d’un empoisonnement silencieux. Comme si l’effort libérait dans mes fluides des molécules toxiques pour mes cellules musculaires comme pour le reste de mon organisme, induisant la mort programmée de mes tissus.

Mes troubles cognitifs sont atténués mais, encore parfois lourds à porter au moindre écart dans mon protocole alimentaire. Mon système digestif fonctionne sans inflammation perceptible mais, n’est sans doute pas totalement régénéré. La population de bactéries qu’il abrite semble encore déséquilibrée et instable. Mon esprit me paraît plus lucide mais, peut-être pas encore assez pour fonctionner sereinement.

Alors, je continue de faire le tri. Je m’aperçois que, plus je mange de produits qui nécessitent un grand travail de décomposition et d’excrétion des déchets par mes intestins, plus mon énergie régresse et, plus ma fragilité progresse.

Je me réfugie dans les fruits et légumes sauvages bien souvent et, je m’aperçois qu’ils me sont d’une grande utilité, tant sur le plan énergétique que digestif.

J’imagine que mon organisme est maintenant arrivé à saturation. Mon réseau intestinal n’est plus capable de faire le tri de manière optimale sans s’empoisonner par manque de batterie, d’enzymes ou par encombrement.

Je me pose enfin une question toute bête qui me rappelle que les animaux se régénèrent mieux que les hommes à l’état sauvage. Ils savent quoi manger et où le trouver. Ils savent comment entretenir leur flore bactérienne mais, ils ne cuisent pas leurs aliments. Ils n’ont pas besoin de médicaments, ils n’ont pas besoin de compléments alimentaires. C’est ici que la sélection naturelle intervient, l’instinct de survie ou l’efficience intellectuelle.

J’observe brièvement l’alimentation des grands singes et plus précisément celle du gorille. Il est facile de constater que cette montagne de muscles ne se nourrit que de végétaux, d’herbe, de bambous, de fruits, d’un peu de terre pour y trouver les quelques minéraux dont il a besoin. Il est doté d’une force considérable et n’est pourtant pas capable de cuire ses aliments pour les stériliser. Il connaît la maladie de manière beaucoup plus modérée que l’Homme et n’a pas de médecin pour se soigner.

L’Homme se tient-il si loin du gorille d’un point de vue métabolique ?

Les milliards de bactéries qui nous composent sont-elles significativement différentes ?

Ces micro-organismes demeurent en nous sans que nous puissions réellement comprendre comment interagir avec ceux-ci. Nous pouvons seulement considérer qu’ils participent activement au fonctionnement de nos machines organiques et, peut-être même qu’ils les dirigent.

Pourquoi ne pas finalement m’orienter vers la nourriture fraîchement cueillie, crue et vivante ?

Si tous les éléments qui nous composent sont bien vivants, ne serait-il pas logique de nous alimenter ainsi ?

Certains malades m’avaient fait part de leurs expériences dans ce domaine et de leur résurrection. Cela m’avait véritablement intrigué mais jusqu’ici, je pensais déjà avoir trouvé de quoi nettement améliorer mes capacités physiques par mon mode alimentaire naturel et sauvage. Le résultat de mes observations m’avait donné de l’espoir quant à l’amélioration de mon système digestif par l’alimentation de fruits et légumes frais ou fermentés. Probablement qu’il me manquait encore certaines données pour élucider le bon fonctionnement de notre microbiote intestinale. Nous nous sommes autoproclamés supérieurs à l’animal alors que nous ne lui arrivons, en fin de compte, pas même à la cheville.

Jusqu’ici, parler de santé et partager mon expérience alimentaire ne me faisait plus assez progresser. Je m’épuisais dans des discours sans cesse réfutés par l’apprentissage des dogmes et des conventions. J’ai donc décidé de me détacher un peu de ce domaine car tout semble à refaire. Il me paraît évident qu’aucun de nous ne doive s’alimenter de la même manière. Ce qui est bénéfique pour les uns pourrait devenir critique pour d’autres.

Se prendre en charge par l’alimentation et, comprendre les processus digestifs et immunitaires devraient faire partie du périple de l’apprentissage de chaque individu dans nos sociétés modernes. Ne serait-ce que pour notre propre survie…

Malheureusement, il n’en est rien ; notre société de consommation nous a contraints aujourd’hui d’oublier certains fondamentaux en laissant la place à de nombreuses erreurs de raisonnement.

Mon expérience ne s’avère pas être seulement celle que j’ai vécue mais, celle que bon nombre d’entre nous vie, subit sans le savoir ou, bien souvent, sans l’admettre.

Cette expérience m’a permis d’isoler certains aliments, certains détracteurs qui pourraient se révéler nocifs, dangereux, voire impropres à la consommation humaine. Mais la plupart de ces aliments, nous en consommons tous chaque jour sans même le concevoir.

Chaque jour, nous cherchons à compenser nos défaillances en écoutant naïvement les discours médicaux des médecins qui ont été formés à ne pas mettre en défaut les discours commerciaux de ceux qui nous les vendent.

Votre médecin ne vous a-t-il pas souvent répété :

« Il faut manger du pain, c’est bon pour votre santé ! » ?

Vos amis, ne vous ont-ils jamais dit :

« Reprends des forces, fais-toi une belle assiette de pâtes, tu en as bien besoin ! » ?

Votre télévision ne vous a-t-elle jamais vanté :

« Boire un grand verre de lait par jour contribuera à la santé de vos enfants ! » ?

Vos amies ne vous ont-elles pas souvent répété :

« Dis donc ma belle, tu en as des boutons sur le nez, sur le front, tu devrais t’acheter une crème contre l’acné! » ?

N’avez-vous jamais aperçu une affiche publicitaire vous vantant le pouvoir antiacide d’un nouveau produit :

« Contre les brûlures d’estomac et les remontées acides, venez découvrir et essayer ce nouveau traitement ! » ?

C’est une évidence que vous vous soyez tous trouvés en phase avec l’une de ces affirmations, ces clichés établis pour que, sans vous que vous en ayez conscience, vous soyez inondés d’arguments vous prouvant que la solution à chacune de vos défaillances, sera l’existence d’un remède puissant, efficace et, durable, que vous serez obligé de vous fournir pour continuellement améliorer votre état.

Mais justement, cette solution a-t-elle été durable selon vous ?

Vous a-t-on recommandé de renouveler l’opération, encore, encore et encore ?

Supprimer les poussées d’Herpès, supprimer les boutons d’acné, supprimer les odeurs sexuelles gênantes, supprimer l’apparition des pellicules, supprimer et limiter l’apparition de la cellulite disgracieuse, sous réserve d’activité physique parallèle, supprimer les douleurs tendineuses ou articulaires légères, supprimer les remontées acides, supprimer les migraines chroniques récidivantes, supprimer les bouffées de chaleur après l’effort, supprimer les bouffées de chaleur après les repas et finalement améliorer votre acuité visuelle, votre lucidité, l’aspect de votre peau, de vos cheveux, de vos ongles…

Est-ce réellement possible pour chacun d’entre nous ?

Ce qui demeure valable pour une personne malade peut le devenir pour une personne saine, si toutefois l’appellation saine a encore une raison d’être utilisée ici.

Il vous suffit de vous écouter, de ressentir les besoins élémentaires, tout comme mon hasardeuse expérience m’a permis de le faire jusqu’ici et de partager ce récit avec qui voudra bien en déchiffrer le contenu.

Pour ma part, je ne peux fonctionner autrement qu’en adoptant de manière stricte mes propres recommandations. Mais, pour de nombreuses personnes désireuses de soulager certains symptômes communs, il semble y avoir matière à s’interroger.

Et si notre instinct n’était en fait que le résultat des pulsions animées par notre microbiote ?

 

Défaillances Psychiques

 

Mes expériences et mes réflexions devaient s’arrêter là. J’étais partagé entre l’idée de trouver l’ultime solution à mes maux pour pouvoir enfin me mettre à l’œuvre, trouver un emploi ou créer mon activité, fonder une famille, récupérer Tiger et vivre, simplement vivre dans la maison de mes rêves avec ce joli jardin de fleurs dans lequel j’imaginais Tiger gambader.

Malheureusement, fonctionner ainsi me piégeait dans une boucle infernale où le temps ne peut que s’écouler et, où mes projets restent en suspens. J’étais dépourvu de moyens financiers et mon esprit était totalement torturé alors je devais modifier les actions sur lesquelles je m’étais engagé jusqu’ici.

Après avoir fait le point et une dernière série de photos sur le thème du handicap invisible avec mon photographe, je subis ma troisième et dernière biopsie musculaire afin de satisfaire les recherches du professeur qui s’intéresse, malgré tout, à mon cas désespérant. Cette biopsie aboutit sur une décision qui consistait en une tentative de diagnostic clinique, à travers la mise en place d’un traitement quelques semaines plus tard.

Pour effectuer ce diagnostic, le professeur procède par l’injection, en intraveineuse, d’immunoglobulines humaines afin de pouvoir constater une éventuelle amélioration. L’idée était de leurrer mes auto-anticorps si toutefois il y en avait car encore aucun marqueur spécifique n’a pu être identifié.

J’ai évidemment accepté de suivre ce protocole parce que, cela m’intéressait de préciser les choses et de pouvoir enfin tirer une conclusion viable de toutes ces expériences. On pourrait enfin savoir si ma pathologie musculaire était réellement d’origine auto-immune, sans avoir besoin de connaître les auto-anticorps spécifiques. Jacqueline m’observait exécuter mes dernières tentatives médicales avant que je décide de définitivement tourner la page.

Je lui répétais : « S’il n’y a plus rien à faire après cette expérience, j’arrêterai ces tentatives infructueuses et de faire confiance à la médecine. »

Des pensées inhabituelles viennent à nouveau me parasiter l’esprit, comme lorsque j’étais adolescent. Mon âme est soudainement pervertie, il devient certain que je ne suis plus moi-même, que ces perfusions ont une réelle incidence sur ma personnalité, sur mes convictions et mes motivations à continuer cet impossible combat.

Je suis affaibli et profondément triste des constats que j’ai pu noter récemment et ce, jusqu’à présent. Une baisse significative de ma puissance musculaire, notamment pour avancer sur les surfaces légèrement inclinées fait son apparition. Je dois maintenant user de plus d’énergie et de résistance pour effectuer les mêmes gestes. Le constat me pèse, pourtant je suis bien plus léger qu’auparavant sur la balance.

Les difficultés s’accumulent et je suis amené à demander, malgré moi, de plus en plus d’aide pour certaines tâches que j’effectuais si bien seul jusque-là. Jacqueline ne semble pas apprécier ces modifications, comme si elle refusait l’idée de m’aider davantage. Probablement que l’habitude de me voir fonctionner seul jusqu’ici rendait le constat actuel erroné.

Voir son meilleur ami se dégrader au fil du temps doit être pénible et, je la sens considérablement affectée par toute cette bataille illégitime. Je réalise que, malgré tous les efforts et les stratagèmes mis en place pour mener une vie agréable, en ayant toujours fait en sorte que la maladie n’apparaisse pas, cela ne suffisait plus.

Je réalise qu’il est réellement temps que je me détache définitivement du corps médical et de toutes les prestations thérapeutiques pour tenter de vivre. Parce que, chaque acte, chaque examen, chaque consultation me ramène à cette pathologie. Cette saloperie est tellement présente qu’elle en devient profondément usante et toxique pour quiconque vivant à la proximité de quelqu’un qui en serait atteint.

Jacqueline ne peut que constater mes absences régulières pour mes divers rendez-vous médicaux pour lesquels elle ne me questionne déjà plus sur leur contenu. Elle me le dit maintenant et avec aplomb : elle ne veut plus vivre aux côtés de la maladie.

Je suis triste et lourdement fragilisé par ces mots et cette fatigue physique qui ne cesse de croître… Malheureusement, je suis contraint de me réserver pour me préserver. L’utilisation de ma force m’est préjudiciable après chaque effort. Il me faut un peu de temps pour sortir de cette dernière série de perfusions d’immunoglobulines et je m’arrête.

J’arrête définitivement cette fusion inconsciente avec le corps médical. J’arrête de m’imposer les lois d’un système auquel je n’adhère pas et n’adhèrerai jamais. C’est décidé, je commence déjà par rompre avec mon protocole de rééducation fonctionnelle par kinésithérapie.

J’arrête d’aller voir mon médecin généraliste pour m’épargner d’autres éventuelles analyses à effectuer. Je décide de mettre fin à la location d’un des accessoires les plus utiles que je possède : mon fauteuil roulant. Celui-ci restera dans un coin de mon appartement le temps de le restituer à mon fournisseur. J’arrête de faire des recherches sur ce qui pourrait enfin me guérir de tout ceci…

Arrive enfin la dernière semaine d’injections en intraveineuse d’immunoglobulines qui se déroule cette fois-ci chez moi, à ma demande, en raison de mon incapacité à subir les déplacements journaliers vers l’hôpital de Créteil. Je me retrouve à présent avec Ludivine, mon infirmière qui vient me préparer chaque jour mes perfusions dans mon salon. Cette expérience se révèle surprenante. Je pensais pouvoir mieux vivre ce moment dans le confort de mon appartement mais, il n’en est rien. Je limite en effet les trajets, la fatigue, les contraintes et je peux m’alimenter comme je le souhaite du matin au soir. Rien y fait, je continue de perdre du poids et Jacqueline ne le supporte pas. Elle a vu ma morphologie se modifier vers une forme très inquiétante, et en si peu de temps, digne des films d’horreur japonais.

Les perfusions sont à présent terminées, nous sommes en fin de semaine. Je me retrouve encore seul le dernier soir. Je suis déjà à près de huit kilogrammes de moins sur la balance au bout de seulement quatre mois. Je dissimule tant que je le peux encore ce qui risque d’affecter Jacqueline et garde le sourire. Je me cache sous mes vêtements, conserve une bonne humeur apparente mais, mes décisions n’ont pas l’air d’améliorer l’ambiance de notre quotidien. Son comportement m’est de plus en plus éprouvant et insupportable. La distance qu’elle nous impose semble irréaliste. Elle ne veut plus d’un ami malade et elle le fait bien ressentir…

Elle continue de passer la plupart de ses soirées à l’extérieur. Je me retrouve maintenant à exécuter seul des tâches ménagères dans un état de plus en plus approximatif. Jacqueline fidèle à elle-même préfère sortir avec mon jeune frère et je ne peux l’en empêcher. Elle ne veut plus être dans l’appartement en ma compagnie et, je la laisse libre de vivre ses envies à distance de la maladie, comme elle le souhaite.

J’ai bien pris conscience aujourd’hui que mon état ne me permettra plus de courir après ce lièvre que je pourchasse depuis des années. J’ai bien compris qu’il est temps que j’admette que je ne peux pas tout maîtriser. Je suis allé jusqu’au point de non retour pour me rendre compte de ce qui s’y passait. J’ai négligé mon existence au profit d’une quête dont je ne connaîtrai pas le Graal, pas cette fois. Je pensais tenir entre mes mains la solution pour me sauver mais, j’ai échoué.

A force de m’efforcer à me spécialiser dans ce processus d’apprentissage sur le fonctionnement du corps humain, les phénomènes sociétaux, je suis devenu plus vulnérable qu’un hamster tentant de traverser une rivière.

 

Paralysie Mentale

 

Mon état s’aggrave sans aucun doute et je ne me sens plus la force de marcher par moment. Mon genou gauche commence à me poser sérieusement problème. Une douleur profonde indescriptible jaillie de mon articulation derrière la rotule. Mon bras droit recommence à me montrer des signes de faiblesse : il maigrit, il s’affine et change d’apparence sur sa face interne. Pendant ce temps, Jacqueline disparaît peu à peu de mon champ de vision, sans aucune réelle explication.

Aurait-elle soudainement perdu ses propres capacités humaines à force de me voir souffrir ?

A cause de son impuissance à mon égard ?

Avait-elle peur de s’oublier derrière ses prières ?

Y avait-il un sens à tous mes questionnements ?

Une chose est bien évidemment certaine et, elle l’admet sans complexe, elle fait dorénavant un rejet total du côté évolutif, dégénératif de la maladie et de ses multiples aspérités. Désormais, elle ne compte plus partager sa force avec moi car cette pathologie l’effraie et la démolit.

Ma maladie serait-elle devenue l’élément repoussoir par excellence d’un  quelconque attachement ?

Comment l’expliquer ?

Ma pathologie est devenue un traumatisme au point que toute action dédiée à compenser, soulager, relever ma personne d’une quelconque conséquence résultante de celle-ci serait désormais devenue proscrite et répulsive.

Pourquoi notre amitié a-t-elle été si lourdement altérée ?

Probablement qu’elle a également été inspirée par l’intermédiaire du miroir social dans lequel elle se reflète en qualité de jolie jeune femme. Une situation comme celle qu’elle vivait à mes côtés pourrait être perçue d’une manière erronée par l’environnement socioprofessionnel qui l’entoure, par ses proches, ses nouveaux amis, ses nouvelles relations qui ne peuvent palper le réel et, ne peuvent que l’imaginer à travers leur propre perception erronée.

Il n’y a qu’à tendre l’oreille et écouter une collègue évoquer l’aspect terrifiant que l’idée de vivre aux côtés d’une personne malade représente dans son esprit pour que nous la croyions terrifiante.

Même si ce n’est pas le cas, tout ce que je sais c’est que Jacqueline ne peut plus m’accompagner par sa présence dans la maladie et, elle a bien raison de se préserver. Elle doit continuer à exister individuellement en qualité de femme, sans limite de choix, de conception ou de raisonnement propre.

La vie peut sembler trop courte et beaucoup d’entre nous l’exclament chaque jour. Alors, pourquoi se priver de vivre ce que nous décidons ?

 

Une Epaule pour se Relever

 

J’étais à présent envahi par ce besoin viscéral de trouver une autre personne à relever, à soutenir, à guider. Alors, j’ai fait ce dont j’estimais avoir le besoin pour me maintenir sur ce précieux trajet, dans la bonne direction, pour conserver le cap que je tenais si bien jusqu’ici et ainsi sortir de cette crise insidieuse qui me consumait de l’intérieur.

Je repris peu à peu le temps de dialoguer avec celles et ceux qui en ressentaient le besoin, ces mêmes personnes qui aimaient suivre mes prestations écrites ou vidéo sur internet sur ce sujet ambigu que j’abordais sur le principe vaccinal et ses nombreuses conséquences silencieuses. Toutefois, je ne me sentais plus vraiment à l’aise, il me fallait à présent changer de sujet. Je n’étais plus capable de tenir une quelconque conversation en rapport avec la santé humaine ou mon intime expérience qui m’empoisonnait.

Je me suis à nouveau inscrit dans ce processus si particulier qui consiste à épauler ces quelques femmes en dérive. N’ayant dorénavant et définitivement plus Jacqueline à mes côtés pour échanger ou simplement converser, je me suis laissé tenter par l’idée d’être présent pour toutes celles et ceux qui en avaient besoin en reprenant ma place de sauveur éphémère.

Les traumatismes sont d’une extrême perversité et peuvent se transmettre malgré nous par mimétisme social ou affectif. Les traumatismes peuvent se répéter dès lors qu’une fragilité s’installe en chacun de nous.

Sans immédiatement nous en apercevoir, nous reproduisons avec nos intimes quelques-unes des hasardeuses conséquences traumatiques que nous avons vécues directement ou indirectement, lorsque nous avons côtoyé un proche ébréché.

Ce dernier traumatisé peut à son tour nous octroyer les modalités de son traumatisme simplement par accoutumance et par surexposition. Tant qu’il n’y a pas réelle conscience de ce phénomène, ce schéma peut se reproduire puis, se répandre sans limite comme un virus le ferait d’hôtes en hôtes.

Un individu atteint d’un syndrome de pervers narcissisme saura habilement transmettre les particularités de ses propres défaillances à une personne, même considérée comme saine d’esprit, simplement en lui faisant subir le poids de ses traumas.

Nous pouvons considérer qu’un individu sain, ayant été traumatisé par un comportement insidieusement traumatique, sera à même de reproduire avec une certaine fidélité ce qu’il aura vécu. Il semble profiter malgré lui du fondement de ce qu’il sera capable d’engendrer à son tour, un peu comme les parents traumatisent malgré eux leurs propres enfants.

Difficile de savoir qui sera plus sensible que son voisin à cette triste répétition d’actes incriminés comme étant liés à une pathologie décrite comme psychique. Pour se protéger et se préserver, il faudrait apprendre à faire son propre travail de résilience.

Mais, de quels outils disposons-nous ?

Il est curieux de constater que lorsque nous nous rapprochons intimement de quelqu’un, que nous partageons ses secrets, ses désirs, ses douleurs, ses émotions, son éducation, il arrive bien souvent que notre comportement à son égard se modifie. Nous pouvons lui être dévoués mais, nous pouvons tout autant nous en éloigner drastiquement. Notre comportement peut soudainement paraître inapproprié pour le sujet et nous pouvons même aller jusqu’à parfois lui montrer de l’indifférence sans aucune légitime raison.

Est-ce la conscience des éléments qui nous perturbent qui serait à l’origine de ces modifications comportementales ?

Comment l’interpréter ?

Comment l’appréhender ?

Comment y remédier si un seul des protagonistes en est conscient ?

 

Une Fin d’année Tortueuse

 

La fin d’année approche et mes tourments ne font qu’augmenter, je suis arrivé à près de onze kilogrammes de moins sur la balance et mes troubles de concentration se sont à nouveau multipliés.

Mon état est devenu proche de celui d’un légume cuit par toutes les aberrations qui m’entourent.  Et nous voilà bien vite arrivé à Noël puis, à la fin d’une année de torture. Me voilà retournant en enfer sans la moindre protection contre les flammes dans lesquelles je risque de brûler vif. Tant de travail pour tourner cette page sur le handicap invisible sans avoir pu en saisir le bord de la feuille. Je dois définitivement me retirer, en tous les cas, pour le moment, je ne peux plus suivre mes propres inspirations car je me suis perdu dans une toute autre définition.

Après toutes ces années de douleurs, de recherche, de quête improbable, à travers mes nombreuses expériences, mes nombreux échecs, mes nombreux désirs insatisfaits, je réalise que j’ai mené une vie par procuration qui n’était en réalité qu’un triste schéma que nous nous efforçons d’entretenir pour nous satisfaire dans notre propre existence.

Je n’aurais jamais pu imaginer vivre cette existence mais, je l’ai vécue à travers le regard des autres, à travers le regard de celles et ceux qui m’entouraient. J’ai ainsi fait des choix, commis des actes et, espéré en commettre d’autres qui n’ont fait qu’orchestrer les étapes de cette vie, dans le sens que j’ai décidé de lui donner malgré moi.

Dans ce foutu bordel empli de paradoxes, je cherchais surtout à vivre par comparaison avec ce que j’aurais pu avoir de mieux, comme nous le faisons tous malgré nous, sans l’admettre, sans le savoir, à travers le reflet de cette société que nous représentons et qui nous représente, en définitive, dans notre état de conscience.

J’ai couru après la guérison pour avoir une vie meilleure mais, surtout pour gagner de l’argent et être reconnu dans notre société, pour avoir un semblant d’existence dans le regard de ceux qu’on appelle les autres et trouver ma place.

Le handicap m’avait éteint au plus profond de mon âme et, m’avait privé de ce je pensais être mon existence. J’ai couru si vite, avec tant d’énergie pour finalement me rendre compte que vivre est loin d’être tout ceci. Je n’avais en réalité vraiment rien compris. Jusqu’ici, je suis resté un homme calme et posé, comme un baril de poudre prêt à exploser. Je n’ai fait qu’espérer me sortir d’un piège que j’avais conçu de toute pièce à force d’entendre le monde marmonner des inepties.

En réalité, vivre c’est juste vivre, sans chaîne, sans verrou, sans limite, sans perturbateurs. Vivre, c’est savoir composé avec les obstacles qui nous donnent la force de faire mieux, de supporter plus, d’aller plus loin, de foncer où bon nous semble et surtout d’apprendre à apprécier ce que nous appelons notre vie.

Me voilà maintenant enfermé dans un lieu de perdition que je connais si bien. Je dois m’adapter à vivre une nouvelle fois en cohabitation avec mes parents, mon frère et Tiger dans les conditions de santé qui sont les miennes aujourd’hui. Auparavant, il y avait à peine la place pour tenir à quatre en ces murs mais, dorénavant avec Tiger nous sommes cinq à devoir nous partager cet espace de vie qui s’est vu considérablement réduit.

C’est terrifiant et très éprouvant de me rendre compte à quel point mon environnement me sert maintenant à la gorge. J’éprouve progressivement des difficultés à respirer, des difficultés à monter les marches de l’escalier qui mène maintenant à la pièce dans laquelle je dois tenter chaque jour de me reposer. Je me traîne parfois à quatre pattes jusque là-haut avec la hantise de devoir redescendre pour simplement me brosser les dents. Parfois, je dois compter sur Tiger pour m’aider à grimper à l’étage lorsqu’il accepte que je glisse mes doigts dans son collier le temps de monter quelques marches.

Je gravis chaque soir l’escalier tel un animal blessé, meurtri, pour rejoindre mon inconfortable nouvelle tanière et m’y laisser simplement souffrir, avec cette curieuse et si inhabituelle peur de devoir, peut-être, m’y laisser mourir.

Ces conditions de survie ne sont plus compatibles avec l’état de mes muscles, de mes jambes, de mes bras, de mon squelette. Mes réflexions gagnent désormais en perversité. Je me suis laissé glisser dans les dérives de l’alcool en me permettant de boire à nouveau pour toucher du doigt la désinhibition. Parfois, j’éprouve juste le désir de pouvoir observer le monde brûler autour de moi.

 

Renaissance

 

Je vais dès aujourd’hui m’occuper de mettre en place mon processus de départ. Je dois à nouveau tenter de partir d’ici pour me préserver. J’observe les aberrations de la vie que mènent mes parents tout en tenant de me détacher des nombreux conflits qui ternissent ces lieux et je me replie silencieusement. Je souhaite, malgré tout cela, leur faire honneur et, me comporter dignement à présent sous leur toit, dans la mesure du faisable, sans briser un mur, une porte, une chaise, un meuble, malgré cette rage qui ne fait qu’augmenter et me consumer.

Ils ne se sont pas opposés à mon retour ici même s’ils n’ont probablement pas encore compris quelles sont les réelles raisons qui m’amènent à revenir dans cette si mauvaise configuration mentale. Ils m’ont accepté sans questionnement, avec justesse, comme ils le faisaient auparavant.

Mon père a aménagé et entièrement rénové cette petite chambre de ses mains pour que je puisse y dormir et m’isoler. Ma mère a dû jeter et ranger de nombreuses affaires personnelles afin de pouvoir organiser la venue des miennes.

Je continue mes lourdes démarches pour obtenir une participation financière de la Sécurité Sociale et de la Maison Départementale des Personnes Handicapées pour mon nouveau fauteuil roulant à motorisation électrique qui me sera désormais plus que nécessaire. Je ne peux faire vivre ou ressentir à mes parents l’état lamentable dans lequel je semble me trouver, ni la colère qui m’anime désormais.

De toutes les façons, ils n’ont pas su encore comprendre ma réelle problématique de santé et, ne la comprendrons que le jour où cette histoire invraisemblable sera représentée à travers un long métrage ou lors d’une émission télévisée car, malheureusement, c’est bien le seul vecteur d’information qu’ils connaissent pour l’instant.

Ils n’ont vraisemblablement pas encore compris pourquoi je ne peux fonctionner que quelques minutes par jour. Ils ne comprennent certainement pas pour quelle raisons je ne peux monter et descendre l’escalier plus de deux fois par jour sans compromettre la totalité de ma journée mais, ils restent mes parents.

En définitive, tout ceci est bien normal, compte tenu du contexte de vie qui nous est propre. Notre société, nos repères, nos codes contribuent à créer ces inadéquates sphères de raisonnement pour chacun d’entre nous et ma vie intime s’en est vue directement impactée dans mon propre noyau familial.

Certaines choses ne peuvent évoluer mais, je ne peux en vouloir à mes parents. Peut-être même que je les comprends.

L’un des travaux les plus importants de leur vie, c’est d’avoir été parents, avec les quelques erreurs qu’ils ont pu commettre et la justesse dont ils ont fait preuve dans ce système sociétal pervers qui valident notre existence à travers ces choix que nous exécutons selon les références établies ; celles que nous avons justement apprises pour composer avec puis, tenter de nous en sortir.

Mon expérience personnelle a été une longue épreuve que je me suis imposée au détriment de ma compréhension.

La médecine, cette science en laquelle j’ai eu l’audace de croire n’a fait que cultiver le non sens de mes propos.

Les protocoles de soins à travers les injections de plasma de Quinton, de DMPS, d’immunoglobulines ou d’EDTA que je me suis infligé pour tenter de comprendre si j’avais quelque chose à éliminer, à rectifier, à rétablir.

Tous ces actes n’ont fait que nourrir une quête que je ne peux terminer.

Il est temps que je m’arrête, non pas de vivre mais de dépérir. Il est à présent venu le jour où je dois accepter de composer avec cette triste fatalité, dans ce monde dans lequel je vis. Je vais tenter de me fondre à nouveau dans ce terne décor, dans ce système consumériste parmi vous.

Je trouvais, jusqu’ici, injuste de périr ainsi d’une maladie créée par les conséquences des industries que l’Homme a voulu concevoir avec l’accord de nos gouvernements et, par conséquent, le nôtre. J’ai fini par faiblir en raison de ces quelques codes que je me suis efforcé de suivre et de respecter pour, en fin de compte, très naïvement devoir y survivre.

Je me suis battu sans cesse pour tenter de m’épanouir dans ce monde en m’efforçant de combattre ce que je ne peux réellement dompter. Désormais, je suis en mesure de l’accepter et de me laisser aller à partager ce qu’il me reste.

Peu importe qui j’ai été et qui je suis devenu tout au long de ce cycle.

Peu importe la guérison que j’imaginais obtenir et ce dont j’ai été convaincu.

Peu importe l’image que vous m’attribuerez après avoir lu ce court récit et peu importe ce que je laisse derrière moi au travers de cette expérience de vie ; dorénavant, je vivrai chaque jour comme si c’était le dernier.

Je vous souhaite de vivre du mieux que vous le décidiez, sans vous laisser tromper par les leurres qui vous entourent, par ces systèmes sur lesquels nous nous reposons pour revendiquer notre évolution qui n’est en réalité, dans bien des domaines, qu’une triste régression.

Après toutes ces expériences que nous sommes très nombreux à vivre en silence, je m’aperçois que je me suis égaré en écrivant la plupart de ces mots, en me projetant à travers ces multiples réflexions.

Chacun de nos points de vue possède sa légitimité d’être et serait le bienvenu dans une réflexion globale mais, il est difficile de nous réunir pour réapprendre à converser dans un monde qui évolue sans cesse, de par ces milliers de microcosmes distincts et, malheureusement de moins en moins miscibles entre eux.

Notre monde nous sépare et nous sommes tous responsables de ce que nous avons engendré.

En nous rendant capables de ce qui nous semble le meilleur, nous avons su constituer le pire et nous rendre cette fois coupables de nombreuses hérésies.

Nous nous empoisonnons l’esprit avec les inepties que nous avons créées pour satisfaire ce monde que nous laissons partir en lambeaux malgré les efforts dont nous nous sommes convaincus.

Nous sommes capables de mesurer des choses indéfinissables, de nous déplacer dans l’espace, en dehors de notre atmosphère terrestre, de mesurer des millions d’années lumière de distances entre les étoiles qui seraient en mesure de nous abriter et d’étudier ces nombreux cailloux que nous pouvons voir graviter dans le ciel depuis notre planète.

Mais, à quelle fin ?

Nous sommes capables de réimplanter des cœurs et bien d’autres organes pour sauver des vies mais nous sommes aussi capables d’en faire commerce pour nourrir des industries et faire grandir leurs capitaux.

Nous sommes suffisamment habiles pour préserver certaines parties de nos biodiversités en misant sur la protection de nombreux mammifères mais, nous savons aussi les cuisiner pour cultiver nos goûts et nos idées dans nos sociétés modernes érigées depuis la dernière guerre.

Nous sommes capables d’inciter l’espèce humaine à proliférer mais nous nous sommes également rendus capables de guerres nucléaires, électromagnétiques et bactériologiques.

Nous sommes capables de cultiver des millions de virus et de les stocker à des fins décrites comme étant utiles mais, nous sous-estimons probablement le risque de procéder ainsi.

Nous avons mis en place la vaccination de masse pour sauver l’humanité mais, nous avons fini par insidieusement la tuer.

Nous avons longuement et astucieusement travaillé à créer des besoins élémentaires à partir de choses inutiles.

Nous nous entêtons à pervertir notre existence avec des lois que nous jugeons utiles mais, ne sommes-nous pas devenues le résultat d’une expérience inadéquate ?

Sommes-nous l’habile création d’une autre espèce plus élaborée que la nôtre ?

Qui pourrait parler d’intelligence nous concernant ?

Et si notre vie sur cette Terre n’était, en définitive, qu’un exercice pour nous permettre d’accéder à une toute autre forme d’existence ?

Nous nous croyons tout puissant mais, nous ne sommes en réalité pas grand-chose à l’échelle de notre univers et aux vues de ce que nous engendrons, nous ne sommes pas très utiles, ne serait-ce que pour nous-mêmes.

Probablement qu’un jour nous nous apercevrons que la plupart des choses que nous avons mises en place pour constituer notre évolution, notre sécurité, notre confort, a eu pour insidieuse conséquence de détruire ce que nous pensions justement construire et préserver.

Et dans cet éternel processus, qui est innocent ?

 

Fabrice Duvergé

 

NB : nombreux faits réels n’ont pu être exposés ici dans un réel souci d’éthique et, certaines de mes ressources sont volontairement restées confidentielles compte tenu des terrains sensibles sur lesquels je serais susceptible de m’exprimer.

 

Remerciements

 

Je remercie toutes celles et ceux qui ont participé à cette aventure de près comme de loin.

 

Illustrations : Stéphane Félicité

 

 

Auteur : Fabrice Duvergé

 

« Tous droits réservés »

 

 

Votre vie actuelle demeure la vôtre et c’est la seule que vous possédez…

…Alors, faites-en ce que vous voulez mais, faites-le !

Faites de votre vie ce que vous voulez qu’elle soit avant qu’un autre que vous décide de ce qu’il en fera.

F.D

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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